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Dernière mise à jour : 12.08.2009
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DELIRES et INCOHERENCES - Première partie

Publié le 20/04/2009 à 12:00 par hrc89520
De la part de Henry C., l’auteur inconnu

Pour faciliter la lecture de ce texte,les articles les plus récents sont à la suite.

DELIRES et INCOHERENCES -
Auteur inconnu

C’était lors d’une douce matinée de printemps que se produisit l’Événement vers approximativement 20 h. 17 m. et 44 s. le 27 Décembre 2012.

La nuit venait de tomber, sans aucun bruit, comme d’habitude.
La lune, nouvelle ce jour, brillait de toute sa sélène clarté dans un ciel couvert de nuages opaques.

Quelques minutes avant l’Évènement, personne n’y pensait. Forcément, il ne s’était pas encore produit.

Cet Événement, je l’ai vécu, moi-même, en personne. J’habitais un tout petit hameau de 3247 âmes et 21 personnes en attente d’accouchement. Je ne pouvais compter ces âmes à venir dans ce recensement, Forcément, elles n’étaient pas encore nées, et néanmoins je ne pouvais totalement les ignorer. Je ne sais ce qu’elles sont devenues après l’Événement. En ce qui concerne ces 3247 personnes, on présume qu’elles avaient toutes une âme… au bénéfice du doute ?

Il devait être trois minutes environ avant que ne se produise l’Événement. J’eus un pressentiment mêlé d’angoisse et de joie ineffable, de frayeur et de zenitude (abrégé pour attitude zen). Très bizarre ! Je me demande encore pourquoi, puisque l’Évènement ne s’était pas encore produit. Peut-être parce que les pressentiments sont rarement ressentis après.

Quoi qu’il en soit …

A la réflexion, je me demande pourquoi ce jour-là, plutôt que la veille ou le lendemain, ou l’année précédente, ou l’année suivante ? La Science dit que, selon le calcul des probabilités, c’était ce jour-là que Évènement devait se produire. Pourquoi ne l’a-t-elle pas prévu ? Pour une simple raison : elle prévoit souvent après. Cela ne m’empêche pas d’avoir, assez souvent, le plus grand respect pour la Science. Surtout pour la médecine qui, dès qu’elle aperçoit un symptôme, le combat jusqu’à sa disparition, coûte que coûte.

De toute manière …

Évènement, ah oui ! Donc, après, ou pendant mon pressentiment, j’entendis un bruit sourd et strident, faible et puissant à la fois, qui semblait venir de très loin, mais, curieusement, de très près. C’était hors de toute définition, hors de toute réalité déjà connue. Réellement très étrange et inquiétant.

Simultanément, une odeur ! Parfum, fragrance, remugle ? Je ne saurais dire. C’était comme si mon sens olfactif avait remémoré ensemble tout ce que j’avais senti durant toute ma vie. Ce n’était pas obligatoirement suave. Je ne pouvais plus interpréter. Bizarre et inquiétant.

Le pire était à venir.

Soudain, du fond de l’horizon, apparut ce qui ressemblait à une fumée. Elle se rapprochait lentement, à toute vitesse, de notre hameau. Elle me paraissait blanche, d’un noir profond. Elle n’obscurcissait pas la lumière du soleil, déjà couché depuis plus d’une semaine. C’était comme une nuée ardente froide, comme en déversent parfois les volcans en éruption. Celles des volcans sont chaudes, forcément, puisqu’elles sont ardentes.

Cette fumée recouvrit tout le hameau d’une fine poussière bleue, invisible et ma maison aussi. Forcément !

Elle y resta un bon moment. Bon moment ? C’est à voir ! Je dirai plutôt qu’il s’agissait d’un moment dont la durée semblait sans fin. Mais, comme, parait-il, tout a une fin, elle prit donc fin. D’où elle prit cette fin, je ne sais pas.

Maintenant détendu et toujours frappé de terreur (frappé par qui ?), j’attendis la suite des évènements.

A tout hasard, je tentai de savoir si la radio en parlait. Mais non ! Elle informait que Joe et Betty, grandes vedettes du cinéma, allaient divorcer après une heure de mariage heureux. Le prétexte ? « Faut pas s’habituer, sinon on devient accro »

Que faire ? Attendre la suite, au cas où il y en aurait une.
A la réflexion, c’était débile, de demander s’il y aurait une suite. Forcément, il y en aurait une, puisque je suis actuellement en train de parler de l ’Événement.

Ce qui se passa ensuite dépasse toute imagination.

Voici ...

Je sortis de chez moi, voulant éviter une nuit blanche. Dehors, c’était la nuit noire. Je n’entendais plus un bruit. Une voix m’appela. Je reconnus celle de ma voisine A94

- C’est toi, X27 ?
- Oui, c’est bien moi

Je dois vous dire que, dans notre régime démocratique, pour éviter toute discrimination, on avait supprimé noms et prénoms, remplacés par des suites de chiffres et lettres. Ainsi, lorsque vous écriviez à une administration ou postuliez pour un emploi, ou une subvention ou un emprunt, personne ne pouvait savoir s’il s’agissait de Christophe, Aaron, Mohammed ou Fatima.

Mon propre nom est “ MA.0000.2397.4152. x27. DB ”

“MA” pour Mars. Il n’y a qu’un seul prénom, Mars, et Luna pour les filles. Les autres chiffres sont donnés par l’État Civil, au fur et à mesure des déclarations de naissance. Ainsi, pas de passe-droits. x27 est une valeur calculée aléatoirement pour pouvoir parler de quelqu’un sans avoir à se rappeler son nom complet.

“DB” est une cotation donnée par un organisme chargé de le faire. Forcément. Au fur et à mesure de votre existence, elle vous est donnée tous les ans. C’est un quotient d’intelligence. Cela va de ID (idiot) à GN (génie). Bien que très âgé, je n’ai pu dépasser la cotation DB. Je crois que cela signifie “débile”. Cette cotation est calculée automatiquement par un super-ordinateur qui intègre votre cursus d’instruction, vos activités professionnelles, la durée de chaque emploi, le nombre de mails envoyés ou reçus, la moyenne des soldes de vos comptes en banque, le nombre d’enfants et de divorces, la marque de votre voiture et son modèle. Il y a d’autres critères, gardés secrets, que je ne connais pas. Forcément.

- C’est toi, X27 ?
- Oui, c’est bien moi
- je ne te vois pas
- va chercher ta lampe électrique
- j’y vais

- où es-tu ?
- ici

Son hurlement de terreur me terrifia aussi.

****************************************

Terreur justifiée …

- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je vois tes vêtements qui bougent, mais il n’y a personne dedans
- Quoi ?
- Retourne la lampe vers toi

Je vis alors A94, ma voisine. Ses vêtements étaient bien les siens (forcément) mais PERSONNE DEDANS.

Nous étions devenus invisibles. On pouvait parler, se toucher les mains, le nez, partout. Je pouvais me voir dans un miroir.

Pourquoi ? Quelle expérience mal conçue nous a rendus invisibles ? Qui ? Était-ce provisoire ou définitif ? Quelles conséquences pour nous tous ?

Eh bien, ce ne fut pas du gâteau, comme on dit.

Voici la suite ...

Un collier de chien aboyait près de moi. Les animaux aussi ? Il semblerait.

Rentré à la maison, j’appelai mon épouse B14 :

- où es-tu ?
- dans la salle de bain
- y a-t-il quelque chose d’anormal
- non. Pourquoi ?
- je peux entrer ?
- oui. Pourquoi tu me demandes ?

Je m’étais déshabillé pour rejoindre la salle de bains et prendre une douche, pensant qu‘en évacuant cette invisible poussière bleue, je pourrais peut-être me débarrasser de l’invisibilité et, en conséquence, redevenir visible. Forcément ! J’avais gardé mes lunettes.

Mon épouse n’avait rien remarqué, car elle n’avait peut-être pas regardé de mon côté. Je ne pouvais pas le savoir, puisque je ne la voyais pas. Forcément.

Je passe sous silence les hurlements de Luna lors‘elle vit des lunettes flottantes la regarder très affectueusement. Je préférais l’appeler Luna, c’est plus joyeux, et moins triste que B14. D’ailleurs, B14 était un modèle d’automobile de chez Citroën dans les années 30 du siècle dernier.

Sortant de la douche, je voulais tester les résultats : devant le miroir, je me voyais bien. Mais étais-je encore invisible ? Je voulais le savoir en touchant Luna. Où était-elle ? Tant qu’elle ne s’était pas habillée si peu que ce soit, je n’aurais jamais pu la retrouver.
Enfin : une petite culotte. Je m’approchai de ce qui était dedans, et je la touchai un peu plus haut, par pudeur, politesse et délicatesse.

De ma vie je n’oublierai jamais ce hurlement, mêlé des tonalités gazouillantes, saccadées, paroxystiques qu’engendre une chatouille appuyée.

J’étais donc toujours invisible ! Si je l’étais, seul, ce serait amusant. Mais tous, il y aurait des difficultés à résoudre.

J’expliquai à Luna ce qui s’était produit. Elle parut comprendre et ne dit mot, tout en me demandant ce que nous allions devenir.

En homme, viril, comme tous les hommes s’imaginent l’être, je dessinai un plan de campagne, que voici :

******************************************


Plan de campagne …

- étions-nous les seuls
- si oui, pourquoi nous ?
- si oui, comment pallier les problèmes dans notre vie familiale, sociale, économique, professionnelle, fiscale, postale, dentaire (où est la dent ?) et même sexuelle (avec qui) ?
- si non : idem

Je décidai d’agir énergiquement. En faisant une bonne sieste pour commencer.

Je vous tiens au courant.

Ma première décision fut de rechercher tout ce que notre royal gouvernement avait décidé.

En effet nous étions un royaume dont le roi était élu, tous les cinq ans, très démocratiquement, à la minorité absolue de 75%. Ainsi pas de contestation possible. Tous les résidents de ce pays sont électeurs avec la seule exception de la catégorie ID (voir ci-dessus) Quoique DB, je pouvais néanmoins exercer mon choix d’électeur.

Notre Roi actuel, avait été élu avec une minorité de 122%, du jamais vu dans notre histoire nationale. La presse avait violemment contesté ce chiffre, le fixant, selon ses sondages, à 121,9 seulement. Pourquoi contester pour si peu ? Nous avons un Gouvernement, dirigé par son Gouverneur, et une Chambre d’élus, contrôlée par le Chambreur, chargé de la Communication avec la Presse indépendante, émancipée.

Pourquoi élire à la minorité absolue ? Nous ne pouvions trouver aucun candidat désireux de se mettre, corps et âme, au service, diurne et noctambule de ses concitoyens. Il a été décidé de choisir, au sort dirigé, quelques citoyens quelconques, de préférence des ID. Serait élu le plus minoritaire. Ainsi aucun risque de révolutionnaire, de führer, de duce, de gourou ou d’ancien percepteur à la tête du pays. De toute manière, le Chambreur pouvait le destituer.

Notre système semble peu cohérent, incohérent même. Mais il marche aussi bien que beaucoup d’autres.

Je débridai donc notre télé. Il y a 27 postes. Parce qu’ils disent tous la même chose, je choisis chaque fois une TV différente, ne voulant pas être influencé.

Quelle triste vision ! Des vêtements vides bougeant à peine, sauf les manches qui parfois se dressaient vers le haut, tantôt semblaient taper sur la table. L’émission était en couleurs, signe de quelque chose d’anormal. Habituellement, nous n’y avons droit que le Dimanche. De toute manière, les présentatrices et présentateurs étaient tous habillés de gris allant du noir le plus lugubre et solennel au blanc le plus candide. Ceci pour économiser un peu de couleur et ne pas grever les finances de l’État.

Des décisions avaient été prises en urgence.

En premier, il était défendu de parler de Événement, pour ne pas inquiéter inutilement tous les braves gens de notre pays qui ne se seraient rendu compte de rien. Il y aurait quelques dérogations à la condition d’en parler par sous-entendus, tout en ayant préalablement cligné d’un oeil, pour bien préciser qu’il s’agissait de l'Évènement

Comme beaucoup de dérogations prises à la hâte lors d’évènements tragiques, celle-la ne fut pas la meilleure. Le Gouvernement s’en rendit compte trop tard. Comment cligner de l‘oeil à une personne ou un auditoire qui ne vous voit pas ? Quelle rigolade mondiale ....

La seconde décision fut l’obligation pour chacun de porter en permanence une plaque minéralogique indiquant que le porteur était masculin, féminin ou autre. Ceci pour éviter toutes méprises.

Ces plaques devaient être conformes aux normes 44-222 b modifiées 1989 réglementant la circulation des auto-mobiles. C’étaient les seules normes existantes. Il fallait décider vite. Et, comme nous étions auto mobiles ce fut le choix. En créer de nouvelles aurait exigé un délai minimum de 14 ans. A mon avis, c’était donc une sage décision.

Un peu plus tard, il fallut ajouter l’année de naissance et l’âge. On ne savait qui était son interlocuteur : enfant, adolescent, adulte, vieillard ou autre.

C’était aussi un système subtil pour déceler les fausses plaques. En effet, une plaque 1927 - 44 était manifestement fausse en 2012. C’était une bonne idée pour lutter contre la délinquance. Tout policier possédant quelques notions d’arithmétique la détecterait rapidement.

L’année suivant l’application de la loi, on s’aperçut alors que toutes ces plaques devenaient éligibles à une condamnation, parce que périmées. On créa alors une loi permettant aux porteurs de plaques d’avoir un sursis de sept ans pour se remettre dans le droit chemin de la légalité.

C’était une bonne idée que celle d’accorder un sursis pour que chacun puisse rendre réglementaires ses plaques.

La personne portant la plaque LUNA 2012 14 ? Quel âge ? 7 ans ou 21 ? Peut-être, en s’aidant des vêtements, saurait-on s’il s’agissait d’une gamine de sept ans ou d’une jouvencelle nubile ?

Je vous prie de m’excuser. Le fil historico-chronologique de l’Événement m’a échappé !

Peut-être l’âge ? Pour information, je suis provisoirement âgé de xx ans, valeur qui change parfois tous les ans.

**************************************
Pourquoi ? …

J’en étais donc aux tous premiers instants après Évènement

Virilement, vous souvenez-vous, ma première démarche était de savoir si nous étions les seuls.

Dans mon entourage, c’était évident. Les vaches dans le pré n’étaient plus visibles, sauf leurs cornes (pour celles qui en avaient, forcément). Pourquoi, va savoir. J’entendais leurs meuglements. Des poules caquetaient. Des habits et vêtements divers s’interpellaient avec des accents de désespoir.

Je décidai d’aller en ville voir ce qui s’y passait. C’était pareil : lamentations, gémissements, plaintes, pleurs et geignements donnaient une impression de gaîté refoulée.

Néanmoins quelques signes de vie. Par exemple : ayant grillé un feu rouge, je vis surgir une horde d’uniformes. Cela me donna une intense satisfaction, car, c’était visible, la Loi, royale, démocratique et républicaine de notre pays était toujours respectée. Honneur à l’héroïsme de nos fonctionnaires, fonctionnant toujours malgré cataclysmes, bouleversements et incompréhension. Je réglai avec joie le coût de ma contravention. Cela me prouvait aussi que notre monnaie, le système monétaire, et peut-être le capitalisme avaient résisté.

De retour chez moi, la radio me fournit quelques informations. Le nuage noir invisible avait couvert toute la surface de la terre, à l’exception d’une seule petite nation sud-américaine, le Sindineros austral dont la capitale est Mefaltàn. Le nuage s’était arrêté à la verticale de ses frontières. Était-ce pour créer une réserve d’humains, humaines, animaux, animelles, pour les montrer à la postérité ?

Je n’aimais pas beaucoup cela. La preuve d’une volonté de nuire était là. Mais qui, QUI ? Et pourquoi ? Je ne tardai pas à l’apprendre, quelques vingt ou trente ans après. Pendant ce temps, l’idée d’une erreur de réflexion taraudait quotidiennement mon esprit, jusqu’à ce que le taraud perça le mur de mon conformisme scientifique. Le nuage ne s’était pas arrêté à la frontière du Sandinero austral, mais IL EN ETAIT PARTI ! Faut-il que je sois conformiste, rationnel obtus, bête, cruche pour trouver la bonne explication après vingt ans de réflexions, cogitations, pensées délirantes, hypothèses scientifiques et autres remous cérébraux.

Je suis journaliste et travaille donc pour les journaux. Forcément.
Ils ont besoin de nous, journalistes, car leur métier est de vendre du papier avec une valeur ajoutée, à savoir l’encre que nos articles leur permettaient d’ajouter au prix du papier brut. C’était alors avec un énorme bénéfice.

Dans mon journal, je suis actuellement reporter en chef adjoint au reporter en chef. J’avais commencé ma carrière à la rubrique “évènements futiles” Grâce à la qualité de mes reportages”, je fus rapidement muté aux “petits évènements ayant provoqué mort d’homme”, puis graduellement je grimpis toute la hiérarchie, jusqu’à mon affectation actuelle. J’aspire è être nommé grand reporter. Bien que coté DB, j’espère y accéder bientôt.

C’est un métier dans lequel il faut s’asseoir sur ses sentiments et goûts personnels. Des confrères écrivent, sous des noms différents des articles encensant le gouvernement ou l’opposition.
Il faut plaire aux lecteurs qui aiment beaucoup les faits divers. Partant d’un petit incident, un bébé ayant avalé un petit bouton, l’un d’entre eux rédigea un article sur un footballeur bulgare qui aurait avalé un ballon de rugby, pensant qu’il s’agissait d’un comprimé anti-dopage. Ils auraient survécu, le journaliste et le footballeur, heureusement ! S’il fallait mourir chaque fois qu’une information erronée ou apocryphe était publiée ...

Dès la publication de cet article, de nombreux appels téléphoniques :

- quel est le nom du club, son siège ?
- qu’en a dit sa mère ?
- était-il myope ?
- et surtout que faisait-il, lui le footballeur, avec un ballon de rugby ? Préparait-il en douce un transfert vers un autre club ?
- et beaucoup d’autres interrogations toutes pertinentes.

Le journal dut démentir rapidement.

*****************************************

Incidents graves

Quelques vingt ans après Évènement, je me rendis à Mefaltàn pour pouvoir reporter à mon journal le reportage que j‘allais faire. Et là, je fus surpris, abasourdi, ahuri, interloqué, stupéfié, confondu, émerveillé par ce que la symbiose entre intelligence, science, ignorance du profit, compassion envers les faibles, empathie, interactivité entre les actifs et aussi les passifs, nano-micro-macro technologies, compréhension high tech de l’économie, pouvait engendrer.

Mes excuses pour cette phrase si longue, mais que j’ai dû travailler pour éliminer des facteurs importants tels que l’amour des grenouilles, la culture du purin d’orties, les médecines convergentes, parallèles et divergentes, les institutions de prévision “a posteriori”, toutes les priorités “a priori”, les préfaces et postfaces, les commentaires favorables, défavorables ou insignifiants, les interprétations, les critiques des commentaires et les commentaires sur les critiques et l‘analyse transactionnelle..

Bref, je voulais être lucide pour reporter. Je vous donnerai un compte rendu un plus tard. Attendez-vous à des surprises !

Encore une fois, une digression, une ex-cursion. Veuillez, je vous prie, bien vouloir accepter la manifestation de l’expression de mes regrets les plus mensongers et fourbes. J’essaierai de ne plus sortir du droit chemin que je m’étais tracé pour écrire ce compte-rendu, sauf digression aventureuse dans une courbe du droit chemin. Forcément.

Ceci étant, je reviens aux tous premiers jours ayant suivi quotidiennement l’Évènement

Il y eut beaucoup de vols, surtout l’été, car les aspirants à un vol pouvaient se déplacer nus.

Les grandes surfaces de vente à petit prix furent les premières victimes. Les vigiles, placés à la sortie des locaux, ne pouvaient fouiller les voleurs. car ceux-ci, n’ayant pas de vêtements, n’avaient pas de poches. Forcément.

Il fallut inventer rapidement un détecteur, automatique d’objets flottants. Tous les objets normalement payés flottaient aussi à la sortie, mais un vêtement semblait les accompagner, ce qui permettait de faire la différence entre un voleur vrai et un voleur velléitaire.

Tout emprunteur illégal, récupérateur, anarchiste, était immédiatement fusillé, par pendaison électrique à tension variable.

Toutefois, par souci d’humanité et d’image de marque, le condamné avait droit à une réduction de 50%, non renouvelable, sur le montant du larcin. Quelques rares parents, vivant en grande dif-fric-ulté financière et morale, envoyèrent un de leurs enfants en surnombre voler un téléviseur de grande marque, si possible en haute définition.

On constata une augmentation des naissances après Évènement
Dans quel monde vivons nous !

Les pickpockets sévirent aussi. Il fallut mettre des fermetures aux poches, avec système d’alarme lorsque la main n’était pas celle du porteur du vêtement. La technologie n’eut aucun mal à mettre au point un tel dispositif, à base de sensors odoriques différentiels à haute sensibilité.

Il y eut aussi une recrudescence de viols, sans doute facilités par l’invisibilité.

Une grande société qui fabriquait des serrures, cadenas, verrous et antivols de voiture s’émouva de la situation faite aux faibles femmes sans défense. Le P.D.G réunit son C.A pour consultation qui donna son accord, unanime à 77% pour convoquer une A.G. des actionnaires. Elle décida qu’il fallait donner suite à la suggestion du P.D.G. lequel demandit aux services R. et D. (recherche et développement) d’étudier un anti-viol.

Assistés par le laboratoire I.R.A. high-tech de l’Institut des Recherches Avancées, ils mirent au point un dispositif génial de simplicité d’emploi. C’était un genre d’autocollant, un patch comme l’on dit maintenant. Il contenait un minuscule détecteur de présence qui détectait (forcément, il était fait pour cela !) toute présence vivante, lorsqu’elle passait au dessous de la limite de 2,2 mm, hormis le porteur du patch. Se déclenchait alors une rafale de millions de nano-seringues contenant un soporifique violent, instantané et de longue durée qui anesthésiaient l’agresseur éventuel. Le modèle de luxe faisait un appel automatique à la police de proximité.

Les femmes pouvaient le mettre en sortant de chez elles, et l’enlever en rentrant. La notice d’emploi indiquait qu’il fallait éviter de laisser ce dispositif sur une chaise.

Il y eut quelques problèmes dans un métro bondé, mais les techniciens réduisirent la distance de déclanchement à 0,9 mm
La protection à 100% était assurée. Il s’en vendit beaucoup et le P.D.G. fut félicité par les associations féminines pour son action sociale, humanitaire et démographique.

Ainsi, petit à petit, tous les problèmes créés par Évènement furent résolus et nous arrivions à vivre presque normalement.

Mais ...

*****************************************


Du bon emploi de la TAXE à La Valeur Ajoutée

Mais le coût de la vie avait fortement augmenté, tant par le achats de protection individuelle que par les problèmes économiques du pays. La consommation des ménages avait beaucoup baissé. Les commerçants se plaignaient. Beaucoup durent mettre la clé sous la porte. Mais le plus grave concernait les revenus de l’État. La T.V.A. (taxe à la valeur ajoutée) avait un rendement en chute libre.
Le P.I.B. (j’ignore ce que cela signifie) était statistiquement en baisse. Il fallait décider rapidement de prendre des décisions, qui furent donc prises rapidement.

La Taxe à la Valeur ajoutée fut remplacée par la Détaxe Progressive à la Capacité d’Achat, la D.P.C.A.

J’explique. C’est un peu technique, mais facile à comprendre.

La T.V.A. ajoute un pourcentage fixe à tous les achats.
Je t’explique :
- tu achètes, par exemple, une chaussure
- elle vaut, disons, 30 €
- tu déposes 30€ sur le comptoir

- la caissière te regarde d’un air malveillant
- “ ... et le petit cadeau pour les Finances Publiques ? ”
Compatissant, voulant aider nos Finances Nationales, ému, je dépose un Euro sur le comptoir.

- “Monsieur, vous plaisantez, votre don a été calculé et s’élève à
5,88 €.”

Pour éviter tout problème (refus, rouspétance) notre petit cadeau, volontaire et obligatoire, est compris dans le prix affiché. Nous ne nous en apercevons même pas

La D.P.C.A effectue une détaxe (une ristourne, en fait) proportionnelle à la valeur de l’achat. Pour un achat d’un Euro, vous avez droit à une ristourne de 10%, Pour un achat de 1000 Euros, la détaxe était de 50%. Au delà, elle pouvait atteindre jusqu’à 85%.

Je t’explique :

- tu achètes, par exemple, une chaussure
- elle vaut, disons, 30 €
- tu déposes 30 € sur la caisse

La caissière te sourit : “voici votre cadeau de la Direction des Finances” et te rend un billet de 10 €


L’argent perdu par les entreprises du fait de la détaxe était intégralement remboursé chaque mois sur présentation d’un relevé des ventes. Libellé en écriture scripturale virtuelle (ça existe réellement, surtout chez les organismes de crédit) un chèque parvenait aux commerces et entreprises le 15 du mois suivant.

Et tous étaient heureux !

Les pauvres étaient heureux d’avoir des ristournes inespérées, et les plus riches d’adonnèrent à une orgie d’achats. Le commerce se remit en marche, la production suivit. Et le bâtiment dut construire en toute hâte de nouveaux locaux pour loger tous ces articles achetés sous le régime de la D.P.C.A.

Un cuirassé réformé de la guerre 14-18 (au 20ème siècle) fut acheté et offert à la R.M.N , Réunion des Musées Nationaux, par un riche et généreux mécène, dont on pense qu‘il fabrique des logiciels pour ordinateurs. En remerciement, on construisit un grand et grandiose Musée qui portit le nom de “Musée du donateur anonyme”, le M.D.D.A.

Au fur et à mesure des dons, le Musée accueillit aussi le prototype de la première bi-cyclette à trois roues ovales, destinée à habituer les futurs marins à dominer le mal de mer. La présence des trois roues était une géniale idée. Elle permettait à la fois roulis (d’avant en arrière et vice-versa) et tangage (roulis de droite à gauche et retour, sauf chavirement involontaire). Elle fut installée sur le pont du cuirassé.

Un don précieux fut celui de la toute première cigarette fumée par un homme. Elle fut présentée dans une vitrine blindée, avec des vitres en verre fumé (forcément), pour la protéger de la lumière, et aussi des fumeurs clandestins. Quelle admirable et émouvante relique !

Un maréchal fit don de sa personne au musée, aucun autre site n’ayant voulu l’acheter.

*****************************************


Une mésaventure personnelle

Pendant cette période étrange qui suivit Évènement, je subis aussi, personnellement, quelques mésaventures. 7

La première fut un violent mal de ventre qui me conduisit à l‘hôpital dans l’urgence, tellement fortes étaient les douleurs. Je n’avais pas eu le temps de prendre ma plaque d‘immatriculation. Arrivé, je fus immédiatement pris en charge, brancardé sur un brancard par deux brancardiers (forcément), et conduit au service “Maternité”. Quoi que je protestasse vigoureusement, je ne pus dire un mot. Une sage-femme, présumée telle par moi, me fit une piqûre dans bas du dos pour me préparer à une épidurale, me dit-on.

L’épidurale, j’ai appris ultérieurement était un nouveau mode d’accouchement. Dans les temps très anciens, les femmes mettaient leur enfant au monde tout naturellement sans la moindre douleur. Puis vint le temps pendant lequel nous fûmes civilisés. On ne sait pourquoi, on expliqua aux femmes qu’elles devaient accoucher dans la douleur par ce qu’un certain Adam aurait mangé une pomme. Débile !

Elles obéirent donc et accouchèrent donc progressivement avec des douleurs et algies variées, souffrances, calvaires, douleurs exquises ou non.

Puis la péridurale permit d’accoucher comme dans un rêve.
Je t’endors, tu te réveilles, il y a un bébé à côté de toi, prélevé dans le stock des nouveaux-nés. On le choisissait de la même couleur que la mère, pour éviter tous soupçons conjugaux.

Moi, j’étais dans un sale pétrin. Petit à petit, je me sentais partir.
Où ? Combien de temps ? Je me réveillai enfin. A mes côtés, la sage-femme :

- comment allez-vous ?
- pas trop bien
- avez-vous encore mal au ventre ?
- je ne sais pas encore
- vous avez eu une drôle de chance, savez-vous ?
- bien sûr que je ne sais pas
- ne voyant rien arriver, on se préparait à effectuer une césarienne. Heureusement, une infirmière eut l’idée d’aller voir (voir ?) là où on attendait ce bébé. Ayant vu, on a donc tout arrêté. Vous êtes libre… Vous pouvez rentrer chez vous, après avoir réglé les frais d’hospitalisation et le coût de l’épidurale.
- c’est quoi, la césarienne ?
- c’est une histoire de femmes, cela ne vous concerne pas. Rentrez chez vous.

Je rentrai donc à la maison. Anxieux de savoir à quoi j’avais échappé, je fis quelques recherches concernant la césarienne.
J’avais pensé que c’était une danse, comme le tango ou la valse.

Mais non. Voici ! Madame Cesar, la femme d’un grand consul romain de chez les romains, il y a très, très longtemps, attendait un bébé (La femme de César doit être au-dessus de tout soupçon). Au terme du neuvième mois et cinq semaines : rien. Julius Cesar, qui ne pouvait supporter un tel déni à la loi naturelle, ordonna qu’il y fût remédié. Comment, je ne sais pas, mais ce pauvre petit bébé, tranquille et heureux là où il était, fut délogé. Il avait été prénommé Brutus, alors qu’il ne l’était pas. De colère, il tua son père avec quelques copains, lorsqu’il eût l’âge de pouvoir le faire. On raconte que Cesar, peiné de l’attitude de son fils, fit cette déclaration “Et tu quoque, filius mi”, en latin d‘époque. Ce qui signifie “Es-tu toqué, mon fils”. Les historiens verront dans cette variante au moins cinq erreurs, que j’assume, la première étant que Brutus n‘était pas le fils, biologique ou non, de Cesar.

Je ne sais toujours pas ce qu’est une césarienne !

Mes conclusions à cette affaire : toujours sortir couvert de ma plaque d’immatriculation et tout faire pour éviter l’hôpital en cas de douleurs abdominales, hôpital auquel je ne pouvais rien reprocher, sinon d’avoir voulu m’aider un peu vite.

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Une autre mésaventure

Un autre évènement dû à l’invisibilité me laisse encore des souvenirs dont je ne suis pas fier et dont je n‘ai jamais parlé à personne

Il faisait beau, mon épouse et les enfants étaient au bord de la mer, en vacances. Les moeurs ici sont proches de la Nature. Quelqu’un te plait : un clignement d’oeil. Si elle ou lui cligne également, alors vite fait, bien fait. Et, salut les copains ... Personne n’y voit à mal, comme dans certaines cultures “morales” ou dominatrices de la femme.

Il y avait peu de drames passionnels. Depuis Évènement, tout a changé, Pour le clignement, c’était fichu.

D’humeur badine je flânais en ville et aperçus, à la terrasse d’un café, une belle robe rouge fort échancrée, attablée devant une glace.

- puis-je m’asseoir à votre table ?

Elle me dévisagea. Je souris, in petto, car j’étais déjà dé-visagé, étant invisible. Forcément ! Mais, en réalité, elle regardait mes vêtements. Mon blazer bleu marine (forcément) de yachtman, avec un écusson sur la poche gauche supérieure dut lui plaire

- je vous en prie ...

- ...
- ...
- Il fait beau aujourd’hui, n’est-il pas ?
- Mais oui, vous l’aviez remarqué aussi ?

- ...
- comment vous appelez-vous ?
- je ne m’appelle jamais, mais voici mon nom : MA.0000.2397.4152. x27. DB, et vous ?
- LU.0000.2397.4153. a99. DB
- Que c’est curieux ! Que c’est bizarre et quelle coïncidence. Ainsi donc, vous êtes née pratiquement au même moment que moi et êtes débile comme moi. Nous allons sûrement nous entendre. Vous êtes un Taureau, astrologiquement parlant.
- oui, et ascendant Bélier
- comme moi. Bizarre, bizarre ...
- vous avez dit bizarre ?
- oui, parce que je trouve bizarre que nous nous soyons rencontrés sans l’avoir recherché.
- c’est vrai, c’est bizarre
- bon ! C’est comme ça. Peut-être un signe du Destin ...

Je réfléchis profondément. Il ne fallait pas en rester là

- J’ai l’impression de vous avoir vue quelque part

Aussitôt, je me rendis compte de ma bêtise. Par délicatesse, et pour ne pas m’humilier, elle me réponda.

- C’est bien possible. Vous ressemblez à une personne qui m’est très chère.

Cela me paraissait bien engagé.

- Tu as de beaux yeux, tu sais !

Ayant une oreille très fine, l’autre aussi, je crus entendre un battement précipité de ses deux paupières. Comme si mon tutoiement et le compliment l’avaient émue. Un long silence s’ensuivit ...

- Je suis journaliste, et toi ?
- consolatrice d’hommes tristes
- c’est quoi, ça ?
- la municipalité avait constaté que beaucoup d’hommes semblaient tristes. C’était avant Évènement Les services sociaux ont mis sur pied un service social destiné à détrister les hommes tristes. Un groupe de consolatrices a été formé, dont je fais partie.
- c’était comment, la formation ?
- en premier, apprendre à les repérer d’après leur triste visage, leur démarche et la vétusté de leurs souliers. Ensuite, nous avons appris à rentrer en relation avec eux, subrepticement, sans qu’ils puissent imaginer qui nous étions.

- comment ?
- parfois on s’asseyait à la terrasse d’un café, attablées devant une glace, avec l’air triste. On nous avait appris que les hommes tristes étaient très compatissants à l’égard des femmes, surtout tristes, lorsqu’elles mangeaient une glace.
- et alors ?
- nous devions engager l’homme à engager la conversation.

J’eus une sorte d’angoisse, de crainte. Étais-je tombé dans quelque traquenard ? Étais-je triste à ce point ? Mon cerveau, lent d’habitude, se mit en vrille, les synapses synapsèrent, les neurones cavalèrent, et les axones s’axtivèrent. Conclusion : ne t’inquiètes pas, mon Bonhomme. Si elle avait voulu te traquenarder, elle n’aurait rien dit de tout ça, à moins qu‘elle ne fût DB. Ce qui était le cas.

Je repris la conversation, mine de rien :

- et s’il ne parlait pas ?
- c’est qu’il était ID ou sourd, ou l’un ou l’autre, ou les deux.
On devait le laisser tomber, sans lui faire de mal
- vous faites quoi pour détrister ?
- Secret professionnel ! Je dois agir et ne pas parler des techniques. Puis rendre compte du résultat à ma direction, pour les statistiques et les subventions y afférentes.

Que feriez-vous à ma place ? A ma place d’auteur, pas à celle du narrateur de l’histoire ? J’étais mal parti pour imaginer une suite et décidai néanmoins de faire tenter la suite à x27

- incidemment, puis-je dormir chez toi ce soir. En fermant à clé (ou clef, ad libitum) la porte de la maison, j‘ai laissé les clefs à l‘intérieur,

Le mensonge était gros, énaurme. Elle fit semblant de l’ignorer

- No problem ! Ma voiture est là, je t’emmène quand tu veux
- O.K., allons y ...

Nous finîmes nos glaces, car j’en avais commandé une, et réglai galamment le montant de nos consommations.

Vue de l’extérieur, sa maison semblait quelconque, aussi quelconque que d’autres maisons quelconques du voisinage.
Cette quelconquicité me rassura. Elle ouvrit la porte d’entrée et j’entrai, forcément. Je ne pouvais sortir par la porte d’entrée avant d’être entré. Le couloir était quelconque. Elle ouvra une porte et m’invita à entrer. La pièce, quelconque, me rassura. Il y avait une table, des chaises, un canapé et dans le fond un grand lit pour deux personnes.

Elle attaqua fort
- pourquoi es-tu triste ?
- je NE SUIS PAS triste
- désolée d’avoir à te contredire, tu l’es sans le savoir.
- Ah ! Et comment le sais tu, TOI ?
- Facile. Tes dénégations véhémentes en sont la preuve évidente, lumineuse, incontestable.

Je me serais crû chez un psychiatre, un psychanalyste, un laboratoire d’analyses d’urine, toutes professions qui ne peuvent subsister sans malades. S’il n’y en avait plus assez, on en fabriquait. Je n’étais pas décidé à en être, ou plutôt, j’étais décidé à ne pas en être. Je voulais, par curiosité, subir le traitement de détristement. On est un bon journaliste, non ?

- je t’ai menti. Tout homme a sa fierté. Oui je suis triste et le reconnais devant toi, en privé.
- je le savais, JE LE SAVAIS. A nous deux maintenant.

Elle ouvrit un robinet qui inonda la pièce d’une musique très douce, genre céleste, pour ce que l’on sache de la célestité. Violons, harpes à cordes et à vent, flûtes, saxo alto, petits oiseaux et petit ruisseau ruisselant dans la prairie.

- Allonge-toi sur le lit, et mets toi à l’aise. Défais le col de ta chemise et enlève ce blazer ridicule

Je m’exécutai. Je me laissai envahir par la mélodie de cette musique, venue d’ailleurs : un mélange de mélopées mongoles, de chants tibétains et de samba brésilienne. Je commençai à m’assoupir

- ferme les yeux et ouvre la bouche.

Bon. Je fermis et j’ouvra.

Entre parenthèses, vous n’êtes pas sans avoir remarqué mes problèmes avec le passé simple des verbes (forcément, seuls les verbes en possèdent). Je n’ai jamais su procéder à leur orthografication à chaque fois. Veuillez m’en excuser.


Elle m’introduisit dans la bouche un morceau de chocolat. Fantastique ! Super délicieux, mega goûteux, super sublime, comme je n’en avais jamais rêvé dans mes délectations gastronomiques les plus extrêmes. Le nec plus ultra des chocolats

“Encore”, suppliai-je. Elle déféca à ma demande.
Horreur !! faute de frappe !!! Il faut lire : déféra, bien sûr

Ce mélange d’hyper chocolat et de sonorités latino-mongoles me rendait super mega heureux.

- alors, heureux ?
- oh oui !
- tu n’es pas triste ?
- oh non.

Elle déposa alors un tendre baiser sur mon oreille gauche, lequel baiser me sortit de ma douce torpeur. Était-il professionnel ou amical ?

- c’est sûr, tu n’es pas triste ?
- non, je te confirme
- tu es détristé ?
- oui.
- la séance est finie, tu peux rentrer chez toi ...

Je ne pensais pas que cette aventure finirait ainsi. Quelle déception. J’attendais peut-être autre chose. Mais quoi ?

Elle me demanda ma carte de Sécurité Sociale, nota mes références pour la statistique, et me demanda une petite somme d’argent (en tiers payant) pour couvrir les frais de chocolat. La musique était offerte, gratuitement (forcément, puisqu‘elle était offerte).

- dis-moi au moins d’où vient ce sublime chocolat
- je ne sais pas, et si je savais, je ne te le dirais pas. Secret professionnel !


Ce fut la fin de cette romantique et délicieuse équipée qui me laissa, je ne sais pourquoi, un souvenir de quelque chose d’inaccompli, de trouble, d‘inachevé. Je ne la revis jamais...

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Préparation au voyage

En prévision de mon futur voyage au Sindineros austral, lorsque je serai nommé grand reporter, je me documentai sur ce pays, peu connu.

Autrefois, très autrefois, c’était un pays habité par ses habitants aztiques, qui furent exterminés par les moustiques. D’autres ethnies, venues du nord, les Toltoques les remplacèrent. Ils étaient très civilisés. Ils inventèrent le maïs, qu’ils mangèrent, non sans laisser quelques épis pour les prochaines semailles. Ils inventèrent aussi le Calendrier Maya pour prévoir la fin du monde.
Elle était prévue pour fin Décembre 2012
Ils offrirent en sacrifice humain (forcément) toutes leurs jeunes filles à leurs Dieux, histoire de se faire bien voir. Mal leur en prit, car, sans raison apparente, leur groupe disparut en une génération.

Ce pays eut de nouveaux malheurs. Envahi par les Hijos de Cristobal, venus en bateau, par mer, il fut colombisé rapidement par eux. Quelques femmes toltoques, oubliées par les sacrifices toltoques, engendrèrent une nouvelle ethnie, les sandineros.

A ne pas confondre avec les sardineros, qui pêchaient des poissons dans l’eau (forcément), ni avec les sanguineros, cannibales qui faisaient cuire leurs ennemis dans de grandes marmites en terre cuite (elles aussi) en Terre de Feu.

Comme leur nom l’indique, le peuple sandinero était très pauvre car on n’avait pas encore inventé l’argent, ni la monnaie qui va avec. Les Hijos de Cristobal leur amenèrent et quelques uns s’enrichissirent rapidement. Ils traversèrent donc, successivement, l’ère proto- historique, préhistorique et ensuite historique et enfin l’ère pré-industrielle, puis l’industrielle, puis la numérique dans laquelle ils se trouvent actuellement. Quel voyage !

Les vertus de la virtualité, surtout en finance scripturale leur permirent de construire Universités, et usines spécialisées dans le virtuel et le nano. La nation devint tellement riche qu’elle fermit ses frontières à tout étranger, venu de l’extérieur.

Elle envisagea même de changer son nom en “Condineros” Austral et celui de la capitale en “Nomefaltànpiu”. Elle hésita longtemps avant d’abandonner le nom donné au pays par les ancêtres. Puis se décida à ne plus hésiter. Le pays devint le Condineros Austral.

Le régime politique est très avancé par rapport à nous. Ce n’est pas une démocratie, mais n’était pas anti-démocratique. Il serait plutôt une a-cratie à simplification extrême.

Tout le superflu a été supprimé ! Tout

Plus de gouvernement, remplacé par des Administrateurs, les meilleurs dans leur spécialité, formés depuis leur enfance.

Plus d’élections, donc plus d’électeurs, plus de partis, plus de batailles horribles pour se faire élire. Terminées les querelles politiques de voisinage. Plus de bureaux de votes, d’isoloirs, de comptage et recomptage des bulletins. Substantielles économies de papier, d’encre, d’énergie fossile, de transports.

Fini l’argent. On peut se rendre dans les magasins, choisir et repartir gratuitement. Plus de caisses, plus de comptabilité, fin des contrôleurs et inspecteurs. Les impôts, déclarations, blocage des comptes bancaires, saisies arrêts sur salaire, tout cela abandonné.
Là encore, économies de papier, etc. et surtout d’emmerdes

Les banques n’existaient plus que dans le souvenir des anciens. Terminés, les chéquiers, les relevés, les suppliques pour une autorisation de découvert. Tout ça, disparu, disparu !

Plus de loyers, de propriétaires, de syndics, de notaires, car les maisons sont prêtées à tous les citoyens, à vie.

Tout ça envoyé, expédié, refoulé, chassé dans le Néant, le RIEN absolu, illimité, avec clapet anti-retour ! Il a fallu qu’il soit de bonne taille pour tout contenir.

Assurément, il fallait une compensation, le Paradis n’existant pas sur terre. Ailleurs, on ne sait pas !

La compensation : tous travaillent, sans salaire. Tous, hommes, femmes et autres jusqu’à un âge raisonnable (85 ans) et à partir de 19 ans, chacun dans sa spécialité. Ce ne sont pas des travaux forcés, mais une appétence incontrôlable pour le travail. Rares sont ceux qui s’arrêtent à 85 ans, tellement la joie de participer au bien-être commun est enraciné dans … je ne sais pas où.

Toute personne reconnue coupable de ne pas mettre sa compétence gratuitement au service de ses concitoyens est privée de travail : une honte dans ce pays. Incohérent ! On ne peut priver un sans-travail de son travail. C’est pourquoi il ou elle devait porter un bonnet rouge, marque de la honte sociale. Personne ne leur parlait, ni discutait avec eux de la production, sujet favori de ce pays. Beaucoup ne supportèrent pas et mendièrent un poste.

Le système semble bien fonctionner.

J’aurais dû me renseigner plus tôt. Cela me donna des idées, politiquement incorrectes. Je vous expliquerai plus tard.

Problèmes dûs à l’invisibilité

Retour au récit. L’invisibilité de tous êtres vivants nous créa bien des problèmes. Les laboratoires d‘analyse qui repéreraient microbes, bacilles et autres sales petites bêtes durent se convertir à la recherche des nanotubes ingérés par ingestion buccale involontaire. Forcément, on ne les voyait pas tellement ils étaient petits, comme leur nom le précise bien.

L’une des autres conséquences tenait à la visibilité indécente des prothèses dentaires, communément appelées dentiers, aides à la bouffe ou clac-clac à cause du bruit.

Quelle admirable vision que ces habits de luxe se promenant dans les magasins de luxe, sous de luxueux chapeaux, et entre les deux un joli dentier, blanc et rose, dont les éléments, s’agitaient en haut, en bas, et inversement et sans cesse.

Certaines personnes n’aimaient pas que l’on sût qu’elles portassent de tels périphériques amovibles. Chaque fois qu’elles sortaient de chez elles, elles les laissaient à la maison, dans un endroit discret, pour éviter qu’une technicienne de surfaces ménagères ne les vit. Mais quelles souffrances au restau ...

Triste d’être snob. Malheureusement héréditaire dans les Grandes Familles.

Il n’y pas de honte à se faire aider par des prothèses lorsque l’on mange. Moi, par exemple, j’en ai deux paires, l’une robuste et simple pour tous les jours, et l’autre, plus sophistiquée, pour les Dimanches, jours fériés et jours de dépouillements d’élection. Elle possède un système de mastication automatique qui évite de bouger les mâchoires, économisant ainsi la fatigue. Un mini-moteur mû par la différence de potentiel entre langue et aliments actionne un mouvement de bas en haut et inversement. Très pratique ! Mais fragiles et difficiles à réparer lorsqu’il y a un os.

Un autre problème, impensable autrefois, était celui des bains de soleil à la plage. Étant invisible, chacun pouvait se bronzer intégralement, pile et face. Mais c’était dangereux. Vous pouviez être piétiné par la bande de copains qui venait vous rejoindre, si vous ne possédiez pas de prothèse dentaire, ou si vous étiez couché sur le ventre.

La parade fut vite trouvée: la serviette de bain lumineuse, clignotante, en tissus “libre passage” pour les U.V. Une source électro-luminescente était tissée dans le tissu, alimentée par la chaleur animale corporelle de l’accro au bronzage, assis ou couché dessus. La clignotation était assurée par un couple condensateur-résistance à très basse fréquence.

La nuit le spectacle était féerique. Tous ces bronzeurs souhaitant bronzer jour et nuit, rendaient la plage comparable à un ciel dégagé avec des centaines d’étoiles clignotant, elles aussi.

A tout problème, il y a toujours une solution ... C’est le Génie de l’Homme, que de refuser ainsi la Fatalité. Mais parfois ...

Par exemple, tous les chercheurs cherchèrent à fabriquer des lunettes anti invisibilité, destinés prioritairement à la police et aussi aux voyeurs fortunés. Heureusement, ces chercheurs avaient mal cherché. Mais peut-être que cela aurait rendues plus facile nos relations sociales, sous réserve de distribuer ces lunettes à toute la population, mineurs, majeurs et autres. Peut-être ...

Notre existence coulait tranquillement comme coule un grand fleuve tranquille qui coule, tranquillement, de sa source vers la mer de son choix, là ou vivent les an-choix, qui n‘ont pas le choix.

Nous nous étions habitués lorsque ....

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La GUERRE …

Ce fut LA GUERRE !

Nous ne demandions rien à personne, et tous les citoyens sont honnêtes, gentils, scrupuleux. Tous, sauf peut-être le Chambreur, dont la fonction, vous vous souvenez, est de chambrer les journalistes en plus de sa mission de présider la Chambre.

Les riverains de notre frontière N.N.W, au sud, furent alertés par le vombrissement des nombreux ventilateurs à haute puissance destinés à renvoyer à l’expéditeur tous leurs envois de gaz de combat. Nous apprîmes que c’étaient des gaz incapacitants qui anesthésiaient les respirants de cette saloperie. Leur guerre s’arrêta durant huit jours puis reprit de plus belle.

Ce fut la tentative de sabotage de nos centrales atomiques, fournisseuses d’électricité. Mais nous avions tout prévu. En cas de tentative, l’installation s’autodétruisait, toute seule, le sabotier y compris. Et immédiatement une autre centrale de réserve démarrait. Nous en avions 75, bien cachées. On pouvait voir venir ...

Ils essayèrent de nous bombarder. Mais nous avions des missiles anti-missiles, qui ne détruisaient pas les missiles mais, astuce suprême, les redirigeaient vers leurs plus grandes villes. Il avait fallu beaucoup d’intelligence à nos ingénieurs pour soudre et résoudre les difficultés. D’abord arrêter les missiles ennemis sans qu’ils tombissent au sol. Un berceau, de grande taille (celle du missile ennemi présumé), garni d’ouate non stérilisée, les recueillait et immédiatement rotait de 180°, ou autre pour le renvoi à l’expéditeur ou autre. Cette ouate n’était pas un coton hydrophile, mais missolophile, qui absorbait avec célérité tous missiles passant à proximité. Le secret de fabrication est secret.

Ces sanguinaires barbares avaient même formé des femmes kamikazes, très belles, chargées de séduire les hommes et de leur inoculer des virus contagieux et mortels par simple contact là ou le contact se faisait.

Ils en furent pour leurs frais (... et leurs belles femmes), car chez nous, tous les hommes reçoivent un vaccin polyvalent, totivalent, plurivalent, associé à douze gènes extraits de l’ADN de la fraise des bois. Le vaccin ultime ! Il y eut bien quelques victimes lors de la vaccination par ce vaccin. Les plus faibles étant éliminés, les autres étaient disponibles pour répondre à tout attaque inopinée. Certains étaient volontaires pour aller au devant du danger, tant notre patriotisme démographique est élevé !

Ces pauvres femmes moururent, victimes de leur dévouement à leur pays. Triste fin pour des patriotes bornées, bernées ...

Il y eut d’autres tentatives. Ces sans-coeur ont essayé d’empoisonner l’eau potable, c’est à dire de mettre un poison dans cette eau. Mais tout avait été prévu chez nous. Un anti-poison avait été prévu, dans l’eau, qui détruisait tous les poisons mais qui avait un léger inconvénient : aussitôt attaquée, il donnait à l’eau, celle qui avait été empoisonnée, un bon parfum de fraise des bois. On ignore d’où viennent les propriétés de ce grand arbre vulgaire, croissant près des zones urbaines, en toute impunité.

L’eau était parfaitement potable. Les pâtes alimentaires étaient agréablement parfumées. Le goût en était inhabituel. Mais ! Bon

Toutes leurs tentatives échouèrent et la guerre se termina en finissant.

Nous ne demandîmes pas de réparation, après l’ultimatum que nous leur envoyimes et qu’ils acceptèrent joyeusement mais à contrecoeur. C’est normal d’être un peu triste lorsque l’on vient de perdre une guerre sans l’avoir préalablement gagnée.

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué encore une fois mes problèmes avec le passé simple des verbes (forcément, seuls les verbes en possèdent).

A la réflexion, il y a aussi des gens simples qui ont un passé simple

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Guerre et informatique

Mais peu de temps après, ils nous présentèrent des excuses.
Leur hâte à frapper venait d’un problème d’informatique. Ils avaient pensé que nous étions les auteurs d’un malaware sous forme de trajan, doublé par un multiplicateur qui en triplait les inconvénients. Leur computer central qui computait les entrées et sorties de fonds du ministère des Finances avait été trafiqué. Vous tapez “1 + 1” et le résultat donnait “0” ou bien “14 milliards + 17 milliards” donnait “- 3 milliards” ce qui déclanchait automatiquement un avis de recherches. La Direction de la Prévision ne comprenait pas pourquoi les gens étaient pris d’une frénésie d’achats. Mais les gens, eux savaient pourquoi. A chaque dépense leur compte bancaire en était crédité, au lieu d’être débité.

Pour les personnes peu au courant de la pratique bancaire, j’explique :
- à ton compte, il te reste 27 €, 60 pour aller à la fin du mois
- tu fais un chèque de 29.000 € pour acheter une voiture
- normalement tu vas en prison

Mais avec ce bug :
- à ton compte, il te reste 27 €, 60 pour aller à la fin du mois
- tu fais un chèque de 29.000 € pour acheter une voiture
- tu as maintenant 29.027, 60 € à ton compte
- et une voiture valant 29.000 €
- tu réfléchis rapidement et comprends le truc
- tu achètes un ou deux Airbus A380
- te voilà tranquille pour le restant de ton existence.

La direction de la Prévision n’avait pas compris que l’ordinateur avait été trafiqué, remplaçant un “+” par un “-” dans tous les calculs. Elle avait fait tourner tous ses modèles. Les résultats étaient troublants. La Dette Publique était remplacée par un Crédit International avec un droit de tirage (autorisation de palper du fric) de plusieurs milliards.

Bref, il fallut beaucoup de temps aux informaticiens de la Fonction Publique pour comprendre ce que de simples gens avaient compris sur le terrain de leur vie quotidienne.

Lorsqu’ils eurent compris, ce fut trop tard. Tous les soldes de banque avaient été consolidés lors de la dernière réunion des Consolideurs, réunis pour consolider (forcément).

Pour les personnes peu au courant de la pratique bancaire, j’explique :

- tu as 29.027, 60 € à ton compte
- s’ils y sont, c’est qu’ils y sont. Ils ne sont pas arrivés par hasard
- donc, je consolide le solde ton compte
- tu peux faire ce que tu veux de ce fric, honnêtement gagné par ton sens de l’observation et tes connaissances arithmétiques

L’origine de cette fâcheuse corruption des ordinateurs n’était pas le résultat de malveillances de hackeurs bornés mais géniaux.

Une très gentille dame âgée de 91 ans, courageusement s’était mise à l’informatique à la suite des réflexions de ses petits-enfants. Elle avait appris à envoyer du courrier par e-mail, et s’apprêtait à surprendre ses petits enfants. Après rédaction, elle suivit la procédure normale pour faire partir un courrier. Mais il ne partit pas. Patiente, elle recommença, une, deux, cinq, soixante dix neuf fois, sans réussir. Étant une femme remarquablement intelligente, elle décida que le hasard ferait peut-être mieux que les règles. Elle tapa successivement, aléatoirement sur toutes les touches au hasard : les lettres, les chiffres, les “Alt gr”, les “ctrl“, les “tab“, les “inser” avec de temps en temps les “enter” les touches “+” et “-”, parfois “*”

Après deux jours de frappes (elle dormait la nuit) brusquement après avoir appuyé sur “enter” l’ordinateur se mit à ronfler, non comme un dormeur, mais comme une locomotive. Et son courrier partit. Ce qu’elle croyait

Heureuse, elle attendit les mails étonnés de sa descendance. Ils ne vinrent pas. Elle ne savait pas qu’elle avait créé le programme qui créa une crise générale dans son pays (à l’époque, les mails n’outrepassaient pas les frontières). Elle avait une chance sur mille milliards de le faire, mais elle était chanceuse ces jours-là...

Étant donnés son âge, son délicieux sourire et sa totale incompétence informatique, on ne lui en tenit pas rigueur et fut proposée comme exemple à la jeunesse pour sa suite dans les idées et sa volonté farouche de réussir.

La guerre se termina ainsi. Stupide comme toutes les guerres ! Nous n’eûmes aucun dégât, grâce à notre politique de renvoi à l’expéditeur, missiles et gaz. Mais eux, oui.

S’ils avaient réfléchi au lieu d’attaquer si rapidement, ils auraient compris que leur virus dévastateur ne pouvait venir de chez nous, nos mails ne passant pas au dessus de leurs frontières.

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Dialogue philosophique avec Filhos Sophie

A propos de frontières, il m’est arrivé une drôle d’aventure. En qualité de rédacteur chef adjoint je devais me rendre en Suisse.

Contrôle des papiers à la frontière : no problem.
“ Montrez votre plaque d’immatriculation”

Je montris donc

- “Pas conforme, votre plaque !”
- “Mais, qu’est-ce qu’elle a ma plaque ?”
- “elle n’est pas plaquée or. ICI ON EST TOUS RICHES.
- “et alors ?”
- “dans un pays riche, il est mal vu d’être pauvre”

Vexé, je retins ma colère.

- que dois-je faire ?
- plaquer en or votre plaque, ou plaquer votre visite chez nous.

Je n’avais pas l’argent nécessaire.

- ça coûte cher ?
- non, pas pour les riches
- et pour les pas riches ?
- c’est cher, forcément

Devinant ma détresse, il m’aida

- vous m’êtes sympathique. Voici comment faire. Vous allez à la boutique, là bas et demandez un flacon d’enrichisseur pour plaques. Et ensuite vous vaporisez le contenu sur votre plaque, cuisez à feu doux, le thermostat à 4.

- mais je n’ai pas de four
- vous déposez la plaque au restaurant là bas, et pendant que vous dégusterez nos bons plats suisses, ils vous la cuiront
- ah bon ?
- par sécurité, ils vous demanderont de payer d’avance. Je vous recommande le rude et vigoureux poulet de nos montagnes, cuit dans une sauce de chocolat suisse, et farci d’emmenthal suisse.

Je m’exécutai, et c’est ainsi que j’entris dans ce beau pays, avec ses belles montagnes, ses belles voitures et ses belles femmes, et de si belles banques. A en avoir le souffle coupé.

Ma mission était d’interviewer une philosophe suisse, spécialisée en économie et spécialiste spécialisée dans les problèmes concernant l’argent

Très jeune, la petite Sticker, de son prénom Sophie posait questions sur questions à ses parents

- pourquoi les oiseaux volent, et pas nous ?
- si on avait des ailes, est-ce qu’on volerait ?
- pourquoi je suis à l’envers dans la glace et pas la tête en bas ?
- pourquoi le soleil est jaune et le ciel bleu ? Le contraire serait bien plus joli
- comment les haricots verts sont devenus verts ?
- pourquoi la glace est froide ?
- pourquoi il y a des bulles dans l’eau bouillante et aussi dans l’eau froide qui pique ?

Tout ceci laissait présager un brillant avenir scientifique, et de brillantes études confirmèrent ses dons. Elle épousit un charmant collègue de Faculté, Jean Filhos, d’origine portugaise. Et devint ainsi, pour l’état civil, Filhos, Sophie. Quelle prédestination à une grande oeuvre !

- Madame, je suis honoré de l’honneur dont vous m’honorez
- L’honneur est pour moi. Que puis-je pour vous ?
- mon journal souhaite comprendre certaines questions qu’il ne comprend pas concernant l’or, l’argent, du point de vue de la philosophie. D’abord, qu’est-ce que l’argent ?
- c’est de l’or en papier et en 0&1
- pouvez vous préciser votre pensée ?
- l’argent c’est une feuille d’or, mais en papier, sous forme de billet
- mais pourquoi ne pas fabriquer des feuilles d’argent en papier, puisqu’il s’agit d’argent ?
- votre question est très pertinente. C’est parce qu’elles ne seraient pas crédibles. L’argent c’est de l’or, et l’argent qui serait de l’argent en feuille ne serait plus de l’argent. Forcément
- oui, je crois avoir saisi la subtilité de votre explication. Vous disiez également que l’or existait en 0&1.
- oui, c’est très récent. Les spécialistes de la monnaie ont pensé, à juste titre, qu’il était plus commode et économique de fabriquer des billets invisibles, impalpables, discrets qui n’existeraient pas sous forme de papier mais sous forme de 0&1, cachés dans des ordinateurs secrets. Ainsi, chaque fois que quelqu’un avait besoin d’argent, on lui prêtait des 0&1 qu’on mettait dans son ordinateur que l’on retirait de l’ordinateur prêteur Quand il n’y en avait plus, on en remettait. Les 0&1 ne coûtent rien à fabriquer. C’est l’astuce

Et l’or ?
- c’est beaucoup, beaucoup d’argent

Je dois avouer que je n’ai pas compris ces explications, pas plus que vous peut-être.

Mais nous devons nous incliner bien bas devant ces sommités de l”intelligence, reconnaissables à leurs titres universitaires, à leur bibliographie (22 ouvrages, 1789 articles), sans compter les conférences dans 112 pays européens, et 1 en Afrique.

- Madame, voudriez-vous m’expliquer ce qu’est la philosophie de l’argent ?
- Il y en a plusieurs, celle qui recherche les raisons de la création de l’argent et ses relations avec l’or dur, celui que l’on trouve en lingots d’or (forcément). Une autre philosophie cherche à comprendre les variations du rôle de l’argent selon la richesse des analystes. Les pauvres, n’ayant le temps de philosopher, n’imaginent même pas les problèmes philosophiques que nous avons à résoudre, et nous font la confiance la plus dubitative sur l’acquis de nos travaux.
- je vous remercie, Madame. Je vais maintenant pouvoir écrire un article très documenté, grâce à vos explications si limpides

Article que j’écrivis pendant l’horreur d’une profonde nuit, accablé par la difficulté de la tâche, et soulagé par quelques bouteilles de Bourgogne californien.

L’article, publié en éditorial, eût beaucoup de succès. Des lecteurs m’écrivirent en me demandant comment fabriquer artisanalement des 0&1, chez soi, dans sa cave ou son garage. Je leur rappelai que c‘était illégal et que seulement l‘État et les banques étaient illégalement autorisés à en produire.

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Nouvelles recettes fiscale
Toujours à propos de fric, notre gouvernement qui en manque cherche de nouvelles recettes. Sous l’impulsion de notre Président, élu comme vous savez par la minorité absolue, toujours très lucide, il (le gouvernement) a décidé de les trouver (les recettes) là où il y en avait le moins (d’argent) chez les gens les plus nombreux (les sans-argent).

Et ça pleuvit. Voici une première liste des nouvelles taxes qui devaient aider le gouvernement à baisser le pouvoir d’achat.

Taxes :
- sur la chaussures, pour usure de la voie publique. Exonérées cependant les chaussettes en soie.
- sur les produits de nettoyage, qui érodaient (sic) la surface des objets ou personnes nettoyés, augmentant ainsi le volume des déchets à traiter.
- sur les fruits à noyau dur dont les noyaux augmentaient aussi le volume des déchets. Exonérés, les kiwis
- sur les combustibles fossiles. Étant donnée leur rareté, il était préconisé de ne jamais les utiliser, sinon tac-tac-taxes (pas une, DES ...)
- sur les pets abusifs (ce sacré méthane !) non autorisés, pour érosion de la couche d’ozone qu’il fallait remplacer en conséquence.
- sur le volume de la pluie tombée (forcément) qui amoindrissait les revenus de laveurs de voitures.
- sur les mémoires des ordinateurs, car elles pouvaient receler (recel-er, re-celer)) des chansons volées, lésant ainsi les recettes des Sociétés de Droits d’auteur
- sur les bananes, car, consommées par les gens qui les mangeaient, elles perdaient leur énergie calorique potentielle tout en créant des déchets.
- sur les lunettes de luxe, dépenses inutiles, car personne ne pouvait voir la tête satisfaite du porteur de ces lunettes “de luxe”.
- sur la carottes rouges, car impossible de taxer les carottes bleues, vertes ou autres couleurs impossibles à taxer, vu leur rareté.
- sur l’eau chaude, totalement inutile car elle finissait toujours par refroidir. Gaspillage taxable



DELIRES et INCOHERENCES - Deuxieme partie

Publié le 21/04/2009 à 12:00 par hrc89520
De la part de Henry C., l’auteur inconnu



DELIRES et INCOHERENCES – Deuxième partie
Auteur inconnu, février 2007



Réduire l’invisibilité : mon plan …


J’allais mettre en route mon plan de suppression de l’invisibilité.

Je me mis à réfléchir ...A mon avis, il y avait quatre moyens :

* avec subtilité. Par exemple séduire une technicienne, séduite par l’ampleur de mes connaissances scientifiques, anatomiques et autres. Et aussi mon charme naturel, bien sûr. Et ensuite soutirer les informations nécessaires pour fabriquer un destructeur du créateur d’invisibilité que je fabriquerais à mon retour.
* avec violence. Violer l’entrepôt des machines et créer un court-circuit fatal pour l’ensemble de leurs installations
* avec subtilité ET violence chronologiquement
* avec violence et ensuite subtilité
* avec tout autre moyen compatible avec la solution de ma ré-solution

Ma réflexion (quel mot bizarre : un miroir réfléchit, pourquoi serais-je comme un miroir ?) m’amena (par la main ?) à considérer qu’une bonne préparation physique et mentale serait nécessaire.

Les arts martiaux n’auront donc plus de secrets pour moi. Dix septième DAN en judo, je ne craindrais personne. L’aïkido, le KING KONG, le reïki, le karaté seraient aussi bien indiqués pour ma bonne préparation. Sans oublier le kung-fu, le pancrace et la savate lyonnaise. Un bon atemi asséné hors du dojo à l’endroit vital me rendrait invincible.

Je m’intéresserai aussi aux Arts Maritaux. On ne sait jamais. Kama Sutra, législation sur l‘adultère, clubs de rencontres en Condineros Austral, moeurs locales, devraient faire l’objet de toutes mes attentions.

Devant l’ampleur du travail à fournir, je ressentis le besoin de me faire cocher.

Cocher ? Non: coacher, par un coach. Autrefois, on avait besoin d’un psychanalyste (pour les riches) ou d’un psy (pour les moins riches) pour être certain que ce que l’on pensait était bien conforme à ce que l’on aurait dû penser, ou à ce que l’on aurait pu penser réellement si on ne pensait pas comme on pensait le penser. Ou encore lever une culpabilité, réelle ou non que vous gâchait l’existence, sans même savoir si elle existait. On peut très bien vivre avec sa culpabilité, en la transformant en délectation. Ainsi, moi, à l’âge de six mois, j’ai trempé ma menotte dans un pot de confitures de framboises et l’ai sucée. J’ai adoré. Mes parents m’ont traumatisé en me grondant J’ai été culpabilisé jusqu’à l’âge adulte, n’osant même regarder un pot de confiture. Un jour, je me décidai. Et me régalai de ces framboises en confitures. Et depuis, je n’ai plus de culpabilité complexe à l’égard des confitures. Peut-être ne faut-il pas extrapoler à toutes les culpabilités ?

Le coach, c’est mieux. Il prend toutes vos pensées en pension et ne vous donne connaissance que de celles qui sont positives POUR VOUS. C’est du “sur mesure” intégral !

Il me fallait donc trouver le meilleur des meilleurs coaches. Je réussis à le trouver dans les Andes du désert de Gobi.

“Don Pepe Juan Santos von Khonnrych y Otro”. C’était son nom.

Dans ses ascendants mâles il y avait eu un Chevalier Teutonique, d’ou ce nom, “Khonnrych” a consonance subliminale désagréable.

Il avait de sérieuses références. Son père était sorcier chez les Algonquins, sa mère chamane catholique mongole. Du côté paternel, le grand-père était tricheur professionnel au poker, sa mère chamane juive japonaise. Le côté maternel avait de sérieuses références. Lui était Druide, et elle chauffeur de taxi en Australie. Qui peut dire mieux ?

Je me remis entre ses mains (façon de parler). Il commença par me faire boire un breuvage (forcément) secret, dont il me donna la composition, que voici :
* quelques gouttes de jus de haricots verts (pour la verdeur)
* quelques gouttes de poivrons du Chili (pour l’agressivité)
* une pincée de bromure, pour la neutraliser
* du sucre en poudre roux (pour me donner un air doucereux)
* une pincée de poudre de météorite (pour ma liaison éventuelle avec le Cosmos)
* un peu de topinambours pressés (pour faciliter l’expulsion silencieuse des gaz méthane)
* une dilution homéopathique de rhume de cerveau (pour éviter qu’un rhume ne tente de grimper jusqu’au cerveau)
* un distillat d’alcool dans lequel avait fermenté la feuille d’un journal avec une publicité de fastfood (pour me mithridatiser contre tous les poisons alimentaires)
* quelques gouttes d’huile de bambou (pour m’éviter de grimper au cocotier)

Selon les indication du coach Pepe, je devais prendre tous les matins quelques gouttes, délayées dans un mélange 50% huile d’olives norvégiennes et whisky de Surabaya. En doublant le nombre de gouttes tous les Dimanches, je devrais être prêt pour ma mission en deux ans environ...

Je commençai donc à préparer mes gouttes à diluer. Les quelques premières semaines ce fut facile : une goutte, puis deux, quatre, huit, seize, trente-deux, soixante quatre, cent vingt huit, deux cent cinquante six, cinq cent douze, mille vingt quatre. Exténué par ce travail de comptage, je m’en ouvris à Pepe.

- C’est fastidieux de devoir compter mille vingt quatre gouttes, puis deux mille quarante huit, puis ...
- Je t’arrête. A combien de gouttes par jour en es-tu maintenant ?
- Mille vingt quatre.
- C’est bien, c’est très, très, bien. Mon fils, tu es un homme.
- Comment ça ?
- Tu as montré ta force de caractère, ta persévérance, ton assiduité, ta constance, ta ponctualité, ton exactitude, ta régularité, ta résolution, ton obstination, ton énergie, ta détermination, ton entêtement, ta vitalité, ton dynamisme, ton ardeur, ta volonté. Tout ceci était un test pour te prouver ton courage, ta valeur, ton rendement, ton efficacité. Tu peux maintenant prendre une demi goutte par jour ...

- Comment je fais ?
- Tu as une tête, débrouille toi.

J’étais à la fois fier de moi-même, et furieux contre Pepe Je reconnus néanmoins sa qualité de super coach.
- Que dois-je faire maintenant ?
- Tu as une tête, débrouille toi.

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Premières démarches

Je commençais donc mes démarches. D’abord le visa. Je recherchai donc ou se trouvait le delivrateur de visas. Je ne comprends pas pourquoi on “délivre” un visa. Sont-ils emprisonnés ? Le gardien des visas était au Consulat du Condineros. Je fus très bien reçu à la réception

- Bonjour, Monsieur (après un coup d’oeil à ma plaque) Que pouvons-nous faire pour vous être très agréables ?
- Je souhaite me rendre dans votre beau pays
- Rien de plus facile. Nous serons très honorés de vous recevoir. Vous vous rendez au bureau spécialisé dans la réception des personnes désirant se rendre dans notre beau pays. C’est au troisième dessous au bureau “b²-4ac” et votre problème trouvera sa solution, si tant il est que vous ayiez un problème. Le descenseur est au bout du couloir. Il vous y descendra (forcément). Je me coulai donc dans le couloir, courus dans le corridor et pris le descenseur, que je restituai à j’arrivée.

J’étais très surpris de cette amabilité inhabituelle dans un lieu qui reçoit un étranger. Le Consulat, jouissant de l’extraterritorialité, j’étais donc pour eux un étranger.

Je descendis donc vers ce bureau :

- Bonjour, Monsieur (après un coup d’oeil à ma plaque) Que pouvons-nous faire pour vous être très agréables ?
- Je souhaite me rendre dans votre beau pays
- Rien de plus facile. Asseyez vous, ou assoyez vous, comme cela vous sera le plus agréable. Pourquoi désirez-vous vous rendre dans notre beau pays ?
- je suis journaliste et souhaite faire quelques articles élogieux sur votre beau pays

Vous ne serez pas sans avoir remarqué toute la finesse de la diplomatie des termes que j’utilise ...

- Avez-vous une photo ? C’est obligatoire.

La vacherie ! Il savait bien que nous ne pouvions pas être photographiés, vu (!) notre invisibilité. Mais j’avais tout prévu :

- Oui, voici

C’était une photo datant d’avant Événement J’avais longtemps hésité. Devais-je mettre la mienne ou celle de mon père, qui faisait beaucoup plus sérieux que moi. Ma vive et rapide intelligence m’expliqua que, rendu visible dans leur beau pays, mon visage ne concorderait pas avec celle du visa si je choisissais celle de mon père. Et donc que je risquais des ennuis ...

Il regarda longuement la photo avec un sourire curieux, interrogateur et sardonique, que je ne pus voir, forcément.

- Vous aviez une tête bizarre, mais sympathique. Habla usted el condinero ?
- Si, si, lo hablo muy bien

Je savais que les Hijos de Cristobal avaient surimposé leur langue sur celle des sandineros. Je continue donc à rendre compte en français de cet entretien tenu en sandinero contemporain

- Comment avez-vous connu Notre Beau Pays (NBP, d’ores et en avant)
- Par les livres de notre Bibliothèque Nationale consacrés à votre NBP (forcément) et aussi par Internet
- Bonnes références !

Il me regardit d’un air suspicieux :

-Pouvez-vous me jurer sur l’honneur que vous n’êtes pas communiste, ou socialiste, ou gauchiste, ou centriste, ou raciste, ou antiraciste, ou trotskyste ou fasciste ou antifasciste ou gaulliste, ou dentiste, ou lampiste, ou trampoliniste ou ...

Je l’interrompis

- je peux ! Et tout ce que vous n’avez pas encore cité aussi ...
- Vous pouvez ?
- OUI, je PEUX !!!
- ainsi donc, vous pourriez ? Je prends note que vous le pourriez même si vous étiez poussé à mentir pour votre journal. J’apprécie votre conscience professionnelle. C’est un “plus” pour votre demande

OUF !

- Vous êtes journaliste, dites-vous. Pour quel journal ?

Ici, j’hésitai. Mon journal tirait à 176 exemplaires, dont 50 réservés aux actionnaires. Je mentis :

- Je travaille pour l’un des plus grands journaux de notre pays, qui m’avait demandé si j’accepterais de collaborer avec eux (forcément, on ne col-labore pas avec quelqu’un qui ne vous l’a pas demandé)
- Quel Journal ?
- Par secret professionnel, je ne dois pas le dire. Je tiens des chroniques anonymes signées “L’auteur inconnu”
- Oui, je connais... Totalement débiles !
- Je vous remercie pour votre appréciation. C’est exactement ce que je souhaitais faire. Votre culture littéraire et votre perspicacité ont décelé la profondeur, la largeur d’esprit et la hauteur de vue de ces textes.
- Je vais faire part de votre demande au Comité de délivrement, chargé du dégivrage (faute de frappe : délivrage) des visas, dont je suis l’unique membre. J’y joindrai la photo.

Il me fut demandé quelques autres questions sans importance sur mon enfance, ma scolarité, mon mariage, mes enfants, auxquelles je répondis sincèrement. Je ne savais pas que je retrouverais cette conversation plus tard, dans d'étranges circonstances.

Je reçus, par la Poste, quelques jours après (forcément) la liste des documents qu’il m’avait envoyés :

* un accusé de réception de votre demande
* votre photo, que nous aurons scannée avec une définition suffisante pour en faire une affiche, au cas où vous seriez recherché par notre police (WANTED !).
* un document définissant vos droits et devoirs
* une notification de refus temporaire de visa
* un visa temporaire valable pour six mois
* une demande d’accusé de réception, à compléter et à envoyer à l’envoyeur, en retour, pour accuser réception de l’envoi que nous vous faisons .... et que j‘avais bien reçu (forcément).

Je n’ai jamais accusé personne et encore moins une réception. Mais, par devoir social, je le fis, à mon corps me le défendant,

J’’examinai avec intérêt mes droits et devoirs. D’abord les droits :
* loger dans un hôtel luxueux réservé à nos hôtes étrangers
* prendre dans les magasins tout ce que vous désirez, comme tous les citoyens
* demander tous les services dont vous pourriez avoir besoin
* vous déplacer librement sur tout le territoire (à l’exception d’une zone réservée à la Défonce Nationale) SIC ! Une faute de frappe leur avait échappé.
* prendre contact avec tous les citoyens que vous souhaiteriez interviewer.

Et les devoirs ?
* ne pas commettre d’attentat ou action terroriste
* remettre tout votre argent aux contrôleurs de frontière
* donner une heure de travail quotidien à l’entreprise ou établissement de votre choix
* chanter sous la pluie
* éviter toute disputation, contestation, réflexion désobligeante
* à toute occasion, encenser les qualités de NBP (notre beau pays)
* restituer, en quittant le pays, tous objets non consommables non consommés

Cela me paraissait acceptable.

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Le départ et … l’arrrivée.


Ah ! J’étais HEUREUX ! J’allais enfin pouvoir mettre en action mon plan de suppression de l’invisibilité. J’avais fait ma préparation aux Arts martiaux et maritaux. J’étais coaché par le meilleur des coaches. J’étais donc fin prêt pour la grande Mission humanitaire que je m’étais donnée.

Je pensis qu’il serait bon, avant de partir, de faire le shéquape de ma condition physique. Des entreprises spécialisées se chargent de vous shéquaper.

Après recherches sur Internet, j’en trouvai une qui me parût compétente. Elle était étrangère. Son nom : “shake up till explode” J’aimai ce nom, dynamique en diable.

L’agence locale me prit en charge, de la tête aux pieds, de l’extérieur à l’intérieur et au delà, tout cela en trois séances. A la première on vérifia :

* les cheveux ; pouvais-je les hérisser ? Une grosse machine à faire peur réussit à me les faire dresser, avec difficulté
* le front : pouvais-je froncer les sourcils suffisamment pour effrayer une statue de marbre. Réussi
* les yeux : Pouvais-je les garder ouverts sans cillier pendant une heure (pour ne rien perdre de ma vision dans les moments critiques). Réussi
* les oreilles : savais-je les fermer hermétiquement (pour ne pas entendre ce que je ne voulais pas entendre, ou en mission aquatique). Réussi
* la tête : saurais-je ne pas la tourner en cas de bruit anormal à droite, ou à gauche au dessus ou derrière (pour ne pas tomber dans un guet-apens) Réussi.

Et ainsi de suite, sans rien ignorer de mon anatomie. Je ne rentre pas dans les détails, par pudeur, et aussi à cause du secret professionnel.

Les trois jours d’examen me donnirent la certitude que j’avais les moyens nécessaires pour réussir ma Mission.

Elle démarra le … Je ne me rappelle plus la date, mais au moins une dizaine d’années après l’Événement. Je préparai ma valise, vide puisque je trouverai tout sur place, pris mon billet d’avion, embarquai dans l’aéronef qui décolla (forcément, puisque c’était un avion. Mais où était la colle ?)

Le passage au-dessus de la frontière fut grandiose. A la verticale de celle-ci, tous les passagers redevinrent visibles. L’hôtesse nous avait mis en garde, pour nous éviter des émotions trop fortes.

Cela fut grandiose, extraordinaire, étonnant, émulsifiant, surprenant, ahurissant, émouvant, bluffant, féerique, prodigieux, fabuleux, irréel, fantastique. En une fraction de seconde, tous ces vêtements vides posés sur les fauteuils se remplissèrent de personnes humaines, hommes, femmes et autres. Des petits gros, de grandes perches, des tristes, des rubiconds, des bruns/brunes, des blonds/blondes, des chauves/chauvesses, des autres/autres.

Ne pas avoir vu un visage humain depuis plus de dix ans et en voir une sélection (celle qui était dans l’avion) d’un seul coup est une émotion ineffable, rare, indicible, magique, saisissante, fantastique. Je crus défaillir …

Mon coach m’ayant appris à maîtriser mes émotions, je me ressaisis et observis tous ces visages. Je crus reconnaître l’un d’eux. Après l’atterrissage, je tenterai, subrepticement, de lui tirer les vers du nez. Je ne savais pas s’il en avait (des vers), le nez, lui, existait, étant maintenant visible.

Après le passage en douane et l’examen de mes papiers, je m’approchai de lui, car c’était visiblement un homme, barbu et souriant.

- Excusez moi, Monsieur, ne vous ai-je point déjà rencontré avant l’Évènement ?

Il me devisagea C’était maintenant possible. Il m’observa longtemps, longtemps.

- En maternelle, à l’école maternelle (forcément), je jouais avec un garçon qui aurait pu vous ressembler. Quelle école fréquentiez-vous ?
- Celle de Bacon les Truyères
- Moi aussi. C’est ça. Vous ne seriez pas celui que l’on appelait Jojo, l’Affreux ?
- Oui. Alors tu serais Gramophone, qui n’arrêtait pas de parler, crier, marmonner, bredouiller, hurler, brailler, gueuler, geindre, glapir, rouspéter, injurier, pester, apostropher, pleurer, sangloter et murmurer des mots incompréhensibles ?
- Oui, c’est moi. Mais j’ai changé depuis. Allons prendre un pot !

Nous fûmes heureux de nous retrouver, bien que les liens d’amitié à l’époque ne fussent que coups de poing, batailles, et injures. Gramophone était devenu juriste expert international, spécialisé dans le décryptage des réglementations interactives internationales et de leur application dans le cadre des légalités internationales bi et trinationales, encore rudimentaires. Gram pourrait peut-être m’aider, à l’insu de lui-même, pour accomplir ma Mission.

Les services de Police m’avaient donné l’adresse de l’hôtel qui m’hébergerait : Hôtel de la Béatitude pour Étrangers situé au 1 de l’Avenue de la Patience Récompensée. J’appris que, chez les Condineros, les rues ne portaient pas de noms de personnes, mais des noms de qualités humaines. Rue du Sourire Ineffable, de la Jolie Demoiselle, de l’Infirmière Efficace, du Vieux Sage, du Travailleur Heureux, de la Belle Dame Rousse, du Colibacille Éliminé, parmi des milliers d’autres.

Gram, en sa qualité d’expert international avait droit à un traitement de faveur. Il logeait à l’hôtel de la Connaissance Approfondie, boulevard de l’Honnêteté Scrupuleuse.

Nous promîmes de nous revoir et échangimes nos adresses.

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Y vivre comme un poisson dans l’eau

La première opération de ma mission (nom de code secret : mamissionderendrevisibilitéaumonde) serait donc d’y vivre comme un poisson dans l’eau, de devenir tel un autochtone natif (forcément) pour pouvoir me rapprocher de ma cible, à petits pas, sans être remarqué, ni perçu comme un étranger étrange.

Je recevis un courrier des douanes pour m’affecter à un poste de travail volontaire et obligatoire. Elles (les douanes) me proposait un choix :
• bibliothèque (ordonnancement du rangement des périodiques étrangers selon le ratio voyelles/consonnes)
• conservatoire de la Nature (participer à une étude sur les variations de la rapidité de la poussée des végétaux, en fonction de la musique qui leur était jouée)
• site pour l’étude de la perception de l’invisibilité chez les non-voyants de naissance
• Centre d’études pour l’amélioration de l’invisibilisation exogène
• Centre d’études de la corrélation entre couleurs et parfums naturels
• Et beaucoup d’autres

• Il y en avait un qui me tentait pour accomplir ma mission : le Centre d’études pour l’amélioration de l’invisibilisation exogène.
-
J’ai failli y répondre, mais une observation de Don Pepe me revint à l’esprit : « avant d’avancer, toujours prends du recul » Je me levai de ma chaise pour reculer et glissai et tombis. Dans une demi inconscience, ou plus, je vis mon coach qui m’apostrophait : « Eh ! Imbécile stupide crétin dégénéré ! T’as pas compris que cette proposition avait pour objet de déceler les gens trop curieux » Il avait peut-être raison, ou pas. Par sécurité, cette idée fut rejetée, repoussée, éjectée, éructée de mon cerveau si lent. Mais je n’aimais pas être insulté et invectivé de cette sorte ou de toute autre

« Merci Don Pepe ! » néanmoins fut le message que je lui envoyai cosmiquement. Pour éviter les écoutes indiscrètes …
Mon choix se porta donc sur le conservatoire de la Nature ou j’appris beaucoup. Je vous en parlerai plus tard…

Je commençai donc à essayer de connaître la ville et m’y faire quelques relations, de préférence utiles à ma Mission. Quel plaisir que celui de déambuler, flâner, vadrouiller dans ces rues aux noms si enchanteurs tels que Rue de la Santé Permanente, Boulevard du Respect aux Anciens, Ruelle de la Modestie ou encore Chemin du Joyeux Électricien. Au Boulevard des Achats abolis se trouvait l’ensemble des magasins offrant leurs produits. Une épicerie-salon de coiffure m’intrigua. Sur les rayons beaucoup de produits inconnus : bananes à la moutarde, haricots bleus, figues de l’Antarctique, pommettes de poires, sel de rosée. Et des produits dont j’ignorais le nom, l’origine tels que les blavettes bleues, les orthogones circulaires, les clavardes d’Europe, les échignoles confites, les tarapruques turques, les cervelles de dabiles, les pieds panés de serpentorgues, les parabiles distillés, les catafrutes rondoutées et surtout les joyeusetés du montagnard de haute mer. Que de nouvelles expériences à prévoir…

Dans le Salon de Coiffure, au fond du magasin, une charmante hôtesse m’accueillit :

« Bonjour ! Que désirez-vous coiffer, décoiffer, peigner, dépeigner, brosser, friser ? »
« Avez-vous des moustaches détachables (pour me cacher derrière, éventuellement) »
« Oui. Une couleur préférée ? Assortie à vos yeux bleus ? »
« Peut-être un assortiment ! »
« Veuillez vous asseoir quelques instants, je vais vous les fabriquer »

Je me suis donc assoiré. Elle se dirigea vers une espèce de gros meuble avec beaucoup de boutons et un écran. Cela ressemblait à un ordinateur. Appuis successifs sur de nombreux boutons. Il en sortit (de la machine) une douzaine de moustaches, de toutes teintes
Une était bicolore, une autre arc-en-ciel.

« Voici, Monsieur. Cela vous convient-il ? »
« Oui, C’est très bien, parfait. Combien vous dois-je ? »
« Vous êtes visiblement un étranger, mon pauvre Monsieur, et avez gardé vos mauvaises habitudes. Ici, on ne paye pas. On dit « merci »
Lorsqu’on est très content on dit « merci beaucoup » Et si l’on est très, très content, il est permis d’embrasser le donneur. Ailleurs qu’ici, on dit vendeur, n’est-ce pas ? »

« Puis-je donc vous embrasser ? »
« C’est de votre droit ici. Nous sommes formées à satisfaire toutes les demandes de nos visiteurs, jusqu’à un certain point, toutefois. Et dont le dépassement est facultatif, ad libitum »

Quel beau pays ! Je l’embrassai donc.

Une idée me vint. D’où, je ne sais pas. Il doit y avoir un grand réservoir quelque part d’où sortent les idées lorsque l’on est en manque.

« Vous aviez remarqué que j’étais étranger dans votre beau pays. C’est le première fois que j’y viens, je ne connais pas les us et costumes (erreur de frappe : coutumes) de votre beau pays. Ni les habitudes, traditions, règles, mœurs, usages, règlements, principes, comportements, traditions, mentalités, pratiques usuelles de votre beau pays. Je ne connais personne. Pouvez-vous m’aider ?

- Comme c’est triste et déplorable. Allez donc voir de ma part mon amie Anna-Maria. Elle est chargée de résoudre tous les soucis de nos visiteurs et de les détrister en cas de besoin.
Aïe ! Mauvais souvenir, néanmoins entaché de bon chocolat. Que faire ? On est un bon journaliste, non ?

- Merci beaucoup, c’est une très bonne idée. Comment la joindre ?
- Voici son adresse : w69 40’ 57’’ s15 48’ 07’’
- Ce n’est pas une adresse, ça !
- Si, si ! Ce sont latitude et longitude du lieu où elle habite.
Vous pensez bien que je ne vais pas vous donner sa véritable localisation par respect de sa vie privée. Si par curiosité vous vouliez vous rendre à cette adresse, vous seriez en plein milieu du lac Titicaca, en Bolivie. Vous pouvez contrôler.
- Vous l’affichez dans votre téléphone-gps portable, le TGPS, un plan détaillé vous y emmène directement. Et vous donne son n° de téléphone. Vous n’avez pas de téléphone-gps ? Je vous en donne un. Venez »

Elle me donnit le dernier modèle, précis à quelques millimètres près et mit en mémoire la position, géographique, d’Anna-Maria.

- Mais, pourquoi donner des noms aux rues ?
- Pour les paquets et les rares lettres qui circulent encore

Je me sentis idiot et me remémorai un conseil de mon coach « si tu ne sais pas, fais semblant de comprendre. A la fin de la conversation, tu auras beaucoup appris » C’est ce que j’aurais du faire.

- Auriez-vous la gentillesse de mettre votre adresse dans le répertoire de mon TGPS ?
- Pas de problème, la voici.

Je l’embrassai trois fois, pour le TGPS, pour l’adresse d’Anna-Maria et pour la sienne. Et fus heureux devant les perspectives ouvertes au succès de ma Mission.

*****************************************


Place de l’Amitié

Je continuai à déambuler dans Nomefaltànpiu. Vers la Place de l’Amitié Nouvelle une manifestation curieuse m’étonna. Une sirène se mit à rugir avec une très douce musique et toutes les personnes qui étaient sur la Place s’arrêtèrent sur place, dans la Place (forcément). Je fis comme eux. Je les vis dans une attitude de recherche, tournant la tête, droite-gauche, et inversement, et aussi sur eux-mêmes. Et chacun se dirigea vers la personne la plus proche, lui fit face, s’inclina vers elle, les mains jointes au dessus de la tête et se mirent à parler (après s’être redressé). Je vis arriver vers moi un homme relativement (pourquoi relativement ?) âgé, au regard étrange, celui qui était le plus proche de moi. Je fis comme les autres et le saluai
- Je vous souhaite que tous les souhaits que vous puissiez souhaiter puissent s’accomplir. Puis-je vous être utile ?
- Merci beaucoup. Moi aussi je souhaite que tous les souhaits que vous puissiez souhaiter puissent s’accomplir. Puis-je vous être utile ?

Mon coach m’avait appris à toujours être d’accord avec tous, quitte à changer d’idée plus tard (forcément). Il reprit :
- Quel est votre souhait le plus souhaitable dont vous souhaiteriez la réalisation ?
- Je suis étranger ici, et ne connais personne. Pouvez-vous m’aider à connaître des personnes que je ne connais pas
- Facile. Voici mon adresse. Passez me voir. Je vous mettrai en relation avec quelques personnes
Je lui tendis mon TGPS. Sa mémoire s’accrut d’un nouveau nom, de son adresse et de son téléphone.
« Merci, je vous téléphonerai prochainement pour vous rencontrer »
Nous nous séparimes. Sur la Place, d’autres étaient en train de se séparer, en se disjoignant. Les autres ne se déconnectaient pas encore

Je jetai un œil (au figuré) sur son nom : Ramon Espejo. Ainsi j’avais récolté trois adresses en vue de la Mission, omniprésente dans mon esprit. Je reviendrai souvent sur la Place de l’Amitié Nouvelle, me dis-je.

Je rencontris en premier Anna Maria Solita, l’amie de la fille du magasin.

Sa maison n’était pas quelconque. Sobre avec des centaines de photos sur les murs, elle laissait prévoir l’ouverture d’esprit d’Anna Maria. Les ouvertures des fenêtres donnaient sur des jardins fleuris par des fleurs de carottes, d’artichauts, de fraises, de cucurbitacées, de pissenlits, de différents légumes primeurs toute l’année. Joindre l’agréable à l’utile était, à mon sens, un bon présage.

- Vous devez être bien dépaysé dans notre beau pays ? Je vous comprends. J’étais dans votre situation il y a plus de trente ans. J’étais alors désintégrée, comme vous et maintenant intégrée. Peut-être que vous voudriez d’abord comprendre notre mode de vie.
- Oui.
- Comment vous appelez-vous ?
- MA.0000.2397.4152. x27. DB
- Non ! Votre nom d’ici.
- ?
- Oui, dans les documents remis à la douane vous devez avoir une identité locale.

Je sortis mes papiers et regardis.
- Je suis don Enrique de Veintisiete
- Bonjour Enrique. Bienvenue dans notre Beau Pays. Je vous parlerai de la suppression de tout ce qui est inutile. Vous le savez, ont été supprimés l’argent, la monnaie, la richesse, les caisses d’Épargne, les trésoreries, les chèques, les banques, les impôts, les percepteurs, les notaires, les clercs de notaires, les huissiers, tous les organismes et leurs employés ayant un rapport avec l’argent.
- Y a-t-il eu une révolution ?
- Non, pas du tout. Ça s’est fait tout seul.
- Comment est-ce possible ?
- On le sait maintenant. Un orage magnétique, issu du soleil, d’une intensité, d’une énergie et d’une violence dépassant toutes les probabilités, a totalement effacé tous les enregistrements magnétiques. Plus de disques durs d’ordinateurs, plus de fichiers ni de programmes. Effacés toutes les copies de sauvegarde, tous les CD, les CDR, les DVD, les bandes magnétiques, les cartes bancaires, les cartes des téléphones portables. Tout, tout !
- Ça a dû être terrible, terrifiant, terrorisant, terrifique ?
- Pas du tout. Il faisait grand soleil. Personne ne s’est aperçu de rien, sur le moment. A l’exception de ceux qui étaient devant leur ordinateur.
- Mais alors je devine les conséquences …
- Plus d’État Civil, plus de listes de contribuables, de clients des banques. Plus aucune possibilité d’acheter ou de vendre. Ce fut un chaos indescriptible dans l’organisation de ce qui n’était pas encore Notre Beau Pays.
- Et alors ?
- Tout ce qui avait été désorganisé se réorganisa autrement. Il fallait bien manger. On donna des vivres, faute de monnaie. Les usines continuèrent à usiner, les transports à transporter, les consommateurs à consommer, les chanteurs à chanter, tout cela sans monnaie. Et ça marchait. Les gens étaient raisonnables et ne prenaient pas plus qu’il leur en fallait pour quelques jours.
- C’est incroyable
- Il y eut des effets secondaires. Une vague de suicides affecta certaines catégories sociales. En premier celle des gros actionnaires de sociétés, qui voyaient avec effroi leur personnel distribuer gratuitement les produits de leurs productions. Puis celles des professions qui faisant circuler l’argent, tels que les organisations de prêts à intérêts, les banques, les perceptions.
- Incroyable ! Finalement, ce pays a eu beaucoup de chance. Est-ce que je pourrais revenir pour d’autres explications ?
- Quand vous voudrez. Au revoir, Enrique.
- Au revoir, hasta luego, Anna Maria et merci beaucoup. Je vous embrasse.

Je me rendais régulièrement au poste que j’avais accepté au Conservatoire de la Nature dont l’objet, vous vous souvenez, est l’étude sur les variations de la rapidité de la poussée des végétaux, en fonction de la musique qui leur était jouée. C’était un lieu agréable. Il y avait plusieurs centaines de petits laboratoires tous phoniquement isolés. Des bacs contenaient des plantes diverses. L’on y diffusait dans chacune d’entre elles une musique différente depuis les chants de voix graves des moines tibétains jusqu’aux stridulences de certaines musiques contemporaines. Mon rôle était simplement de mesurer la croissance en 24 heures des quelques plantes dont j’avais la responsabilité, dans les quelques vingt labos qui m’avaient été affectés.

Un bananier géant me créait des difficultés, car il croissait de plus d’un mètre par jour dans l’ambiance joyeuse de la Marche Turque, enregistrée par Mozart lui-même. Une autre difficulté était la mesure de la croissance d’un bonzaï nain soumis au chant d’un chanteur (forcément) contemporain spécialisé dans le crouning (francisation de ce que dégouline un crooner). Il se ratatinait chaque jour de quelques nanomètres. J’aimais ce travail. Je n’avais pas encore assez d’expérience pour pouvoir vous soumettre quelques conclusions.

Un jour sortant du Conservatoire, j’entendis la sirène. Je m’immobilisai, mains jointes sur la tête, et vis venir voir moi un grand bonhomme, souriant, chaleureux.

Commençant à connaître les usages de ce Beau Pays, je me présentai
- Enrique de Veinteisiete
- Jones, Indiana.

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Où interviennent Indiana Jones et les tigres
La stupéfaction dût se voir sur mon visage (forcément)
_ Oui, je suis bien l’archéologue. Que puis-je faire pour vous être agréable ?
- Que je suis heureux de vous rencontrer ! J’ai suivi toutes vos épreuves et admire la manière dont vous êtes sorti de touts les embûches, pièges, traquenards, machinations, intrigues qui ont émaillé votre carrière. Pourrais-je prendre quelques minutes de votre temps ?
Autant de temps que vous souhaiteriez. Passez moi votre TGPS.
Il inscrivit ses coordonnées, et je me prometit de lui rendre (rendre ?) une visite dès que la politesse me le permettrait.

Pour exécuter ma Mission de rendre la visibilité à l’humanité qui en était privée, se rapprocher d’une frontière serait peut-être une source d’inspiration, ou encore d’informations. J’empruntai donc un véhicule automobile à quatre roues motrices, dont deux à l’avant, le territoire étant réputé difficile, et parfois sans routes, ni chemins, ni pistes, ni allées, ni voies, ni cartes, ni plans détaillés. Et heureux au volant de cette magnifique automobile, je fis route vers le sud sud est. J’y eus des aventures et des péripéties.

On m’avait mis en garde contre la présence les descentagnes, nombreuses dans cette région du pays. Ce sont des montagnes qui descendent au lieu de monter. L’approche se fait en pente douce, descendante. Et progressivement la pente augmente. Des sentiers sentient tout le long de la descente. Puis, brusquement un grand trou.
Des descentionnistes y descendent, encordés. Je n’aimerais pas faire cela, car arrivé à l’anti-sommet, dans le fond, il n’y a place que pour quelques personnes. Et la vue doit y être lugubre ! Un grand trou juste au dessus de la tête.

C’est pourquoi les voitures sont équipées de clinomètres qui trompettent une alarme lorsque la pente dépasse 45 degrés, au cas où un conducteur distrait ne s’en serait pas rendu compte.

Ceci étant, je traversai des villages, comprenant des maisons et des villageois qui habitent dedans (forcément) qui me faisaient des signes amicaux des mains et de la tête. Au fur et à mesure de mon avance, ces villages s’espaçaient. Puis, en fin d’après-midi, j’abordai un désert avec quelques arbres, rabougris comme ils le sont dans les déserts. J’eus envie de m’arrêter pour m’offrir un five o’clock tea, sans thé.

Assis sur un petit rocher, à l’ombre d’un cactus, je dégustais une tranche de banane géante, de trente centimètres de diamètre, enjolivée de rognures de chocolat. Tout à ma dégustation, je sentis un souffle, derrière moi, sur la nuque. Pourtant il n’y avait aucun vent. Les feuilles de cactus, écrasées par la chaleur, en écrasaient. Me rappelant les instructions de mon coach, je ne tournai pas la tête, mais tournai mon regard devant moi, en le levant depuis la banane jusqu’à l’horizon. Trois tigres étaient assis devant moi, et m’observaient. Le plus maigre se pourléchait les babines. Puis, doucement le souffle sur ma nuque vint sur mon oreille gauche, puis sur mon nez. C’était encore un tigre !

Il s’assit aussi, à quelques décimètres de ma personne. Et m’observa, longtemps, longtemps. Soudainement, il se mit sur ses quatre pattes (forcément). Il me sembla qu’il me fit un clin d’œil, comme savent le faire les tigres, voluptueux, complice et ardent de chaleur humaine. Il me lécha la main gauche et j’eus l’impression d’un aimable sourire félin. Était-ce pour savoir si j’étais gastronomique ? Puis il poussa un feulement modulé à l’adresse de ses trois compagnons et ils partirent lentement tous les quatre …

Je bondis vers la voiture et m’y enfermai. Heureux d’être entier, et malheureux à l’idée que ce tigre aurait pu mépriser mon état gustatif. Pourtant, je mangeais bio et ne buvais que de l’eau de source (forcément). Je me consolai en pensant que peut-être il m’aurait pris en affection à cause de mon charme naturel. J’ai oublié de vous dire que ce tigre était une femelle tigre …

Je continuai donc ma route, sans route, après avoir fini de manger ma tranche de banane. Petit à petit, insidieusement, des phénomènes insidieux se manifestirent. La vitesse de la voiture diminuait. Par prudence, au départ, je roulais à 40 kilomètres par heure. Petit à petit, les 40 devinrent 20, puis 10 puis 5. Je compris, grâce à ma préparation mathématique aux courbes asymptotes, que si je continuais dans la direction dans laquelle j’avais choisi de me diriger, je risquais d’arriver à quelques millimètres par heure. Prenez une pomme, coupez la en deux, puis encore, puis encore. Il en restera toujours une moitié à couper. La vitesse de ma voiture, c’était pareil …Néanmoins, en bon journaliste, je décidai de m’enfoncer aussi loin que possible dans cette région frontalière et de m’arrêter lorsque la vitesse du véhicule tomberait à 1,250 kilomètre par heure. Ainsi, en rotant l’automobile de 180 degrés, je pourrais revenir sur les pas des roues de la voiture.

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Dans le no man’s land

Un autre phénomène m’inquiétit beaucoup. La puissance de la radio diminuait aussi et les émissions devenaient presque inaudibles à tel point qu’il était difficile de les entendre. J’en conclusis que bientôt elles ne me parviendraient plus. Et mon TGPS ? Non, il fonctionnait bien ! Néanmoins, j’en conclusis qu’il y avait là une intention de nuire, un chantage pour éviter que l’on ne s’approchât des frontières de ce Beau Pays. Toutefois, je décidai de ne pas succomber au chantage, ni plier, ni faiblir, ni flancher, ni aliéner ma liberté.

Mal m’en prit ! Je pénétrai donc dans ce no man’s land, d’un pied alerte, vigoureux et décidai. Rapidement j’eus des hallucinations. Ma préparation mentale m’avait appris à les ignorer, et je n’en eus cure, au début.

Cela commença par un dinosaure volant transparent, qui voletait avec légèreté à quelques centimètres de mes cheveux. Puis une pieuvre terrestre essaya de m’enserrer dans ses tentacules périphériques longilignes. Vade retro, lui dis-je, gentiment. Elle ne paraissait pas comprendre le latin. Alors j’éjectai une série d’insultes qui auraient du agir sur son comportement, telles que : ver de terre, pomme de terre, terrasse de prison, pistroufaillasse et autres comparaisons insanes pour une (ou un) pieuvre. Étant une hallucination, elle disparut sans crier gare. D’ailleurs, le pouvait-elle ? Mais ce n’était pas fini. Un anaconda géant essaya de m’étouffer en se lovant (de l’anglais : love) autour de moi. Je le laissai faire, sachant bien qu’une hallucination n’est pas autre chose qu’hallucination, et que, finalement ce serpent disparaîtrait aussi. Ce qui advint !

A propos, ces tigres, une hallucination ?

J’allai de l’avant, calme, détendu, rasséréné, confiant, et conscient de l’Oeuvre que j’étais en train d’accomplir. J’aperçus devant moi, une voiture arrêtée. Elle avait nettement dépassé le point de non retour. Ses occupants aussi. Leurs squelettes, assis aux places assises, témoignaient de leur probable décès. Pauvres gens !

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Pauvres gens ! Ils n’ont pas eu cette chance

Je continuai, droit devant, et aussi dans mes bottes. A quelques encablures terrestres, un bâtiment, rond, hérissé de pointes métalliques, semblait monter la garde. Je m’y traînais, car la fatigue commençait à bien me fatiguer. A quelques mètres, j’avisai un genre d’interrupteur à levier, que l’on abaisse pour couper le courant, ou inversement. Un avis en rouge clignotait :

Pour personnes habilitées
ARRET DE SECURITE ET
DESTRUCTION DU SYSTEME
tirer la manette vers le bas.

J’étais donc sur le point de réussir à accomplir ma Mission !

Je tirai donc la manette vers le …
Et n’eus pas le temps de comprendre ce qui m’arrivait. J’avais été DESINTEGRE ! Toutes mes molécules de mon corps, isolées se baladaient dans le cosmos. Seule, ma boîte crânienne, exceptionnellement dure, avait résisté. Ce qui me permet de vous relater la suite.

Je fis un appel cosmostique à Don Pepe, mon coach

- Don Pepe, je suis dans le pétrin.
- Chez quel boulanger ?
- Non, dans un merdier cosmique.
- Qu’as-tu fait pour cela ?
- J’ai juste tiré une petite manette de rien du tout.
- Ouais ? T’es-tu servi de ta tête avant de le faire ?
- Oui, pas bien, vu les résultats
- Ça t’apprendra pour une autre fois.
- Oui, j’ai compris la leçon. Aide-moi à me réintégrer, s’il te plait.
- OK. Ne bouge pas …
-
Quelques secondes après, je me retrouvai devant la manette, comme avant l’incident. Demi-tour vite fait, et retour à la voiture. J’étais provisoirement sauvé, mais riche d’une expérience qui pourrait m’être utile, ultérieurement (forcément).

Don Pepe m’expliqua, beaucoup plus tard, comment il avait fait. C’était tout simple, m’expliqua-t-il. Nul besoin de magie, de sorcellerie, diablerie, incantations, plongée dans le Cosmos, aucun ésotérisme. Un coup de fil à l’un de ses copains, responsable à l’Organisation Mondiale de l’Heure suffit. Il lui avait demandé de faire passer l’heure d’été à l’heure d’hiver pendant quelques instants. Ce qui me permit de me retrouver devant la manette avant l’incident. Quand on a des amis bien placés …

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De la déprime qui s’ensuivit

Je regagnis donc l’automobile, saluai les quatre squelettes en passant et repartis doucement (1,250 kilomètre par heure) jusque vers des lieux plus accueillants. Tout revint lentement aux normes. Le TGPS fonctionnait normalement, ainsi que la radio. Pendant ce retour, j’eus le loisir de penser, réfléchir, cogiter, méditer sur cet échec. Les conclusions n’en furent qu’une : impossible d’effectuer ma Mission au niveau des frontières, parfaitement protégées.

Je sentis une déprime m’envahir, insidieusement, subrepticement, perfidement à la suite de cet échec. La désintégration dans le Cosmos m’avait aussi sonné. Mon moral plongeait vers les abysses insondables du désespoir sans limites. Arrivé au plus profond, là où il était impossible d’aller plus loin, je trébuchis et ma pauvre tête cogna un caillou qui m’attendait depuis des éternités. C’était la fin … La fin de la chute et le début de la remontée. Il me remonta à l’esprit (impossible ailleurs) une sentence de Don Pepe. ‘’ Remercie Dieu, s’il existe, la Nature, le Gouvernement, Moi, ton percepteur, qui tu voudras, pour tes échecs. Tu as la chance inouïe de ne pas avoir à les refaire à moins d’être totalement débile’’

Je sentis alors l’anti déprime m’envahir, insidieusement, subrepticement, perfidement à la suite de ce constat. Mon moral remontait à la surface vers les cieux insondables de l’espoir sans limites. Arrivé au plus haut, là où il était impossible d’aller plus loin, je trébuchis et ma pauvre tête cogna ma voiture qui m’attendait depuis un petit moment. C’était la fin du désespoir.

Je retournai lentement vers la capitale lorsque j’aperçus un attroupement près de la route, en bordure d’un espace bien dégagé. J’arrêtai le véhicule et je m’attroupis avec tous les autres
- Que se passe-t-il ?
- Nous attendons le félicitateur
- Qu’est ce que c’est ?
- Restez un peu avec nous, vous verrez bien
Pendent ce temps d’autres camions vinrent s’attroupir avec ceux qui y étaient déjà, et les chauffeurs, tous apparemment des paysans, rejoignaient les autres. Je n’eus pas longtemps à attendre. Du fond de l’horizon, un petit point vint vers nous. Lorsqu’assez près, je vis une mécanique volatile qui se posa près de nous. Des hommes en sortirent et dressirent une estrade avec des hauts parleurs. Une femme, très belle, prit la parole :
‘’Chers amis de Badajos, je suis venue vous féliciter pour la qualité du magnifique travail que vous avez effectué. Votre blé, d’une qualité suprême, nous a permis de préparer les meilleurs biscuits bio du monde. Nous vous en avons apporté quelques tonnes à vous partager. Pour les accompagner, je vous ai apporté de l’excellent beurre de nos concitoyens éleveurs de vaches, producteurs du meilleur lait bio du monde. Et pour concrétiser la satisfaction de nos concitoyens, voici aussi quelques tonnes de chocolat, le meilleur de notre production. Soyez fiers et heureux. ‘’
Inimaginable ! Inconcevable ! Impensable ! Dans mon pays, les administrateurs venaient nous demander de plus en plus d’argent et des voix pour les prochaines élections Et ici, ils venaient offrir des cadeaux !
Je commençai à apprécier ce pays … Mais c’était quand même lui qui avait imposé l’invisibilité au reste du monde !

Je repris la route et arrivai à mon Hôtel de la Béatitude pour Étrangers et pris un bon repas, non sans avoir prévenu le Conservatoire de la Nature de ma probable absence le lendemain. Cet endroit était sympathique, les hôtesses affables, aimables, gracieuses, toujours souriantes, courtoises et prévoyantes. Un vrai plaisir, après un bon repas, que de s’étendre sur un sofa et de … lire le quotidien du jour, auquel j’avais envoyé quelques articles obligeants pour ce Beau Pays. L’hôtesse qui s’occupait de moi était très belle. Probablement d’origine méditerranéenne, et avec une touche d’indianité, elle avait de magnifiques cheveux noirs, à reflets bleus et des yeux qui vous regardaient avec la lucidité de toutes les civilisations dont elle venait. Elle me fit comprendre (ou l’ai-je cru ?) que je lui étais sympathique.
- Puis-je vous demander votre prénom ?
- Ruth
Les réminiscences réminiscèrent. Les temps bibliques, Ruth, la belle et jeune Moabite, l’étrangère pauvre glanant quelques épis pour survivre, Booz, l’Hébreux, l’Ancien, le Sage, l’Indépendant discrètement laissant traîner quelques grains pour aider Ruth. Leur amour en dépit des conventions, leur petit-fils David qui devint le Grand Roi David, qui construisit un magnifique Temple, détruit par la suite, et fut aimé de Cléopâtre. Victor Hugo, la Légende des Siècles, et MOI. Il était possible que je fusse le descendant en ligne directe de Booz et me voilà face à Ruth, en conversation amicale.

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Ruth et Booz

- Quel beau prénom !
- Tu trouves ? Et toi, ton prénom ?
- Enrique
- Quel beau prénom aussi.
- Tu trouves. Connais-tu l’histoire de Ruth et Booz ?
- Oui ! Une très belle histoire, que j’aurais aimé vivre.
Je m’enhardis
- Ne trouves-tu pas que je ressemble à Booz ?
Elle me regarda longtemps, ses yeux devinrent tendres.
- Oui. C’est vrai. Un peu seulement. Mais tu as quelque chose de son regard, si doux et tellement bienveillant.
- Tu l’as donc connu ?
- Oui. Je ne puis t’en parler maintenant. Plus tard peut-être. Je dois reprendre mon service. A plusse !
-
Don Pepe, AU SECOURS ! Où me suis-je fourré ? Une très jolie personne, prénommée Ruth, qui a connu Booz personnellement et qui discute aimablement avec moi !
Suis-je devenu fou ? Une hallucination ? Qui est-elle ? Une réincarnation ? Un spectre ? Un démon tentateur ?

Je lui racontai mot pour mot mon dialogue avec Ruth
- Que dois-je faire maintenant ?
- Tu as une tête, débrouille toi
Ce que je fis. Je suis journaliste, non ? Je continuerai donc à poursuivre ma relation avec Ruth. Je ne la revis qu’au dîner du soir pendant lequel elle me servit avec grâce et peut-être un peu de tendresse (dans mon idée).

Un peu plus tard, je vous raconterai la curieuse, inattendue et merveilleuse suite.

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Suite de la Mission : Barnabé de Courtebitte

Mais il me fallait accomplir la Mission que je m’étais imposée. Mais comment ? Peut-être Indiana Jones pourrait me donner quelques idées.
Un coup de TGPS et rendez-vous fut pris pour dîner :
- Allo ! Indiana Jones ?
- Lui-même
- Enrique Veintiseis. Je vous avais rencontré, il y a quelques jours.
- Oui, je me rappelle très bien.
- Pourrais-je avoir un entretien avec vous ?
- Avec plaisir. Je suis occupé pendant la journée par mes investigations. Voulez-vous venir dîner ? Il y aura des légumes bio cuits à la vapeur, des fruits, également bio. Je dois suivre un régime pour conserver ma forme. Et une bonne bouteille de Bourgogne. Cela vous convient-il ?
- Parfaitement. Ce soir ?
- Oui. A tout à l’heure.

Ce fut le plus bizarre, étrange, extraordinaire entretien de toute ma vie passée :
- Bonsoir Indiana !
- Bienvenue chez moi. Allons prendre un petit apéritif. Que faites-vous dans ce pays ?
- Je suis journaliste et j’enquête sur le mode de vie de ses citoyens.
- Et qu’est-ce que vous êtes aller faire du côté de la frontière du SSE ?
La question était brutale. Avais-je affaire à un ami ou à un espion ? Don Pepe m’avait appris à ne pas paraître décontenancé :
- Comment savez-vous ?
- Mon pauvre ami ! Vous êtes encore naïf. Un vrai professionnel laisse son TGPS chez lui. Je vous ai suivi tout le long de votre déplacement sur le mien, dont j’avais débranché la sonnerie d’appel
- Pourquoi m’avez-vous espionné ainsi ?
- Pas vous espionner mais conforter mes observations sur vous. J’avais remarqué que vous n’étiez pas d’ici, vos chaussures n’étant pas fabriquées dans ce pays. Par ailleurs, votre démarche harassée de quelqu’un stressé en permanence était très différente de celle des gens d’ici.
- Et alors ?
- Je vous ai menti. JE NE SUIS PAS INDIANA JONES.
Stupéfactionné, interloqué, abasourdi, déconcerté, je ne réagis pas, comme mon coach me l’avait recommandé en cas de stupéfaction, interloquation, abassourdissement, déconcertation. Il me regardait, attendant ma réaction. Je mentis comme quelqu’un coaché pour bien mentir, tel un vendeur, un représentant de commerce, quelques députés et les médecins devant un malade très, très mal en point. Je le regardai droit dans les deux yeux, mon œil droit regardant son oeil gauche, et inversement.
- Je le savais bien ! Indiana Jones est actuellement en train de tourner, chez moi, dans mon pays, le film ‘’Les quatre invisibles filles de l’invisible docteur March’’, un remake adapté aux nouvelles circonstances.
Il me sourit
- Et qui serais-je ?
- Je vous laisse le soin de me mentir à nouveau, si vous le souhaitez, ou de me dire la vérité.
- Allons dîner ! Vous comprendrez alors …
Nous passâmes à la salle à manger. Une table splendide avait été dressée, éclairée aux bougies, décorée de quelques fleurs rares. Une femme était déjà assise. C’était une très belle femme blonde, avec des cheveux blonds à reflets platinés, dorés, argentés, cuivrés et parfois bismuthés. Ses belles boucles tombaient sur son long cou emmanché d’un long bec. Excusez moi, je réminisce trop actuellement. Je reprends donc. Ses belles boucles tombaient en volutes sur son long cou, gracile, gracieux, élégant, élancé, ravissant, distingué.
- Vera, présente-toi à notre ami Enrique.
- Je suis Vera Pétrovskaïa, et je suis l’amie de Barnabé. Il m’a demandé de vous préparer un repas russe. Nous commencerons donc par du caviar et des blinis, puis du nijni rôti et des novgorods farcis. Pour dessert, des tartapoutines glacées.
- Vera, tu t’es dépassée. Merci.
A table, nous devisâmes de choses, et aussi d’autres. En bons amis ! Après le dessert, dont j’appréciai la finesses des trois tartapoutines que je m’enpiffrai, il me demanda de passer au salon, pour les liqueurs. Je remerciai Vera citée au début du repas pour ses novgorods, délicieux.
- Passons aux affaires sérieuses. Je me présente. Je suis chargé par les Nations Unies de collecter tous les renseignements pouvant aider à ramener la visibilité à la part de l’humanité qui en est privée. D’après mes renseignements, c’est ce que vous faites, en solitaire.
- Comment pouvez-vous me faire confiance en me dévoilant vos projets ? Comment savez-vous que je n’irai pas vous dénoncer ?
- Je me suis fait envoyer votre dossier aux services secrets. Il y est dit que
- Vous êtes bien né le jour de votre naissance.
- Agé de six mois, vous aimiez les framboises.
- Votre école maternelle était à Bacon les Truyères.
- Votre adolescence fut difficile.
- Vous vous mariâtes à 18 ans à votre épouse.
- Votre premier enfant naquit 14 ans après.
- Vous prîtes un coach, Don Pepe.
- Votre Ego est hors normes, démesuré.
- Tout ceci me paraît être exact. Et cela vous suffit pour me faire confiance ?
- Non, mais j’apprécie votre naïveté, votre force de caractère et votre aptitude à accepter vos échecs, puis à les surmonter. Et pour vous prouver ma confiance, voici l’identité que j’ai choisie pour passer inaperçu : Barnabé de Courtebitte.
- D’accord, mon cher Courtebitte. Je marche avec vous.
Nous primes un rendez-vous de travail dans un endroit discret situé dans la rue des Haricots Nains et je rentrai à l'hôtel.

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La Mission prend forme …

Je me couchai sans tarder, mais ne pouvais m'endormir. Où m'étais-je fourré ? M'avait-on pris pour un imbécile avec ces plats russes ? Je connais, de nom, Nijni Novgorod, en Russie. Et la blonde Vera a voulu me faire croire que le nijni était une viande et les novgorod des légumes. Et que les tartapoutines ne contenaient aucune allusion à aucune personne connue.
Et ce nom, Barnabé de Courtebitte, un nom à se faire remarquer partout. Et Vera, était-elle Madame Vera de Courtebitte ? Ridicule !
Ce qui me tracassait était le dossier secret qui me concernait. Qui l'avait établi ? Pourquoi ? Je décidai de ne pas me tracasser, et m'endormis du sommeil du juste, avec une tendre pensée pour Ruth
Je me réveillai peu après en hurlant, le palpitant à 480, et moi, tremblant encore de peur, et heureux de m'être sorti de ce cauchemar d'épouvante.
Une fois endormi, (forcément), il me semble que je voguais sur un petit nuage rose, qui me déposa, comme dans un rêve, devant la Rôtisserie du Jugement Dernier, affiché sur le fronton. Deux hommes me conduisirent de force dans une grande salle. Il y avait deux bureaux faisant face à la chaise sur laquelle j'avais été assis de force, menotté. Les deux sbires étaient toujours à mes côtés. Me regardant depuis leurs bureaux respectifs, deux autres hommes habillés comme des magistrats me regardaient en silence. Ce silence d'outre tombe me parût durer toute une éternité, ou plusieurs, puisqu'ils étaient deux. J'avais froid. Il y avait pourtant une grande rôtissoire le long du mur à ma droite, où ronflait un grand feu d'enfer. Le tournebroche, comme son nom l'indique, tournait, en attente … Un fumet de rôti appétissant enflammait mes narines
Soudain ma chaise se mit à vibrer et s'éleva doucement au dessus du sol (forcément), comme dans un rêve, silencieusement. Mes gardiens, silencieux aussi, ne firent aucun effort pour la retenir. D'abord verticale, la trajectoire s'incurva vers la droite. Pris de frayeur, et d'un sombre pressentiment, je m'agitai me débattis de plus en plus et, à proximité du feu, je ruai tellement fort que je tombis de la chaise tellement j'étais affolé, paniqué, terrorisé. Ma tête, avant de se cogner sur le sol, eut le temps d'émettre un hurlement, un cri désespéré, mais avec une tonalité joyeuse heureuse d'avoir évité les flammes. Ce qui me réveilla et me ramena à mes terrestres soucis.
Donc, je me rendis au lieu de rencontre proposé par Barnabé de C.
Il entra d'emblée dans le vif du sujet.
- je vous remercie d'avoir fait semblant de croire à tout ce que Vera et moi-même vous avons raconté... Le repas n'était pas russe, les noms des plats n'existaient pas, Vera n'est pas blonde et mon nom d'emprunt n'est pas Barnabé de Courtechose. Votre comportement, digne et sage devant ces invraisemblances, nous a confirmé dans les projets que nous avons pour vous.
- Ah ?
- Mon vrai nom est Atahualpa Quezatcoal et mes ancêtres, tous indiens. Le nom de Vera est Iztaccihuatl Yupanqui, une très ancienne famille indienne. Ses cheveux blonds, que vous avez tellement admirés sont d'une belle perruque. Je suis l'un des Administrateurs de ce pays et, tous ensemble, nous avons décidé de rendre la visibilité aux peuples qui en sont privés, mais non sans obtenir en échange quelques améliorations à leurs propres conditions de vie. Et aussi l'arrêt de leurs tentatives d'infiltration. Nous avons besoin d'un négociateur et vous avons choisi pour nous représenter dans les discussions à venir. En effet, avec votre air d'idiot, vous saurez mener des négociations très serrées. On croira vous avoir convaincu, et il n'en sera rien. Vous serez bien préparé à cette mission et deviendrez ensuite notre Ambassadeur Plénipotentiaire auprès des pays invisibilisés. Acceptez-vous ?
Là, je ne pouvais plus parler de surprise, ni de stupéfaction, ni de vertige, ni encore d'hallucination. C'était plus que tout cela réuni. Je réfléchis un peu :
- Le dossier secret fourni par les services secrets ?
- Vous l'avez vous-même constitué lors de votre demande de visa.
- Les tigres dans le désert ?
- Vrais. Cette région est très dangereuse. Vous avez eu de la chance, ou n'étiez pas comestible.
- Les squelettes dans la voiture ?
- En plastique.
- Mais pourquoi m'avoir choisi, MOI ? J'étais bien tranquille avec mon petit "moi" et maintenant vous me demandez d'être un médiateur entre deux parties de la planète ?
- Vous avez été choisi parce que vous êtes le meilleur. Alors ? Votre décision ?
- Pourquoi ne pas avoir choisi mon copain d'enfance, Gram, négociateur international ?
- Parce que vous êtes tellement naïf, avec l'air ahuri, que vous ferez mieux que tous pour obtenir nos résultats communs...
- Bien ! Laissez-moi réfléchir ?
- Tant que vous voudrez. Pour me joindre voici mes coordonnées. Merci d'être venu. A bientôt Enrique !
- Au revoir, Atahualpa.

Je rentrai donc à l'hôtel. Ruth m'attendait, l'air inquiet, presque effrayée.

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Où intervient le Méchant …
- Bonsoir Ruth. Qu'y a-t-il ?
- Oh, Enrique, j'ai peur.
- Pourquoi ?
- Tu as reçu un appel téléphonique d'un certain Ramon Espejo qui t'enjoignait de passer chez lui, de toute urgence.
- Qui m'enjoignait ? Mais qu'est-ce qui te fait peur ?
- Son nom, Espejo. (miroir dans notre langue)
- Et alors ?
- Il y a une légende dans notre pays. Espejo fumante est l'ennemi mortel de Quetzatcoal, un nos anciens Dieux, le Serpent à Plumes. On dit que son nom est Tezcatlipoca. C'est un Dieu sanguinaire. Bien sûr, ce ne sont que de vieilles légendes, mais j'ai très peur pour toi. N'y vas pas. Je t'en supplie. Je t'aime, Enrique.

Pour un merdier, c'était un beau merdier. Où suis-je allé me fourrer. J'étais bien tranquille chez moi. Être invisible est dérangeant, mais je n'étais pas le seul. Maintenant, je suis coincé entre les Administrateurs du Condineros austral et le reste du monde. Le nom de famille d'Atahualpa qui surgit. Espejo était celui que j'avais rencontré lors de ma première salutation avec les mains jointes sur la tête. Coïncidence ? Et voilà que des noms de dieux cherchent aussi à me coincer, à me désarçonner, à me faire peur, à m'éloigner, à me neutraliser. Ruth voudrait-elle aussi me coincer ? Non ! Je ne crois pas.
J'ai besoin de repos. Je vais aller me coucher. Ruth m'accompagna dans ma chambre, m'embrassa et … s'en allit, avec son beau sourire.

J'appréhendais cette nuit. Le cauchemar de la veille m'avait beaucoup perturbé. Était-il prémonitoire, était-ce une tentative d'intimidation ?
Une fois endormi, (forcément), il me semble que je voguais sur un petit nuage rose, qui me déposa, comme dans un rêve, devant le Réceptacle du Bonheur Ineffable. Deux charmantes personnes m'attendaient et me conduisirent vers une porte fermée qu'elles ouvrirent. Une chaise longue m'attendait aussi. Je m'y allongeai avec volupté. Devant moi, sur la mer calmée-éee-eu, bleue, des vaguelettes clapotaient en devisant joyeusement. Des palmiers ajoutaient au charme du lieu. Ils se balançaient d'un pied sur l'autre en soufflant une brise bleutée. Un autre fauteuil, comme dans un rêve, était apparu, avec une forte belle dame qui me tendit un dossier dont le titre promettait beaucoup "Bons pour cadeaux gratuits, offerts par la Direction" (Forcément). Je me reposis un peu en me délectant par avance de ce que pourraient m'offrir ces bons. Puis j'ouvris :
• Bon pour un séjour éternel ici
• Bon pour un écran d'ordinateur 19 pouces, pliant, invisible
• Bon pour la fourniture à durée illimitée de chocolat noir à 104,5% de cacao
• Bon pour un éliminateur de soucis, bilingue
• Bon pour un téléviseur HD (haute définition), système Trinitron, sans écran
• Bon pour la fourniture aléatoire de fromages polyglottes, polysentants
• Bon pour éliminateur de dettes, valable cinq fois
• Bon pour sourires féminins, livrables à la demande, d'après catalogue
• Bon pour cure de désintoxication de conversations futiles
• Bon pour fourniture des nouveaux ordinateurs, dès leur mise sur le marché
• Bon pour jardin bio, livrable en pièces détachées, à monter soi-même.
• Bon pour un âne de compagnie, bipède, auto nourrissant, insonorisé
• Bon pour générateur de compliments ou d'injures, en cinq langues
• Bon pour détecteur d'Omega3, polyinsaturés ou non
• B o n p o u rrrrrrrr …. …. .. ..
Une brume, transparente et fragrant bon l'ail de chez nous s'était glissée entre les bons et moi. Je ne pouvais plus lire. Puis je me réveillis avec un grand sourire à la pensée de toutes ces offres, qui m'avaient été offertes, gratuitement, gracieusement, généreusement et sans frais, ni TVA, franco de port et d'emballage. Peut-être une autre fois saurais-je me décider rapidement, au lieu de rêvasser. Ce qui est fait est fait. Je ne regrette rien.

J'étais en bonnes dispositions pour régler son compte à cet impertinent Ramon Espejo. M'enjoindre, me donner des ordres, à MOI, futur Plénipotentiaire. Il allait voir de quel bois je me chauffe et quelle glace je mets dans mon eau tiède pour la rafraîchir.
Passant outre les objurgations de Ruth, je sonnai à la porte de ce Ramon, qui s'ouvrit (la porte) sans bruit, silencieusement, comme mue par un moteur silencieux. J'entrai donc et la porte se referma, silencieusement, comme mue par un moteur silencieux. Le pêne de la serrure se mouvit, silencieusement, comme mu par un moteur silencieux et bloqua la porte à double tour. La chambre était peinte en rouge, sang, forcément, comme dans les films d'horreur. Du plafond, pendaient des crânes multicolores que s'entrechoquaient en tintinnabulant avec des sonorités cristallines, silencieusement, comme mus par des moteurs silencieux. J'avais remarqué qu'ils étaient en plastique, car ils avaient tous le même rictus ricanant, silencieux et lubrique. Pas de quoi m'affoler. Parfois un hululement de chouet amoureux et nostalgique semblait sourdre d'un de ses crânes. Le chouet est le mâle de la chouette, ignominieusement ignoré. La parité lui rendra bientôt tous ses droits. J'attendis, patiemment. Il n'y avait aucun siège, pour s'asseoir.

CRISE et SYSTEMIQUE - écrit en 1988

Publié le 21/04/2009 à 12:00 par hrc89520
Questions économiques

vues d’un point de vue systémique



Historiquement, l’économie présente plusieurs phases successives.

Le troc a probablement été le premier moyen d’échanges entre biens et services. Celui-ci se faisait de personne à personne, instantanément ou en différé, selon les conditions et la confiance existant entre partenaires, ceci sans monnaie.

Puis, pour faciliter des échanges différés dans le temps ou les lieux, la monnaie est née. Pour que les échanges puissent avoir lieu, il fallait qu’elle puisse être digne de confiance. Les premières monnaies étaient elles-mêmes porteuses de cette confiance, par l’or, l’argent ou métaux précieux quelles contenaient.

Puis, les volumes d’échanges augmentant, cette monnaie a été remplacée par une autre, frappée par les états, gagée sur un or existant matériellement (étalon-or). Cette monnaie a pu devenir papier, chèques ou autres formes de moyens de règlements.

Enfin, dans la période actuelle, la référence à l’or a été supprimée (accords de Bretton Woods) de telle sorte que les monnaies gagées par les Etats pouvaient se développer sans augmentation proportionnelle de la contre-partie en or, stockée dans des places fortes.

Ces transitions sont probablement dues à l’augmentation progressive du volume des biens ou services à échanger.



Une économie n’est jamais définitivement régie par les mêmes lois. Elles évoluent au cours de temps.

Il semble que nous allions probablement vers de nouvelles modalités.



Une analyse systémique des circuits de circulation de la monnaie semble concentrer celle ci entre deux systèmes :

Le cycle production

Le personnel des entreprises est rémunéré par le versement de salaire en monnaie qui constitue le support du pouvoir d’achat. Les sommes versées sont toujours inférieures à la valeur des biens ou services produits. Il ne peut en être autrement, car dans ce cas, l’entreprise ne pourrait survivre. C’est à dire que le pouvoir d’achat global créé par l’ensemble des entreprises est toujours inférieur aux sommes nécessaires pour consommer leur production.

En globalisant l’ensemble mondial des entreprises, le pouvoir d’achat globalisé ne peut absorber la production globale.

Une production devient richesse, donc monnaie, seulement si elle est consommée. Elle ne peut l’être que si un pouvoir d’achat existe.

La consommation retourne de la monnaie à la production, laquelle sert à acheter les matières premières et rétribuer les services. Elle constitue également le bénéfice, qui est aussi création de pouvoir d’achat.

Ce cycle ne peut perdurer dans une entreprise que si la monnaie retournée est suffisante à assurer ses besoins pour la production et son bénéfice.

Une entreprise bénéficiaire est donc celle qui phagocyte une part de la monnaie globale disponible au détriment d’autres entreprises. Cela ne change rien dans la globalité. Cela signifie que toutes les entreprises ne peuvent être bénéficiaires à la fois.



Malgré l’écart entre le pouvoir d’achat créé par les salaires, et les besoins de monnaie pour consommer la production, le système économique poursuit sa survivance, sinon son développement.

Il ne peut y avoir qu’une raison, à savoir qu’il existe une monnaie différente de celle créée par la participation à une production de biens ou de services.

D’où provient-elle ? Principalement de l’emprunt, et de l’actionnariat, autrement dit : du crédit.


Le cycle crédit.

Le prêt est une mise à disposition de pouvoir d’achat par la création factice de monnaie, dite scripturale, dont le remboursement est différé.

Il se crée ainsi un nouveau secteur de services : le prêt d’argent.

Les intérêts des emprunts constituent sa rémunération. Ce marché, en ce début du XXIème siècle est largement ouvert et de plus en plus sollicité.

La somme des intérêts collectés constitue un trésor entre les mains d’offices internationaux, publics ou privés. Le Fond Monétaire international, la Banque pour le commerce international, entre autres, détiennent des sommes considérables. Une partie de ces fonds existe, l’autre, virtuelle, dépend de la solvabilité des remboursements. Les intérêts récupérés sont recyclés en prêts, produisant de nouveaux intérêts. C’est une spirale qui va en se développant, sans limitation possible. Aucune réglementation ne peut l’empêcher de croître de par sa nature même.

Ne s’agit-il pas là d’un « feedback positif » dont on sait qu’il mène inéluctablement à une explosion, suivie de déstructuration (krach) ?



Le crédit, par sa nature même, prélève du pouvoir d’achat sur les marchés mondiaux. Non seulement il en stérilise une partie, mais encore crée les conditions d’une augmentation de ces prélèvements.

On observe que l’endettement total des nations est en croissance régulière, accélérée depuis 1980, tendant à devenir exponentielle. C’est à dire que les sommes produites par les emprunts le sont également.

Encore une fois, le système économique, quel qu’il soit, poursuit sa survivance, sinon son développement. Comment ?

Les sommes collectées par les nations (contributions directes, indirectes, TVA) permettent une redistribution de monnaie par la création d’activités réputées nécessaires, non tenues à bénéfices et fonctionnant par subventions. L’armée, la marine, la police, les services secrets, l’administration de l’état, l’éducation, la santé, le service des retraites servies aux personnes âgées, parfois la culture, sont quelques-unes unes de ces activités.



D’où viennent les fonds.

- Une partie est prélevée sur les citoyens, diminuant leur pouvoir d’achat immédiat.

- Une autre partie provient de l’endettement des nations, auprès d’organismes inter-gouvernementaux ou privés (banques, sociétés financières de crédit).

- Une autre source est l’actionnariat qui est la mise à disposition des entreprises des sommes d’argent, dont on pense retrouver ultérieurement les montants augmentés d’une quote-part des bénéfices escomptés.

L’émission d’actions est une forme d’emprunt déguisé, dans lequel il n’y a pas de date de remboursement, ni garantie de remboursement, ni de taux d’intérêt. Ce prêt peut, à tout moment, être récupéré, minoré ou majoré selon le cours de l’action, lequel ne dépend pas seulement des performances de l’entreprise, mais des spéculations sur ses possibilités, de même que d’aléas imprévisibles..

La certitude que les prêts seront remboursés dans l’avenir « justifie » l’utilisation de telles techniques monétaires dans l’esprit du système économique actuel, dans sa phase présente.


Interconnexion des deux systèmes

Ces deux systèmes interconnectés régissent la dynamique de l’économie.



Le premier crée une monnaie-travail, due à la participation à une production, biens ou services. Cette monnaie semble insuffisante..

Le second crée une monnaie issue du crédit et de la création d’actions. Cette monnaie se développe considérablement. Elle permet de proposer du pouvoir d’achat.



Cette observation des deux systèmes interconnectés montre que le premier cycle ne peut tourner seul. Il ne peut y avoir consommation des biens produits sans la monnaie produite par les seules rotations de ce cycle.

D’autre part la création exponentielle de monnaie virtuelle crée le risque d’un accident monétaire majeur par le volume qu’elle constitue qui augmente, jour après jour, au détriment de la consommation

C’est par le passage de cette monnaie du second vers le premier système que celui-ci peut perdurer. Le transit se fait par le prêt.

C’est à dire que l’essentiel de la monnaie en circulation est une monnaie factice, virtuelle, créée par le crédit et l’actionnariat, fondée sur la confiance en ce qui concerne la validité des remboursements et les performances des entreprises.

Or l’emprunt n’est pas accessible à tous. Une grande partie de l’humanité en est exclue. Parmi ceux qui pourraient y prétendre, il faut des garanties.

Pour un particulier, c’est généralement l’existence d’un salaire suffisant ou la possibilité d’une prise de garantie (hypothèque). Dans la plupart des cas, il faut pouvoir se prévaloir d’un emploi. Or ceux-ci tendraient à diminuer.

Pour les Etats, il faut une adéquation entre leur économie interne et les règlements édictés par le fond monétaire international.

De toute manière, il s’agit d’une passerelle extrêmement limitée entre les deux cycles, totalement inappropriée aux besoins.
Le fonctionnement de ces deux systèmes n’est pas indéfiniment fiable. La désagrégation d’un des systèmes, prévisible à long terme, risque d’induire la désagrégation de l’autre





Conclusions

Le système économique mondial est actuellement dans une situation de risque grave.

Il arrive un moment, comme pour les individus, où une société dépasse le seuil à partir duquel elle peut rembourser ses dettes. Il lui faut alors emprunter pour rembourser, accroissant ainsi sa dette, par l’augmentation des intérêts dus. Si elle n’arrive pas à augmenter sa production de monnaie par le travail des entreprises, le système complet risque de s’effondrer.

Il semble nécessaire d’injecter dans cette économie mondiale une monnaie qui profite à la consommation et qui ne dépende pas de prêts avec intérêts.



A la lumière de cette analyse, il semblerait logique :

- de diminuer les taux d’intérêts (efficacité faible sur le long terme)

- de supprimer les intérêts lors d’un emprunt (stabilisant la masse globale dans le cycle du crédit et préservant l’avenir)

- de rembourser partiellement ou globalement les intérêts dus par des Etats en voie de développement ou en crise (réduisant la masse globale).

Toute réduction du volume des intérêts se traduit par une augmentation du pouvoir d’achat. Lorsque le cycle des intérêts diminue, celui de la consommation augmente.

Tout ceci semble possible dans le cadre de nos économies ; seule la volonté politique paraît faire défaut. Toutefois, il semble probable que la nécessité l’y contraindra.



Il existe peut-être d’autres possibilités, dont l’application demanderait une modification profonde de nos concepts selon lesquels une monnaie vienne toujours de quelque part.

Ne pourraient-elles venir d’une écriture comptable créant une monnaie virtuelle, comparable à celle qui circule avec la monnaie scripturale ou simplement à celle de nos cartes bancaires ? Cette monnaie ne serait débitée sur aucun compte, mais autorisée et contrôlée par une autorité monétaire. Distribuée de manière sélective, selon les conditions économiques globales et locales, elle pourrait créer du pouvoir d’achat, sans augmenter le volume des intérêts prélevés, et sans augmenter la Dette globale. Sa validité limitée dans le temps éviterait le risque de thésaurisation. Et son emploi strictement limité à la consommation et aux services ferait tourner le système production/consommation qui est le fondement de notre économie dite capitaliste

Ces suggestions demanderaient une mutation importante dans nos modes de pensée dans lesquelles tout est basé sur l’échange, et non sur le don, fut-il virtuel …






MES ACTIVITES professionnelles

Publié le 22/04/2009 à 12:00 par hrc89520
Métiers
Activités professionnelles de l’auteur du blog

Né en 1919

PARIS
Réceptionniste dans un studio de doublage à Paris
Répétiteur avec les comédiens avant enregistrement.
Monteur négatif son de doublage

LE CAIRE
Monteur négatif image, mission en Egypte

MARSEILLE
Employé dans une entreprise commerciale à Marseille

ISERE
Moniteur dans un préventorium en Isère
- Secrétaire médical
- Aide apiculteur
- Terrassier
- Débardeur de bois
- Gardien de troupeau de vaches

PARIS
Moniteur dans une maison d’accueil pour enfants de déportés
Photographe de la piscine Deligny à Paris
Création d’une entreprise de flashs magnésium et électroniques
Photographe pigiste à la revue « Sciences et Avenir »
Illustrateur pigiste aux Editions Gallimard
" Collection Idées", "Cantatrice Chauve " (Ionesco_Massin)
Photographe
- Publicitaire, industriel, reportages
- Collaboration photographique pour plusieurs ouvrages

YONNE
Photographe
Photographie industrielle, mariages, identités
Imprimeur, maquettiste
Affiches pour artistes, journaux locaux.

1983 Fin des activités professionnelles


DELIRES et INCOHERENCES - troisiéme partie

Publié le 24/04/2009 à 12:00 par hrc89520
DEPART et ARRIVEE

Elle démarra le … Je ne me rappelle plus la date, mais au moins une dizaine d’années après l’Événement. Je préparai ma valise, vide puisque je trouverai tout sur place, pris mon billet d’avion, embarquai dans l’aéronef qui décolla (forcément, puisque c’était un avion. Mais où était la colle ?)

Le passage au-dessus de la frontière fut grandiose. A la verticale de celle-ci, tous les passagers redevinrent visibles. L’hôtesse nous avait mis en garde, pour nous éviter des émotions trop fortes.

Cela fut grandiose, extraordinaire, étonnant, émulsifiant, surprenant, ahurissant, émouvant, bluffant, féerique, prodigieux, fabuleux, irréel, fantastique. En une fraction de seconde, tous ces vêtements vides posés sur les fauteuils se remplissèrent de personnes humaines, hommes, femmes et autres. Des petits gros, de grandes perches, des tristes, des rubiconds, des bruns/brunes, des blonds/blondes, des chauves/chauvesses, des autres/autres.

Ne pas avoir vu un visage humain depuis plus de dix ans et en voir une sélection (celle qui était dans l’avion) d’un seul coup est une émotion ineffable, rare, indicible, magique, saisissante, fantastique. Je crus défaillir …

Mon coach m’ayant appris à maîtriser mes émotions, je me ressaisis et observis tous ces visages. Je crus reconnaître l’un d’eux. Après l’atterrissage, je tenterai, subrepticement, de lui tirer les vers du nez. Je ne savais pas s’il en avait (des vers), le nez, lui, existait, étant maintenant visible.

Après le passage en douane et l’examen de mes papiers, je m’approchai de lui, car c’était visiblement un homme, barbu et souriant.

- Excusez moi, Monsieur, ne vous ai-je point déjà rencontré avant l’Évènement ?

Il me devisagea C’était maintenant possible. Il m’observa longtemps, longtemps.

- En maternelle, à l’école maternelle (forcément), je jouais avec un garçon qui aurait pu vous ressembler. Quelle école fréquentiez-vous ?
- Celle de Bacon les Truyères
- Moi aussi. C’est ça. Vous ne seriez pas celui que l’on appelait Jojo, l’Affreux ?
- Oui. Alors tu serais Gramophone, qui n’arrêtait pas de parler, crier, marmonner, bredouiller, hurler, brailler, gueuler, geindre, glapir, rouspéter, injurier, pester, apostropher, pleurer, sangloter et murmurer des mots incompréhensibles ?
- Oui, c’est moi. Mais j’ai changé depuis. Allons prendre un pot !

Nous fûmes heureux de nous retrouver, bien que les liens d’amitié à l’époque ne fussent que coups de poing, batailles, et injures. Gramophone était devenu juriste expert international, spécialisé dans le décryptage des réglementations interactives internationales et de leur application dans le cadre des légalités internationales bi et trinationales, encore rudimentaires. Gram pourrait peut-être m’aider, à l’insu de lui-même, pour accomplir ma Mission.

Les services de Police m’avaient donné l’adresse de l’hôtel qui m’hébergerait : Hôtel de la Béatitude pour Étrangers situé au 1 de l’Avenue de la Patience Récompensée. J’appris que, chez les Condineros, les rues ne portaient pas de noms de personnes, mais des noms de qualités humaines. Rue du Sourire Ineffable, de la Jolie Demoiselle, de l’Infirmière Efficace, du Vieux Sage, du Travailleur Heureux, de la Belle Dame Rousse, du Colibacille Éliminé, parmi des milliers d’autres.

Gram, en sa qualité d’expert international avait droit à un traitement de faveur. Il logeait à l’hôtel de la Connaissance Approfondie, boulevard de l’Honnêteté Scrupuleuse.

Nous promîmes de nous revoir et échangimes nos adresses.

************ 18

La première opération de ma mission (nom de code secret : mamissionderendrevisibilitéaumonde) serait donc d’y vivre comme un poisson dans l’eau, de devenir tel un autochtone natif (forcément) pour pouvoir me rapprocher de ma cible, à petits pas, sans être remarqué, ni perçu comme un étranger étrange.

Je recevis un courrier des douanes pour m’affecter à un poste de travail volontaire et obligatoire. Elles (les douanes) me proposait un choix :
• bibliothèque (ordonnancement du rangement des périodiques étrangers selon le ratio voyelles/consonnes)
• conservatoire de la Nature (participer à une étude sur les variations de la rapidité de la poussée des végétaux, en fonction de la musique qui leur était jouée)
• site pour l’étude de la perception de l’invisibilité chez les non-voyants de naissance
• Centre d’études pour l’amélioration de l’invisibilisation exogène
• Centre d’études de la corrélation entre couleurs et parfums naturels
• Et beaucoup d’autres

• Il y en avait un qui me tentait pour accomplir ma mission : le Centre d’études pour l’amélioration de l’invisibilisation exogène.
-
J’ai failli y répondre, mais une observation de Don Pepe me revint à l’esprit : « avant d’avancer, toujours prends du recul » Je me levai de ma chaise pour reculer et glissai et tombis. Dans une demi inconscience, ou plus, je vis mon coach qui m’apostrophait : « Eh ! Imbécile stupide crétin dégénéré ! T’as pas compris que cette proposition avait pour objet de déceler les gens trop curieux » Il avait peut-être raison, ou pas. Par sécurité, cette idée fut rejetée, repoussée, éjectée, éructée de mon cerveau si lent. Mais je n’aimais pas être insulté et invectivé de cette sorte ou de toute autre

« Merci Don Pepe ! » néanmoins fut le message que je lui envoyai cosmiquement. Pour éviter les écoutes indiscrètes …
Mon choix se porta donc sur le conservatoire de la Nature ou j’appris beaucoup. Je vous en parlerai plus tard…

Je commençai donc à essayer de connaître la ville et m’y faire quelques relations, de préférence utiles à ma Mission. Quel plaisir que celui de déambuler, flâner, vadrouiller dans ces rues aux noms si enchanteurs tels que Rue de la Santé Permanente, Boulevard du Respect aux Anciens, Ruelle de la Modestie ou encore Chemin du Joyeux Électricien. Au Boulevard des Achats abolis se trouvait l’ensemble des magasins offrant leurs produits. Une épicerie-salon de coiffure m’intrigua. Sur les rayons beaucoup de produits inconnus : bananes à la moutarde, haricots bleus, figues de l’Antarctique, pommettes de poires, sel de rosée. Et des produits dont j’ignorais le nom, l’origine tels que les blavettes bleues, les orthogones circulaires, les clavardes d’Europe, les échignoles confites, les tarapruques turques, les cervelles de dabiles, les pieds panés de serpentorgues, les parabiles distillés, les catafrutes rondoutées et surtout les joyeusetés du montagnard de haute mer. Que de nouvelles expériences à prévoir…

Dans le Salon de Coiffure, au fond du magasin, une charmante hôtesse m’accueillit :

« Bonjour ! Que désirez-vous coiffer, décoiffer, peigner, dépeigner, brosser, friser ? »
« Avez-vous des moustaches détachables (pour me cacher derrière, éventuellement) »
« Oui. Une couleur préférée ? Assortie à vos yeux bleus ? »
« Peut-être un assortiment ! »
« Veuillez vous asseoir quelques instants, je vais vous les fabriquer »

Je me suis donc assoiré. Elle se dirigea vers une espèce de gros meuble avec beaucoup de boutons et un écran. Cela ressemblait à un ordinateur. Appuis successifs sur de nombreux boutons. Il en sortit (de la machine) une douzaine de moustaches, de toutes teintes
Une était bicolore, une autre arc-en-ciel.

« Voici, Monsieur. Cela vous convient-il ? »
« Oui, C’est très bien, parfait. Combien vous dois-je ? »
« Vous êtes visiblement un étranger, mon pauvre Monsieur, et avez gardé vos mauvaises habitudes. Ici, on ne paye pas. On dit « merci »
Lorsqu’on est très content on dit « merci beaucoup » Et si l’on est très, très content, il est permis d’embrasser le donneur. Ailleurs qu’ici, on dit vendeur, n’est-ce pas ? »

« Puis-je donc vous embrasser ? »
« C’est de votre droit ici. Nous sommes formées à satisfaire toutes les demandes de nos visiteurs, jusqu’à un certain point, toutefois. Et dont le dépassement est facultatif, ad libitum »

Quel beau pays ! Je l’embrassai donc.


Délires et Incoherence - Quatrième partie

Publié le 01/05/2009 à 12:00 par hrc89520




Une idée me vint. D’où, je ne sais pas. Il doit y avoir un grand réservoir quelque part d’où sortent les idées lorsque l’on est en manque.

« Vous aviez remarqué que j’étais étranger dans votre beau pays. C’est le première fois que j’y viens, je ne connais pas les us et costumes (erreur de frappe : coutumes) de votre beau pays. Ni les habitudes, traditions, règles, mœurs, usages, règlements, principes, comportements, traditions, mentalités, pratiques usuelles de votre beau pays. Je ne connais personne. Pouvez-vous m’aider ? »

« Comme c’est triste et déplorable. Allez donc voir de ma part mon amie Anna-Maria. Elle est chargée de résoudre tous les soucis de nos visiteurs et de les détrister en cas de besoin. »

Aïe ! Mauvais souvenir, néanmoins entaché de bon chocolat. Que faire ? On est un bon journaliste, non ?

- Merci beaucoup, c’est une très bonne idée. Comment la joindre ?
- Voici son adresse : w69 40’ 57’’ s15 48’ 07’’
- Ce n’est pas une adresse, ça !
- Si, si ! Ce sont latitude et longitude du lieu où elle habite.
Vous pensez bien que je ne vais pas vous donner sa véritable localisation par respect de sa vie privée. Si par curiosité vous vouliez vous rendre à cette adresse, vous seriez en plein milieu du lac Titicaca, en Bolivie. Vous pouvez contrôler.
- Vous l’affichez dans votre téléphone-gps portable, le TGPS, un plan détaillé vous y emmène directement. Et vous donne son n° de téléphone. Vous n’avez pas de téléphone-gps ? Je vous en donne un. Venez »

Elle me donnit le dernier modèle, précis à quelques millimètres près et mit en mémoire la position, géographique, d’Anna-Maria.

- Mais, pourquoi donner des noms aux rues ?
- Pour les paquets et les rares lettres qui circulent encore

Je me sentis idiot et me remémorai un conseil de mon coach « si tu ne sais pas, fais semblant de comprendre. A la fin de la conversation, tu auras beaucoup appris » C’est ce que j’aurais du faire.

- Auriez-vous la gentillesse de mettre votre adresse dans le répertoire de mon TGPS ?
- Pas de problème, la voici.

Je l’embrassai trois fois, pour le TGPS, pour l’adresse d’Anna-Maria et pour la sienne. Et fus heureux devant les perspectives ouvertes au succès de ma Mission.

Je continuai à déambuler dans Nomefaltànpiu. Vers la Place de l’Amitié Nouvelle une manifestation curieuse m’étonna. Une sirène se mit à rugir avec une très douce musique et toutes les personnes qui étaient sur la Place s’arrêtèrent sur place, dans la Place (forcément). Je fis comme eux. Je les vis dans une attitude de recherche, tournant la tête, droite-gauche, et inversement, et aussi sur eux-mêmes. Et chacun se dirigea vers la personne la plus proche, lui fit face, s’inclina vers elle, les mains jointes au dessus de la tête et se mirent à parler (après s’être redressé). Je vis arriver vers moi un homme relativement (pourquoi relativement ?) âgé, au regard étrange, celui qui était le plus proche de moi. Je fis comme les autres et le saluai
- Je vous souhaite que tous les souhaits que vous puissiez souhaiter puissent s’accomplir. Puis-je vous être utile ?
- Merci beaucoup. Moi aussi je souhaite que tous les souhaits que vous puissiez souhaiter puissent s’accomplir. Puis-je vous être utile ?

Mon coach m’avait appris à toujours être d’accord avec tous, quitte à changer d’idée plus tard (forcément). Il reprit :
- Quel est votre souhait le plus souhaitable dont vous souhaiteriez la réalisation ?
- Je suis étranger ici, et ne connais personne. Pouvez-vous m’aider à connaître des personnes que je ne connais pas
- Facile. Voici mon adresse. Passez me voir. Je vous mettrai en relation avec quelques personnes
Je lui tendis mon TGPS. Sa mémoire s’accrut d’un nouveau nom, de son adresse et de son téléphone.
« Merci, je vous téléphonerai prochainement pour vous rencontrer »
Nous nous séparimes. Sur la Place, d’autres étaient en train de se séparer, en se disjoignant. Les autres ne se déconnectaient pas encore

Je jetai un œil (au figuré) sur son nom : Ramon Espejo. Ainsi j’avais récolté trois adresses en vue de la Mission, omniprésente dans mon esprit. Je reviendrai souvent sur la Place de l’Amitié Nouvelle, me dis-je.

Je rencontris en premier Anna Maria Solita, l’amie de la fille du magasin.

Sa maison n’était pas quelconque. Sobre avec des centaines de photos sur les murs, elle laissait prévoir l’ouverture d’esprit d’Anna Maria. Les ouvertures des fenêtres donnaient sur des jardins fleuris par des fleurs de carottes, d’artichauts, de fraises, de cucurbitacées, de pissenlits, de différents légumes primeurs toute l’année. Joindre l’agréable à l’utile était, à mon sens, un bon présage.

- Vous devez être bien dépaysé dans notre beau pays ? Je vous comprends. J’étais dans votre situation il y a plus de trente ans. J’étais alors désintégrée, comme vous et maintenant intégrée. Peut-être que vous voudriez d’abord comprendre notre mode de vie.
- Oui.
- Comment vous appelez-vous ?
- MA.0000.2397.4152. x27. DB
- Non ! Votre nom d’ici.
- ?
- Oui, dans les documents remis à la douane vous devez avoir une identité locale.

Je sortis mes papiers et regardis.
- Je suis don Enrique de Veintisiete
- Bonjour Enrique. Bienvenue dans notre Beau Pays. Je vous parlerai de la suppression de tout ce qui est inutile. Vous le savez, ont été supprimés l’argent, la monnaie, la richesse, les caisses d’Épargne, les trésoreries, les chèques, les banques, les impôts, les percepteurs, les notaires, les clercs de notaires, les huissiers, tous les organismes et leurs employés ayant un rapport avec l’argent.
- Y a-t-il eu une révolution ?
- Non, pas du tout. Ça s’est fait tout seul.
- Comment est-ce possible ?
- On le sait maintenant. Un orage magnétique, issu du soleil, d’une intensité, d’une énergie et d’une violence dépassant toutes les probabilités, a totalement effacé tous les enregistrements magnétiques. Plus de disques durs d’ordinateurs, plus de fichiers ni de programmes. Effacés toutes les copies de sauvegarde, tous les CD, les CDR, les DVD, les bandes magnétiques, les cartes bancaires, les cartes des téléphones portables. Tout, tout !
- Ça a dû être terrible, terrifiant, terrorisant, terrifique ?
- Pas du tout. Il faisait grand soleil. Personne ne s’est aperçu de rien, sur le moment. A l’exception de ceux qui étaient devant leur ordinateur.
- Mais alors je devine les conséquences …
- Plus d’État Civil, plus de listes de contribuables, de clients des banques. Plus aucune possibilité d’acheter ou de vendre. Ce fut un chaos indescriptible dans l’organisation de ce qui n’était pas encore Notre Beau Pays.
- Et alors ?
- Tout ce qui avait été désorganisé se réorganisa autrement. Il fallait bien manger. On donna des vivres, faute de monnaie. Les usines continuèrent à usiner, les transports à transporter, les consommateurs à consommer, les chanteurs à chanter, tout cela sans monnaie. Et ça marchait. Les gens étaient raisonnables et ne prenaient pas plus qu’il leur en fallait pour quelques jours.
- C’est incroyable
- Il y eut des effets secondaires. Une vague de suicides affecta certaines catégories sociales. En premier celle des gros actionnaires de sociétés, qui voyaient avec effroi leur personnel distribuer gratuitement les produits de leurs productions. Puis celles des professions qui faisant circuler l’argent, tels que les organisations de prêts à intérêts, les banques, les perceptions.
- Incroyable ! Finalement, ce pays a eu beaucoup de chance. Est-ce que je pourrais revenir pour d’autres explications ?
- Quand vous voudrez. Au revoir, Enrique.
- Au revoir, hasta luego, Anna Maria et merci beaucoup. Je vous embrasse.

Je me rendais régulièrement au poste que j’avais accepté au Conservatoire de la Nature dont l’objet, vous vous souvenez, est l’étude sur les variations de la rapidité de la poussée des végétaux, en fonction de la musique qui leur était jouée. C’était un lieu agréable. Il y avait plusieurs centaines de petits laboratoires tous phoniquement isolés. Des bacs contenaient des plantes diverses. L’on y diffusait dans chacune d’entre elles une musique différente depuis les chants de voix graves des moines tibétains jusqu’aux stridulences de certaines musiques contemporaines. Mon rôle était simplement de mesurer la croissance en 24 heures des quelques plantes dont j’avais la responsabilité, dans les quelques vingt labos qui m’avaient été affectés.

Un bananier géant me créait des difficultés, car il croissait de plus d’un mètre par jour dans l’ambiance joyeuse de la Marche Turque, enregistrée par Mozart lui-même. Une autre difficulté était la mesure de la croissance d’un bonzaï nain soumis au chant d’un chanteur (forcément) contemporain spécialisé dans le crouning (francisation de ce que dégouline un crooner). Il se ratatinait chaque jour de quelques nanomètres. J’aimais ce travail. Je n’avais pas encore assez d’expérience pour pouvoir vous soumettre quelques conclusions.

Un jour sortant du Conservatoire, j’entendis la sirène. Je m’immobilisai, mains jointes sur la tête, et vis venir voir moi un grand bonhomme, souriant, chaleureux.

Commençant à connaître les usages de ce Beau Pays, je me présentai
- Enrique de Veinteisiete
- Jones, Indiana

********************* 20
La stupéfaction dût se voir sur mon visage (forcément)
_ Oui, je suis bien l’archéologue. Que puis-je faire pour vous être agréable ?
- Que je suis heureux de vous rencontrer ! J’ai suivi toutes vos épreuves et admire la manière dont vous êtes sorti de touts les embûches, pièges, traquenards, machinations, intrigues qui ont émaillé votre carrière. Pourrais-je prendre quelques minutes de votre temps ?
Autant de temps que vous souhaiteriez. Passez moi votre TGPS.
Il inscrivit ses coordonnées, et je me prometit de lui rendre (rendre ?) une visite dès que la politesse me le permettrait.

Pour exécuter ma Mission de rendre la visibilité à l’humanité qui en était privée, se rapprocher d’une frontière serait peut-être une source d’inspiration, ou encore d’informations. J’empruntai donc un véhicule automobile à quatre roues motrices, dont deux à l’avant, le territoire étant réputé difficile, et parfois sans routes, ni chemins, ni pistes, ni allées, ni voies, ni cartes, ni plans détaillés. Et heureux au volant de cette magnifique automobile, je fis route vers le sud sud est. J’y eus des aventures et des péripéties.

On m’avait mis en garde contre la présence les descentagnes, nombreuses dans cette région du pays. Ce sont des montagnes qui descendent au lieu de monter. L’approche se fait en pente douce, descendante. Et progressivement la pente augmente. Des sentiers sentient tout le long de la descente. Puis, brusquement un grand trou.
Des descentionnistes y descendent, encordés. Je n’aimerais pas faire cela, car arrivé à l’anti-sommet, dans le fond, il n’y a place que pour quelques personnes. Et la vue doit y être lugubre ! Un grand trou juste au dessus de la tête.

C’est pourquoi les voitures sont équipées de clinomètres qui trompettent une alarme lorsque la pente dépasse 45 degrés, au cas où un conducteur distrait ne s’en serait pas rendu compte.

Ceci étant, je traversai des villages, comprenant des maisons et des villageois qui habitent dedans (forcément) qui me faisaient des signes amicaux des mains et de la tête. Au fur et à mesure de mon avance, ces villages s’espaçaient. Puis, en fin d’après-midi, j’abordai un désert avec quelques arbres, rabougris comme ils le sont dans les déserts. J’eus envie de m’arrêter pour m’offrir un five o’clock tea, sans thé.

Assis sur un petit rocher, à l’ombre d’un cactus, je dégustais une tranche de banane géante, de trente centimètres de diamètre, enjolivée de rognures de chocolat. Tout à ma dégustation, je sentis un souffle, derrière moi, sur la nuque. Pourtant il n’y avait aucun vent. Les feuilles de cactus, écrasées par la chaleur, en écrasaient. Me rappelant les instructions de mon coach, je ne tournai pas la tête, mais tournai mon regard devant moi, en le levant depuis la banane jusqu’à l’horizon. Trois tigres étaient assis devant moi, et m’observaient. Le plus maigre se pourléchait les babines. Puis, doucement le souffle sur ma nuque vint sur mon oreille gauche, puis sur mon nez. C’était encore un tigre !

Il s’assit aussi, à quelques décimètres de ma personne. Et m’observa, longtemps, longtemps. Soudainement, il se mit sur ses quatre pattes (forcément). Il me sembla qu’il me fit un clin d’œil, comme savent le faire les tigres, voluptueux, complice et ardent de chaleur humaine. Il me lécha la main gauche et j’eus l’impression d’un aimable sourire félin. Était-ce pour savoir si j’étais gastronomique ? Puis il poussa un feulement modulé à l’adresse de ses trois compagnons et ils partirent lentement tous les quatre …

Je bondis vers la voiture et m’y enfermai. Heureux d’être entier, et malheureux à l’idée que ce tigre aurait pu mépriser mon état gustatif. Pourtant, je mangeais bio et ne buvais que de l’eau de source (forcément). Je me consolai en pensant que peut-être il m’aurait pris en affection à cause de mon charme naturel. J’ai oublié de vous dire que ce tigre était une femelle tigre …

Je continuai donc ma route, sans route, après avoir fini de manger ma tranche de banane. Petit à petit, insidieusement, des phénomènes insidieux se manifestirent. La vitesse de la voiture diminuait. Par prudence, au départ, je roulais à 40 kilomètres par heure. Petit à petit, les 40 devinrent 20, puis 10 puis 5. Je compris, grâce à ma préparation mathématique aux courbes asymptotes, que si je continuais dans la direction dans laquelle j’avais choisi de me diriger, je risquais d’arriver à quelques millimètres par heure. Prenez une pomme, coupez la en deux, puis encore, puis encore. Il en restera toujours une moitié à couper. La vitesse de ma voiture, c’était pareil …Néanmoins, en bon journaliste, je décidai de m’enfoncer aussi loin que possible dans cette région frontalière et de m’arrêter lorsque la vitesse du véhicule tomberait à 1,250 kilomètre par heure. Ainsi, en rotant l’automobile de 180 degrés, je pourrais revenir sur les pas des roues de la voiture.

****************** 21

Un autre phénomène m’inquiétit beaucoup. La puissance de la radio diminuait aussi et les émissions devenaient presque inaudibles à tel point qu’il était difficile de les entendre. J’en conclusis que bientôt elles ne me parviendraient plus. Et mon TGPS ? Non, il fonctionnait bien ! Néanmoins, j’en conclusis qu’il y avait là une intention de nuire, un chantage pour éviter que l’on ne s’approchât des frontières de ce Beau Pays. Toutefois, je décidai de ne pas succomber au chantage, ni plier, ni faiblir, ni flancher, ni aliéner ma liberté.

Mal m’en prit ! Je pénétrai donc dans ce no man’s land, d’un pied alerte, vigoureux et décidai. Rapidement j’eus des hallucinations. Ma préparation mentale m’avait appris à les ignorer, et je n’en eus cure, au début.

Cela commença par un dinosaure volant transparent, qui voletait avec légèreté à quelques centimètres de mes cheveux. Puis une pieuvre terrestre essaya de m’enserrer dans ses tentacules périphériques longilignes. Vade retro, lui dis-je, gentiment. Elle ne paraissait pas comprendre le latin. Alors j’éjectai une série d’insultes qui auraient du agir sur son comportement, telles que : ver de terre, pomme de terre, terrasse de prison, pistroufaillasse et autres comparaisons insanes pour une (ou un) pieuvre. Étant une hallucination, elle disparut sans crier gare. D’ailleurs, le pouvait-elle ? Mais ce n’était pas fini. Un anaconda géant essaya de m’étouffer en se lovant (de l’anglais : love) autour de moi. Je le laissai faire, sachant bien qu’une hallucination n’est pas autre chose qu’hallucination, et que, finalement ce serpent disparaîtrait aussi. Ce qui advint !

A propos, ces tigres, une hallucination ?

J’allai de l’avant, calme, détendu, rasséréné, confiant, et conscient de l’Oeuvre que j’étais en train d’accomplir. J’aperçus devant moi, une voiture arrêtée. Elle avait nettement dépassé le point de non retour. Ses occupants aussi. Leurs squelettes, assis aux places assises, témoignaient de leur probable décès. Pauvres gens !

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Pauvres gens ! Ils n’ont pas eu cette chance

Je continuai, droit devant, et aussi dans mes bottes. A quelques encablures terrestres, un bâtiment, rond, hérissé de

La realite, qu'est-ce ?

Publié le 05/05/2009 à 12:00 par hrc89520
La réalité, qu’est-ce ?

L’expérience que nous en avons est celle que nous avons élaborée depuis notre prime enfance, en fonction des notions d’espace et de temps communiquées par nos sens.


Au fur et a mesure de l’acquisition de nos connaissances scolaires et sociales, la plupart d’entre-nous a conceptualisé la réalité sous les formes suivantes :

En ce qui concerne le temps, il est rectiligne et uniforme et s’écoule comme un grand fleuve tranquille. Dans le passé, une humanité guère différente de celle du singe élaborait les premiers outils, et nous sommes maintenant au sommet de l’intelligence humaine.

Le retour dans le passé n’est pas possible, de même qu’un passage dans l’avenir. Le présent est le passage obligé du passé vers l’avenir.

L’ espace, de notre environnement natal, s’est étendu à la maison, à l’extérieur puis, selon l’enseignement reçu, à la Terre et au Cosmos. L’espace est un volume dans lequel nous naissons, circulons, pensons, vivons et dont les dimensions sont finies ou non, selon les religions.

Notre rapport physique à la réalité s’effectue selon nos sens, et ce que nous en percevons est sa nature indiscutable. Des instruments de plus en plus performants nous permettent de voir (ou de supposer) ce qui se passe dans l’infiniment petit ou grand. Il n’y aurait aucune limite aux progrès que nous pouvons faire.

Notre rapport intellectuel à la réalité se fait par l’observation, l’analyse et la synthèse dans une logique où un effet est provoqué par une cause.

Mais …

TOUTES ces certitudes peuvent être remises en cause soit par de nouvelles connaissances scientifiques, ou par des observations que la science ou la politique rejettent parce qu’ »impossibles» ou dangereuses à divulguer.

Je propose ici quelques voies de recherche. À effectuer par un moteur de recherche

Il est recommandé de mettre plusieurs paramètres afin d’affiner les recherches. Il est utile de séparer les faits de leur interprétation et de ne conserver que les faits.

Le temps
• Einstein et la relativité généralisée.
• Les expériences de physique de d’Aspect, démontrant « scientifiquement » qu’une action et son effet peuvent être simultanés.
• Mécanique quantique.
• Jung : synchronicité
• Recherches sur Tesla, Cayce.


L’origine et l’évolution de l’homme
• recherches sur l’Atlantide, Mû
• recherches sur paleo-archéologie
• quelques sites spécialisés :
Quelques hypothèses
• Sheldrake : morphogénèse
• Benveniste : biologie numérique
• Lovelock : Gaïa
La logique
• recherches sur systémique, complexité, holisme, chaos, émergence, Edgard Morin, Joël de Rosnay
• http://systemes.org (mon site personnel)


Beaucoup de sites offrent des liens permettant une recherche approfondie. En ce qui me concerne, mes certitudes sur la réalité telle qu’elle apparaît « directement » sont devenues plus fragiles, et, sur certains points, complètement différentes. Et se sont muées en « interrogations »

Je souhaite à tous une profitable expérience.


Délires et Incohérences - cinquième partie

Publié le 11/05/2009 à 12:00 par hrc89520


Un peu plus tard, je vous raconterai la curieuse, inattendue et merveilleuse suite.

Mais il me fallait accomplir la Mission que je m’étais imposée. Mais comment ? Peut-être Indiana Jones pourrait me donner quelques idées.
Un coup de TGPS et rendez-vous fut pris pour dîner :
- Allo ! Indiana Jones ?
- Lui-même
- Enrique Veintiseis. Je vous avais rencontré, il y a quelques jours.
- Oui, je me rappelle très bien.
- Pourrais-je avoir un entretien avec vous ?
- Avec plaisir. Je suis occupé pendant la journée par mes investigations. Voulez-vous venir dîner ? Il y aura des légumes bio cuits à la vapeur, des fruits, également bio. Je dois suivre un régime pour conserver ma forme. Et une bonne bouteille de Bourgogne. Cela vous convient-il ?
- Parfaitement. Ce soir ?
- Oui. A tout à l’heure.

Ce fut le plus bizarre, étrange, extraordinaire entretien de toute ma vie passée :
- Bonsoir Indiana !
- Bienvenue chez moi. Allons prendre un petit apéritif. Que faites-vous dans ce pays ?
- Je suis journaliste et j’enquête sur le mode de vie de ses citoyens.
- Et qu’est-ce que vous êtes aller faire du côté de la frontière du SSE ?
La question était brutale. Avais-je affaire à un ami ou à un espion ? Don Pepe m’avait appris à ne pas paraître décontenancé :
- Comment savez-vous ?
- Mon pauvre ami ! Vous êtes encore naïf. Un vrai professionnel laisse son TGPS chez lui. Je vous ai suivi tout le long de votre déplacement sur le mien, dont j’avais débranché la sonnerie d’appel
- Pourquoi m’avez-vous espionné ainsi ?
- Pas vous espionner mais conforter mes observations sur vous. J’avais remarqué que vous n’étiez pas d’ici, vos chaussures n’étant pas fabriquées dans ce pays. Par ailleurs, votre démarche harassée de quelqu’un stressé en permanence était très différente de celle des gens d’ici.
- Et alors ?
- Je vous ai menti. JE NE SUIS PAS INDIANA JONES.
Stupéfactionné, interloqué, abasourdi, déconcerté, je ne réagis pas, comme mon coach me l’avait recommandé en cas de stupéfaction, interloquation, abassourdissement, déconcertation. Il me regardait, attendant ma réaction. Je mentis comme quelqu’un coaché pour bien mentir, tel un vendeur, un représentant de commerce, quelques députés et les médecins devant un malade très, très mal en point. Je le regardai droit dans les deux yeux, mon œil droit regardant son oeil gauche, et inversement.
- Je le savais bien ! Indiana Jones est actuellement en train de tourner, chez moi, dans mon pays, le film ‘’Les quatre invisibles filles de l’invisible docteur March’’, un remake adapté aux nouvelles circonstances.
Il me sourit
- Et qui serais-je ?
- Je vous laisse le soin de me mentir à nouveau, si vous le souhaitez, ou de me dire la vérité.
- Allons dîner ! Vous comprendrez alors …
Nous passâmes à la salle à manger. Une table splendide avait été dressée, éclairée aux bougies, décorée de quelques fleurs rares. Une femme était déjà assise. C’était une très belle femme blonde, avec des cheveux blonds à reflets platinés, dorés, argentés, cuivrés et parfois bismuthés. Ses belles boucles tombaient sur son long cou emmanché d’un long bec. Excusez moi, je réminisce trop actuellement. Je reprends donc. Ses belles boucles tombaient en volutes sur son long cou, gracile, gracieux, élégant, élancé, ravissant, distingué.
- Vera, présente-toi à notre ami Enrique.
- Je suis Vera Pétrovskaïa, et je suis l’amie de Barnabé. Il m’a demandé de vous préparer un repas russe. Nous commencerons donc par du caviar et des blinis, puis du nijni rôti et des novgorods farcis. Pour dessert, des tartapoutines glacées.
- Vera, tu t’es dépassée. Merci.
A table, nous devisâmes de choses, et aussi d’autres. En bons amis ! Après le dessert, dont j’appréciai la finesses des trois tartapoutines que je m’enpiffrai, il me demanda de passer au salon, pour les liqueurs. Je remerciai Vera citée au début du repas pour ses novgorods, délicieux.
- Passons aux affaires sérieuses. Je me présente. Je suis chargé par les Nations Unies de collecter tous les renseignements pouvant aider à ramener la visibilité à la part de l’humanité qui en est privée. D’après mes renseignements, c’est ce que vous faites, en solitaire.
- Comment pouvez-vous me faire confiance en me dévoilant vos projets ? Comment savez-vous que je n’irai pas vous dénoncer ?
- Je me suis fait envoyer votre dossier aux services secrets. Il y est dit que
- Vous êtes bien né le jour de votre naissance.
- Agé de six mois, vous aimiez les framboises.
- Votre école maternelle était à Bacon les Truyères.
- Votre adolescence fut difficile.
- Vous vous mariâtes à 18 ans à votre épouse.
- Votre premier enfant naquit 14 ans après.
- Vous prîtes un coach, Don Pepe.
- Votre Ego est hors normes, démesuré.
- Tout ceci me paraît être exact. Et cela vous suffit pour me faire confiance ?
- Non, mais j’apprécie votre naïveté, votre force de caractère et votre aptitude à accepter vos échecs, puis à les surmonter. Et pour vous prouver ma confiance, voici l’identité que j’ai choisie pour passer inaperçu : Barnabé de Courtebitte.
- D’accord, mon cher Courtebitte. Je marche avec vous.
Nous primes un rendez-vous de travail dans un endroit discret situé dans la rue des Haricots Nains et je rentrai à l'hôtel.

********* 24

Je me couchai sans tarder, mais ne pouvais m'endormir. Où m'étais-je fourré ? M'avait-on pris pour un imbécile avec ces plats russes ? Je connais, de nom, Nijni Novgorod, en Russie. Et la blonde Vera a voulu me faire croire que le nijni était une viande et les novgorod des légumes. Et que les tartapoutines ne contenaient aucune allusion à aucune personne connue.
Et ce nom, Barnabé de Courtebitte, un nom à se faire remarquer partout. Et Vera, était-elle Madame Vera de Courtebitte ? Ridicule !
Ce qui me tracassait était le dossier secret qui me concernait. Qui l'avait établi ? Pourquoi ? Je décidai de ne pas me tracasser, et m'endormis du sommeil du juste, avec une tendre pensée pour Ruth
Je me réveillai peu après en hurlant, le palpitant à 480, et moi, tremblant encore de peur, et heureux de m'être sorti de ce cauchemar d'épouvante.
Une fois endormi, (forcément), il me semble que je voguais sur un petit nuage rose, qui me déposa, comme dans un rêve, devant la Rôtisserie du Jugement Dernier, affiché sur le fronton. Deux hommes me conduisirent de force dans une grande salle. Il y avait deux bureaux faisant face à la chaise sur laquelle j'avais été assis de force, menotté. Les deux sbires étaient toujours à mes côtés. Me regardant depuis leurs bureaux respectifs, deux autres hommes habillés comme des magistrats me regardaient en silence. Ce silence d'outre tombe me parût durer toute une éternité, ou plusieurs, puisqu'ils étaient deux. J'avais froid. Il y avait pourtant une grande rôtissoire le long du mur à ma droite, où ronflait un grand feu d'enfer. Le tournebroche, comme son nom l'indique, tournait, en attente … Un fumet de rôti appétissant enflammait mes narines
Soudain ma chaise se mit à vibrer et s'éleva doucement au dessus du sol (forcément), comme dans un rêve, silencieusement. Mes gardiens, silencieux aussi, ne firent aucun effort pour la retenir. D'abord verticale, la trajectoire s'incurva vers la droite. Pris de frayeur, et d'un sombre pressentiment, je m'agitai me débattis de plus en plus et, à proximité du feu, je ruai tellement fort que je tombis de la chaise tellement j'étais affolé, paniqué, terrorisé. Ma tête, avant de se cogner sur le sol, eut le temps d'émettre un hurlement, un cri désespéré, mais avec une tonalité joyeuse heureuse d'avoir évité les flammes. Ce qui me réveilla et me ramena à mes terrestres soucis.
Donc, je me rendis au lieu de rencontre proposé par Barnabé de C.
Il entra d'emblée dans le vif du sujet.
- je vous remercie d'avoir fait semblant de croire à tout ce que Vera et moi-même vous avons raconté... Le repas n'était pas russe, les noms des plats n'existaient pas, Vera n'est pas blonde et mon nom d'emprunt n'est pas Barnabé de Courtechose. Votre comportement, digne et sage devant ces invraisemblances, nous a confirmé dans les projets que nous avons pour vous.
- Ah ?
- Mon vrai nom est Atahualpa Quezatcoal et mes ancêtres, tous indiens. Le nom de Vera est Iztaccihuatl Yupanqui, une très ancienne famille indienne. Ses cheveux blonds, que vous avez tellement admirés sont d'une belle perruque. Je suis l'un des Administrateurs de ce pays et, tous ensemble, nous avons décidé de rendre la visibilité aux peuples qui en sont privés, mais non sans obtenir en échange quelques améliorations à leurs propres conditions de vie. Et aussi l'arrêt de leurs tentatives d'infiltration. Nous avons besoin d'un négociateur et vous avons choisi pour nous représenter dans les discussions à venir. En effet, avec votre air d'idiot, vous saurez mener des négociations très serrées. On croira vous avoir convaincu, et il n'en sera rien. Vous serez bien préparé à cette mission et deviendrez ensuite notre Ambassadeur Plénipotentiaire auprès des pays invisibilisés. Acceptez-vous ?
Là, je ne pouvais plus parler de surprise, ni de stupéfaction, ni de vertige, ni encore d'hallucination. C'était plus que tout cela réuni. Je réfléchis un peu :
- Le dossier secret fourni par les services secrets ?
- Vous l'avez vous-même constitué lors de votre demande de visa.
- Les tigres dans le désert ?
- Vrais. Cette région est très dangereuse. Vous avez eu de la chance, ou n'étiez pas comestible.
- Les squelettes dans la voiture ?
- En plastique.
- Mais pourquoi m'avoir choisi, MOI ? J'étais bien tranquille avec mon petit "moi" et maintenant vous me demandez d'être un médiateur entre deux parties de la planète ?
- Vous avez été choisi parce que vous êtes le meilleur. Alors ? Votre décision ?
- Pourquoi ne pas avoir choisi mon copain d'enfance, Gram, négociateur international ?
- Parce que vous êtes tellement naïf, avec l'air ahuri, que vous ferez mieux que tous pour obtenir nos résultats communs...
- Bien ! Laissez-moi réfléchir ?
- Tant que vous voudrez. Pour me joindre voici mes coordonnées. Merci d'être venu. A bientôt Enrique !
- Au revoir, Atahualpa.

Je rentrai donc à l'hôtel. Ruth m'attendait, l'air inquiet, presque effrayée.

************ 25
- Bonsoir Ruth. Qu'y a-t-il ?
- Oh, Enrique, j'ai peur.
- Pourquoi ?
- Tu as reçu un appel téléphonique d'un certain Ramon Espejo qui t'enjoignait de passer chez lui, de toute urgence.
- Qui m'enjoignait ? Mais qu'est-ce qui te fait peur ?
- Son nom, Espejo. (miroir dans notre langue)
- Et alors ?
- Il y a une légende dans notre pays. Espejo fumante est l'ennemi mortel de Quetzatcoal, un nos anciens Dieux, le Serpent à Plumes. On dit que son nom est Tezcatlipoca. C'est un Dieu sanguinaire. Bien sûr, ce ne sont que de vieilles légendes, mais j'ai très peur pour toi. N'y vas pas. Je t'en supplie. Je t'aime, Enrique.

Pour un merdier, c'était un beau merdier. Où suis-je allé me fourrer. J'étais bien tranquille chez moi. Être invisible est dérangeant, mais je n'étais pas le seul. Maintenant, je suis coincé entre les Administrateurs du Condineros austral et le reste du monde. Le nom de famille d'Atahualpa qui surgit. Espejo était celui que j'avais rencontré lors de ma première salutation avec les mains jointes sur la tête. Coïncidence ? Et voilà que des noms de dieux cherchent aussi à me coincer, à me désarçonner, à me faire peur, à m'éloigner, à me neutraliser. Ruth voudrait-elle aussi me coincer ? Non ! Je ne crois pas.
J'ai besoin de repos. Je vais aller me coucher. Ruth m'accompagna dans ma chambre, m'embrassa et … s'en allit, avec son beau sourire.

J'appréhendais cette nuit. Le cauchemar de la veille m'avait beaucoup perturbé. Était-il prémonitoire, était-ce une tentative d'intimidation ?
Une fois endormi, (forcément), il me semble que je voguais sur un petit nuage rose, qui me déposa, comme dans un rêve, devant le Réceptacle du Bonheur Ineffable. Deux charmantes personnes m'attendaient et me conduisirent vers une porte fermée qu'elles ouvrirent. Une chaise longue m'attendait aussi. Je m'y allongeai avec volupté. Devant moi, sur la mer calmée-éee-eu, bleue, des vaguelettes clapotaient en devisant joyeusement. Des palmiers ajoutaient au charme du lieu. Ils se balançaient d'un pied sur l'autre en soufflant une brise bleutée. Un autre fauteuil, comme dans un rêve, était apparu, avec une forte belle dame qui me tendit un dossier dont le titre promettait beaucoup "Bons pour cadeaux gratuits, offerts par la Direction" (Forcément). Je me reposis un peu en me délectant par avance de ce que pourraient m'offrir ces bons. Puis j'ouvris :
• Bon pour un séjour éternel ici
• Bon pour un écran d'ordinateur 19 pouces, pliant, invisible
• Bon pour la fourniture à durée illimitée de chocolat noir à 104,5% de cacao
• Bon pour un éliminateur de soucis, bilingue
• Bon pour un téléviseur HD (haute définition), système Trinitron, sans écran
• Bon pour la fourniture aléatoire de fromages polyglottes, polysentants
• Bon pour éliminateur de dettes, valable cinq fois
• Bon pour sourires féminins, livrables à la demande, d'après catalogue
• Bon pour cure de désintoxication de conversations futiles
• Bon pour fourniture des nouveaux ordinateurs, dès leur mise sur le marché
• Bon pour jardin bio, livrable en pièces détachées, à monter soi-même.
• Bon pour un âne de compagnie, bipède, auto nourrissant, insonorisé
• Bon pour générateur de compliments ou d'injures, en cinq langues
• Bon pour détecteur d'Omega3, polyinsaturés ou non
• B o n p o u rrrrrrrr …. …. .. ..
Une brume, transparente et fragrant bon l'ail de chez nous s'était glissée entre les bons et moi. Je ne pouvais plus lire. Puis je me réveillis avec un grand sourire à la pensée de toutes ces offres, qui m'avaient été offertes, gratuitement, gracieusement, généreusement et sans frais, ni TVA, franco de port et d'emballage. Peut-être une autre fois saurais-je me décider rapidement, au lieu de rêvasser. Ce qui est fait est fait. Je ne regrette rien.

********** 26

J'étais en bonnes dispositions pour régler son compte à cet impertinent Ramon Espejo. M'enjoindre, me donner des ordres, à MOI, futur Plénipotentiaire. Il allait voir de quel bois je me chauffe et quelle glace je mets dans mon eau tiède pour la rafraîchir.
Passant outre les objurgations de Ruth, je sonnai à la porte de ce Ramon, qui s'ouvrit (la porte) sans bruit, silencieusement, comme mue par un moteur silencieux. J'entrai donc et la porte se referma, silencieusement, comme mue par un moteur silencieux. Le pêne de la serrure se mouvit, silencieusement, comme mu par un moteur silencieux et bloqua la porte à double tour. La chambre était peinte en rouge, sang, forcément, comme dans les films d'horreur. Du plafond, pendaient des crânes multicolores que s'entrechoquaient en tintinnabulant avec des sonorités cristallines, silencieusement, comme mus par des moteurs silencieux. J'avais remarqué qu'ils étaient en plastique, car ils avaient tous le même rictus ricanant, silencieux et lubrique. Pas de quoi m'affoler. Parfois un hululement de chouet amoureux et nostalgique semblait sourdre d'un de ses crânes. Le chouet est le mâle de la chouette, ignominieusement ignoré. La parité lui rendra bientôt tous ses droits. J'attendis, patiemment. Il n'y avait aucun siège, pour s'asseoir. Je restai donc debout. J'aurais pu m'asseoir sur le sol (il y en avait un, heureusement), Mais je préférai rester debout, cela m'évitait la fatigue de me relever.
Enfin une porte, occultée dans le plafond, s'ouvrit et Ramon en descenda. Je le reconnus.
- Vous êtes mon prisonnier. Nul ne pourra vous sauver. J'avais soif de sang, vous arrivez à point.
- Que la malédiction du Quezatcoal soit sur toi, ignoble Tezcatlipoca. Tu es fini, FINI. Je suis ton exterminateur. Clam, clam, clamcir radi sparla rac ine, trep passem entdef inii tif roumi rdep eur foulc ampdou tuvi ens salo pardi gno ble Amen.
Je vis le Ramon se ratatiner comme un megacentenaire, tombir en poussière et disparaître. J'avais prévu le coup. Le coup de fil à Atahualpa, auquel j'expliquai ce qui m'advenait. Il connaissait deux moyens efficaces pour le contrer et le détruire. D'abord l'interpeller par son nom " Tezcatlipoca" que Ruth m'avait fait connaître. Prononcé par un indien, son nom rendait fou celui qui aurait osé, selon la légende. Émises par un étranger, ces sonorités devenaient fatales pour Tezcatlipoca. Et pour consolider définitivement le premier effet, il suffisait ensuite prononcer l'exorcisme dont Atahualpa m'avait donné le contenu. Maintenant, il fallait sortir
- Cesar, ouvre-toi
- César, couvre-toi
- Suzanne, couvre-toi
J'avais oublié la formule qu'un certain serrurier d'Ispahan m'avait donnée. J'avisais, jouxtant la porte, un petit panneau "Pour ouvrir, appuyer sur le bouton", Méfiant comme un banquier méfiant, je soupçonnais quelque maléfice. Avec ma canne, j'appuyai. Son extrémité se mit à brûler, mais la porte s'ouvertura, néanmoins. J'étais sauvé, grâce à Ruth et Atahualpa. OUF !

********** 27

Je rentrai vite à mon Hôtel pour rassurer Ruth. Dès qu'elle m'aperçut, elle sauta à mon cou ou elle me sauta au coup. Je n'ai jamais compris comment on pouvait "sauter" au cou de quelqu'un.
- Que je suis contente de te voir. J'avais tellement peur que Tezcatlipoca ne te fasse du mal.
- Non, grâce à toi, j'ai pu l'exterminer, le détruire, l'annihiler.
- Tu as fait ÇA ? Mais tu es un bienfaiteur de notre Beau Pays, Je t'aime !
Modeste, comme vous l'aviez remarqué, je ne me rengorgis point, ni ne me pavanis, mais lui déclarai
- Oui, c'est vrai. Veux-tu que nous allions fêter mon glorieux exploit ? Allons au restaurant ce soir.
- D'accord ?
- Où ?
Ruth alla chercher un répertoire (liste jaune) et nous eûmes à choisir entre :
• Auberge de la malbouffe anéantie.
• Restaurant des Poissons Volants de Montagne.
• Restaurant Végétarien à la viande de Porc, et Cochon
• Restaurant du Cochon Léguminé.
• Auberge du Matinal Coucher de Soleil.
• Taverne des Salades Exhaussées.
• Rôtisserie du Jugement dernier
• Hôtel de la Cruche Cassée Réparée
• Auberge Verte de la Poésie subliminale
Ce nom nous sembla plein de promesses infra et supra lumineuses et nous décidîmes de déguster quelques plats de leur menu.
Après le repas (forcément), je raccompagnai Ruth qui souhaitait rentrer chez elle. Elle me demanda si je voulais entrer. Je n'allais pas refuser. Donc j'acceptai. Sa maison n'était que luxe, calme et volupté, qualités que je n'aurai pu soupçonner chez elle. Quelques photos un peu jaunies, comme d'anciennes photos que le temps aurait jaunies. La première que je vis était celle de la construction de l'Arche de Noé. Une autre représentait un éléphant montant à bord et tentant d'éviter un couple de lapins blancs. Une autre, prise d'hélicoptère, plus récente, montrait l'Arche poussée par les vents en direction du Mont Ararat, que l'on percevait dans la brume, au loin. Plusieurs photos d'un même homme m'intriguaient. C'étaient celles d'un homme âgé, avec une somptueuse barbe blanche. Il me ressemblait un peu, en plus âgé, avec un air de sagesse que l'on ne trouve que chez quelques grands Sages de l'humanité. Il semblait serein, bienveillant. Bien que je lui ressemblasse, je crois, modestement, que, de nous deux j'étais le plus beau.
- Ruth, qui est-ce ?
- Booz
- Booz ? Où est-il ?
- Il habitait ici, mais, il y a trois mois, environ, il se leva brusquement de sa chaise en marmonnant "David, David, Cléo, pourquoi ? Je dois y aller rapidement !" Je n'ai pu le retenir. On ne l'a plus revu. Depuis, je suis toujours très triste.
- Tu le connaissais bien ?
- Oui, il était mon oncle. J'ai habité longtemps avec lui, ici.

La confusion, le trouble, l'embrouillement, la perturbation se cognèrent, se malaxèrent, s'entrechoquirent dans mon pauvre crâne, déjà tellement perturbé par ce qui m'arrivait depuis mon arrivée en ce Beau Pays. Tout ce que ma folle, sinon démente imagination avait pu engendrer " Les temps bibliques, Ruth, la belle et jeune Moabite, l’étrangère pauvre glanant quelques épis pour survivre, Booz, l’Hébreux, l’Ancien, le Sage, l’Indépendant discrètement laissant traîner quelques grains pour aider Ruth. Leur amour en dépit des conventions, leur petit-fils David qui devint le Grand Roi David, qui construisit un magnifique Temple, détruit par la suite, et fut aimé de Cléopâtre. " Tout cela fruit d'une imagination sans brides (comme si on pouvait endiguer, modérer l'imagination). Ruth était une honorable citoyenne de ce Beau Pays, et moi un IMBECILE. Toutefois, pourquoi cet homme est-il parti de chez lui en marmonnant ces mots : "David, David, Cléo, pourquoi ? Je dois y aller rapidement !"
- Tu es là, Enrique ? A quoi penses-tu si profondément ?
- A rien. Ton oncle Booz lisait-il beaucoup ?
- Oui, surtout un livre très ancien qu'il appelait la bible.
- Dis-moi, Ruth, je ne connais pas ton nom de famille ?
- Ilanthà
J'avais craint qu'elle ne s'appelât "Abhagac", nom d'une ancienne famille de cultivateurs, dont j'avais entendu parler pour l'excellence de leurs fruits.
- Veux-tu dormir ici, Enrique ?

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- Veux-tu dormir ici, Enrique ?
- Oui, j'en serais très heureux.
- J'ai dit dormir "ici", et pas "avec moi". D'accord ?
- Si tu le veux ainsi ! Mais pourquoi pas avec toi ?
- Il faut réunir trois conditions, deux sont accomplies, la dernière est en attente.
- Explique
- Première condition : que nous soyons d'accord. Ensuite que ma maison ne soit pas occupée par un mari et enfin que nous soyons enregistrés au Répertoire National des Relations Bibliques. C'est là que sont enregistrés les mariages successifs des citoyens/ennes de Notre Beau Pays, ainsi que les graphiques interrelationnels.
- Tu veux que je me marie avec toi ? Je suis déjà marié avec la femme qui est mon épouse. Je ne serai jamais bigame, passible de prison chez moi, dans mon pays.
- Ici, c'est différent. Marié, on l'est pour la vie. Le divorce n'existe pas. Mais si tu veux te marier aussi avec une autre femme et que les trois conditions soient remplies, c'est autorisé, et même préconisé pour développer les relations sociales.
- Tu veux dire que si tu as envie d'un autre mari, il suffit de le déclarer, à condition que je n'habite plus chez toi.
- Exactement
- Mais tu auras deux maris ? Peut-être plusieurs ?
- Et alors, où vois-tu un problème ? Je dois les réunir tous une fois tous les trimestres pour un amical banquet. Et s'il y a quelque nouveau, ils font connaissance. Ils me doivent tous assistance en cas de besoin. A la fin du repas, je les quitte et ils discutent entre eux. Et tous les six mois il y a une réunion des maris de la femme avec les femmes des maris. Très sympathique grâce aux affinités communes aux uns avec les autres, et inversement. Tu pourras te marier autant de fois que tu le désireras, si les conditions sont réunies chaque fois.
- …
- …
- Où veux-tu que je dorme ?

Ai-je réellement dormi ? J'étais encore sous le contrecoup du meurtre de Tezcatlipoca. Les propositions d'Atahualpa, tellement extraordinaires, surprenantes, incroyables, saisissantes me travaillaient. Si oui, étais-je un traître à l'égard de ma Mission. Ou, au contraire, était-ce une approche inespérée. Et par dessus le tout, une très séduisante offre de mariage. Tout cela tourna, virevolta, tourbillonna dans ma pauvre tête. Le lendemain matin, Ruth, en déshabillé orange me réveilla d'un tendre baiser sur l'oreille :
- Bonjour, Enrique. As-tu bien dormi ?
- Oui, très bien, et toi ?
- Moi aussi. Le petit déj est prêt à coté. As-tu réfléchi à notre discussion d'hier soir ?
- Certainement. Je te demande un peu de temps pour prendre ma décision
- Certainement, no problem.
Nous nous quittimes très affectueusement.

Je me rendis au Conservatoire de la Nature pour ma tâche obligatoire. Le portier, avec un grand sourire affectueux, m'annonça que j'étais exonéré et que ma présence n'était plus obligatoire et que je pourrais revenir lorsque je le souhaiterais. Une intervention d'Atahualpa ?
Je voulus changer d'endroit pour me changer les idées.

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La voiture que j'empruntai se dirigea, sous ma direction, vers le NNW, à l'opposé de ma tragique expédition vers le SSE (les tigres, etc.) Après quelques heures de route, j'aperçus une vallée qui me sembla être accueillante. Elle était bleudoyante de chardons bleus et d'autres arbres de la même couleur. Un petit endroit me paraissait propice à un five o'clock tea, sans thé. J'ordonnai au véhicule de s'y arrêter. Cette fois, je restai dans la voiture. A demi endormi, j'entendis tapoter à la vitre, côté conducteur. C'était une jeune et jolie chimpanzette, qui me demanda l'heure. Je la lui donnai, tout en la gardant pour moi (l'heure). Peu après, une tête de chameau se glissa par le toit ouvrant
- Pourriez-vous me dire l'heure, s'il vous plait?
- Oui, il est 15 heures et demie, pour le moment.
- Merci beaucoup !
- Pourquoi me demandez vous l'heure
- Parce que je n'ai pas de montre et que je craignais d'être en retard au rassemblement
- Quel rassemblement ?
- Celui que nous donne tous les ans un éléphant nommé Noé
- Pourquoi ce rassemblement ?
- Il parait que c'est une commémoration de quelque évènement qui se serait passé il y a plus de 7000 ans. Depuis le temps, on a oublié lequel, mais on continue à le célébrer.
- C'est loin d'ici
- Une petite heure, pour un bipède comme vous, la moitié pour un quadrupède.
- Pensez-vous que je puisse y assister ?
- C'est ouvert à tous les animaux. Il faut simplement apporter son casse-croûte. Sinon, il y a toujours des comprimés d'alimentation.
- Et si un tigre oubliait son lunch du soir ?
- Aucun danger, on met tout en commun et chacun choisit ses mets préférés.
- Merci pour ces informations
- A votre disposition !
Je n'avais pas remarqué que ces animaux m'avaient parlé, et même dans la langue de Notre Beau Pays.
J'y va-t'y, ou j'y va-t'y pas ? On est bon journaliste, non ? J'y vais.
Je descendis de voiture, que j'avais arrêtée, à proximité d'un rassemblement d'animaux. Je fus accueilli par la jolie petite chimpanzinette, dont les yeux bleus étaient d'un bleu tellement beautiful.
- Soyez le bienvenu. Vous êtes le premier bipède humain qui soit venu ici depuis l'origine des temps. Une chaise a été prévue pour votre usage personnel, car nous, les animaux vivons très bien sans supporte-fesses.
- Comment saviez-vous que j'allais venir dans cette vallée ?
- Nous, les animaux, avons accès à des moyens d'information dont vous avez perdu l'usage.
- Par exemple ?
- La collaboration entre nous. Un condor qui survolait la région vous a aperçu et a envoyé un message subliminal à tous les animaux décrypté toutes les minutes. Nous savons que vous venez d'ailleurs, la plaque minéralogique de votre voiture faisant foi. Noé l'éléphant l'a reçu également. C'est pourquoi il a fait quérir cette chaise.
Je m'avançai donc vers le groupe, bras dessus, bras dessous avec Chimpanzinette. Je fus accueilli par des hourrahs dans toutes les langues, de l'aboiement au caquètement, du hululement au miaulement, des roucouleries aux rugissements, des beuglements aux pépiements, des etc. aux etc. etc. Elle me fit donc asseoir, les animaux devant moi, en deux files, l'une à droite et à l'autre à gauche. Ils attendaient visiblement une déclaration. Je m'exécutai donc

"Chers collègues et amis, je suis infiniment heureux de me trouver avec vous tous, réunis ici pacifiquement et me trouve très honoré de pouvoir m'adresser à vous, mes chers collègues et amis. Laissez-moi vous raconter une anecdote. J'étais sur un grand bateau et sur le pont du dudit bateau et à la proue du dudit bateau. La proue, c'est l'avant de tous les bateaux, dudits ou pas. Je pensais au temps d'autrefois lorsque l'on disait "Animaux de tous les pays, unissez-vous". Je vis soudain, sortie du néant, une forme, mi-animale, mi-humaine, mi-invisible et mi-visible avec laquelle un dialogue à deux s'instaura !
- Salut, mec
- Mes respects.
- Savez-vous qui je suis ?
- Comment le pourrais-je, je ne vois que la moitié de vous.
- Ah oui ? Quelle moitié ?
- Celle du bas
- Bon ! Je vais faire le nécessaire.
Tous les assistants qui assistaient à la réunion étaient bouche bée, attendant dans un silence religieux que je leur donnasse la suite de l'anecdote. La forme se déformit, disparut un moment, réapparut sous la forme visible d'un adolescent barbu, leur racontai-je. Le dialogue à deux reprit verbalement
- Me reconnaissez-vous maintenant ?
- Non.
- Of course, vous ne pouvez-vous. Mon papa s'appelle Noé, et quand je serai grand, je voudrais naviguer sur toutes les mers du monde (forcément) Et comme j'aime tous les animaux, j'en emmènerai (par la main) un couple de chaque.
Ce que ce pauvre garçon ignorait, et que, moi, je savais, c'était la suite de l'histoire. Il eut son bateau, assez grand pour tous. Il embarqua tous ses amis animaux. Il n'était pas bon navigateur et le GPS n'avait pas été inventé à cette époque. Il échouit son bateau sur une colline plus haute que le niveau de la mer à marée haute. Voilà l'histoire vraie de Noé.
Mes chers collègues et amis, nous sommes tous ici les enfants du bateau de Noé.
Un silence lourd (forcément) s'installa sur la vallée. Tous les animaux étaient pensifs. Quelques-unes pleuraient, comme les madeleines des mers. Tous heureux de savoir maintenant ce qu'ils commémoraient et d'avoir trouvé leur arbre généalogique. Au nom de tous, Chimpanzinette me remercia, et un excellent champagne fut servi. Dans l'euphorie générale (forcément), une tigresse m'embrassa et me déclara qu'elle avait bien fait de ne pas me bouffer dans le SSE, et que je pouvais y retourner sans danger, tous ses copains étant prévenus.

" Revenez l'année prochaine" Je reviendrai, promis-je, ému par cet accueil tellement accueillant. Chimpanzinette m'accompagna jusqu'à la voiture. Et son sourire aux yeux bleus reste gravé dans ma propre
mémoire centrale, dans le fichier "souvenirs agréables".
Et je m'en retournai vers la ville de tous mes soucis, heureux de cette escapade…

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Ainsi donc, deux problèmes demandaient solution : le mariage avec Ruth et ma Mission. Ils sont prioritaires tous deux. Si je choisis l'un, c'est que l'autre n'était pas prioritaire, mais cependant il l'est forcément puisqu'il l'est. Quelle option pour un choix impossible ? La nuit, peut-être me donnera quelques idées. Me voilà maintenant arrivé à Nomefaltanpiù. Encore un choix à faire, une décision à prendre (ou à laisser) : où dormir ? Chez Ruth, à mon hôtel. C'est fatigant de devoir prendre des décisions, à longueur de journée
• comment m'habiller en me levant ?
• la chemise blanche ou la bleue ?
• si la bleue, laquelle ?
• Les rayures ou pas ?
• Du thé, du café ou rien ?
• ……. ou …. ?
Je préfère arrêter cette liste. Y penser me fatigue. J'ai souvent remarqué que, dans les cas d'indécision, ne rien décider est souvent une bonne solution. Je décidai de ne pas décider. Mais comment peut-on décider de ne pas décider ? Cet incroyable défi logique, impossible je l'ai réalisé parce que je ne savais pas que c'était logiquement impossible (à réaliser).
Cependant, mon subconscient ou autre avait pris en charge la voiture qui me conduisa, pendant que je tentais de savoir si je déciderais à décider ou non, jusqu'à la maison de Tezcatlipoca. Pourquoi ? Pressentiment, prémonition, intuition, remords, curiosité, je ne sais. Par la porte encore ouverte, j'entris (forcément).
Les crânes en plastique avaient fondu doucement et goutté, goutte à goutte sur le sol. Des petits tas, de couleur variée, gisaient sur le sol en fondant et semblaient écrire des mots que je déchiffrai :
" Veinteisiete m'a tuer"
La porte ouverte au plafond était restée ouverte et l'escalier qui en descendait ne permettait plus d'y remonter car un système de sécurité avait placé toutes les marches verticalement. Un boîtier à code permettait de les réinitialiser. N'ayant pas le temps d'essayer toutes les combinaisons, au nombre de quelques milliards, j'essayis de grimper, et, après un travail surhumain, je réussis à atteindre le local du haut. C'était apparemment un bureau. Sur la table, ordinateur et TGPS. Curieux, j'examinis le contenu de cet ordinateur, très récent avec écran plat et une mémoire considérable. Dans la boîte de réception, il y avait des messages de Belzebuth, Lucifer et Satan, Nosfératu et Dracula (tiens ! tiens!) donnant des instructions ou des informations à Tezcatlipoca. Il y avait d'horribles attentats en préparation, dont le moindre était la disparition de l'humanité, et le pire était la mutilation de l'humanité, en remplaçant le cerveau par un récepteur de télévision. Tezcatlipoca, ayant disparu, les risques s'étaient-ils amoindris ? D'autres fichiers contenaient des listes de noms connus, des adresses de call-girls et des textes en une langue inconnue. Armé de ma clé USB, je copiai tout et décidai d'en référer à Atahualpa au plus vite. Je descendis en me laissant glisser subrepticement sous l'escalier. Ce ne fut pas facile, mais je réussis, après un travail surhumain, à atteindre le plancher. Une fois dehors, je TGPS-ais Atahualpa. Mes deux priorités, indécidables quant à leur niveau de priorité furent remplacées par une autre priorité, plus prioritaire que le deux autres. Ne rien décider, parfois, aide…
Atahualpa me dit qu'ils, les Administrateurs, étaient au courant, et que je ne devais pas m'inquiéter. Je décidai donc de ne pas m'alarmir. Ce que je fis. Il me proposa de passer le soir même, rue des Haricots Nains, là ou je l'avais déjà rencontré.

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Ils étaient là, cinq hommes, dont la moitié était des femmes. Le plus âgé prit la parole. Où la prit-il, je l'ignore.


Délires et incohérences - sixième et dernière partie

Publié le 16/05/2009 à 14:52 par hrc89520

Ils étaient là, cinq hommes, dont la moitié était des femmes. Le plus âgé prit la parole. Où la prit-il, je l'ignore.
"Monsieur Veinteisiete, nous vous devons des remerciements pour l'immense service rendu à notre Beau Pays. Nous étions au courant des activités de Tezcatlipoca et nous avons les moyens pour contrecarrer ses projets. Mais il nous manquait un facteur décisif : où le trouver, à quelle adresse. Grâce à vous, nous la connaissons maintenant. Nous pourrons exploiter le contenu de son ordinateur et grâce à vous également, il n'est plus un danger pour nous, puisque vous l'avez réduit en poussière. Nous avons décidé (eux aussi, ils décident) de vous conférer la nationalité condinerienne et pour la confirmer aux yeux du monde, vous porterez un nom typiquement de chez nous. Nous vous proposons celui de Tuhehencloc"
Misère ! Misère ! Avec ce nom, dans mon pays, je serais la risée générale, et je ne vois pas un ministre plénipotentiaire porter ce nom là, surtout s'il était un homme. Je leur expliquai la signification de ce nom et il s'esbaudirent lorsqu'ils comprendirent le sens caché de Tuhehencloc. Ils me proposirent un autre nom, qu'ils avaient préparé au cas où Tuhehencloc ne me conviendrait pas, à savoir Tupulpihpi. Je leur expliquai l'inconvenance à porter ce nom odoriférant, ce dont ils convinrent sans difficulté. Et pour régler cette question, je leur proposai le nom de Yupanqui, celui d'un poète et musicien honoré dans ce pays. Peut-être, y étais-je "allé un peu fort". Ils acquiescèrent très volontiers, et semblaient heureux de cette proposition. Mon nouveau nom était désormais Don Enrique Yupanqui
C'est désormais Don Enrique Yupanqui qui relate la suite de cette réunion. En un instant, je me remémorai ma vie, mon enfance à Bacon les Truyères, mes études minables, le journaliste minable que je fus pour un minable journal et maintenant j'étais parmi les plus grands de ce monde. Ma poitrine se gonflait de fierté pour ce que j'avais réalisé, grâce à mon travail et toutes mes qualités.
En un flash Pepe, mon coach m'apparut "Espèce de prétentieux, d'imbécile paumé, de crétin bipède à cervelle floue, en as-tu encore un peu pour comprendre ceci. Tu dois ta position actuelle d'abord à tes parents. S'ils ne t'avaient pas fabriqué, tu serais encore un spermatozoïde lubrique dans une errance sans but. Si le Condineros n'avait pas envoyé l'invisibilité, tu serais encore un scribouillard sans avenir. Si Ruth ne t'avait pas averti au sujet de Ramon Espejo, alias Tezcatlipoca, tu aurais été vampirisé par lui, et si Atahualpa ne t'avait donné l'incantation fatale qui l'extermina, où serais-tu ? Et si la tigresse t'avait bouffé ? Un peu de modestie. Tu as néanmoins quelques qualités, noyées dans l'ouate cotonnière de tes indécisions." Je n'aimais pas beaucoup cette insulte à ma dignité, mais je dois reconnaître que s'il n'a pas tout à fait tort, il a probablement un peu raison.
Atahualpa me ramena sur terre. "Avant d'accomplir la mission diplomatique pour laquelle nous t'avons choisi, Xochitl, notre dévouée Administratrice, te donneras toutes les informations qui te seront nécessaires". Nous échangeâmes nos adresses et primes une date pour une première séance de travail. Ils m'embrassèrent affectueusement lorsque je les quittai.
Deux priorités sur trois avaient donc été réglées. Celle qui restait, celle de Ruth, n'était plus une priorité, puisque pour être prioritaire, il faut l'être au détriment d'une ou plusieurs actions à effectuer. N'étant plus prioritaire, je la différai.
Je rentris à l'hôtel. Ruth était déjà partie. Je passai une bonne nuit, décontracté, détendu, calmé, rasséréné, rassuré. Et me refusai de prendre aucune décision, sinon de partir le lendemain me changer les idées dans la région des grands lacs, au SSW.

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Je pris joyeusement la route (que je rendis à l'arrivée) de cette région très touristique, pleine d'imprévus, comme j'allais le constater. Arrivé au bord du lac Sempiternèl, la barque que je pris avec ses rames me permit de ramer vers le Sud, au milieu du lac, entre les deux rives. Environ une demi-heure de ramage, un léger choc, à bâbord, me sortit de la somnolence dans laquelle je voguais sur le lac. Une petite tête était apparue hors de l'eau (forcément). On aurait pu penser au monstre du Loch Ness, ou peut-être à celle d'un ptérodactyle marin, nain. Je ne m'affolis point et attendis la suite. Un son guttural, comme sorti du fond de sa gorge, me parût exprimer une salutation chaleureuse en me disant "sal ut mec fégaf al adim ensi on" en détachant bien chaque syllabe Je le remerciai, il plongea et disparût, non sans un amical sourire. L'amical sourire, c'était avant de plonger, forcément. Heureux de cette visite, je ne prêtis pas attention à la deuxième partie de son interpellation. J'eusse dû.
Je vis, s'approchant de mon esquif, faible comme il se doit, un pédalo qui pédalait sur l'eau, mû par les muscles d'une très jeune gamine, peut-être âgée d'une douzaine d'années. Elle m'aborda, selon les usages, les mains jointes sur la tête. Ce que je fis. Et le dialogue à deux s'engagea.
- Bonjour, je suis Tafàm
- Et Moi, Enrique
- D'où tu viens ?
- De I'invisibilité.
- Moi aussi
- Où habitais-tu, là-bas ?
- Dans un petit village, du nom de Bacon les Truyères
- Ça, alors ! Que c'est bizarre, et que c'est étrange, moi aussi. Dans quelle rue ?
- Rue des Treize Jumeaux
- Ça, alors! Que c'est bizarre, et que c'est étrange, moi aussi. Quel numéro ?
- 18
- Ça, alors! Que c'est bizarre, et que c'est étrange, pas moi. J'habitais au 16.
Je blêmis de toutes les couleurs, car je venais de reconnaître la petite fille avec laquelle je jouais et que j'épousis quinze ans après. Mon cerveau, lent d'habitude, se mit à frémir, puis à bouillir. La vapeur m'en sortait par les oreilles. Mes doigts de pieds se recroquevillaient, mes mains tremblaient. Je ne comprenais plus rien, RIEN. Ramant comme un rameur fou, je m'enfuyai, à toutes rames, hors de ce lieu, joyeux d'habitude mais qui était devenu pour moi, le lieu où, pensais-je, les prémisses d'une folie précoce s'étaient manifestées.
Don Pepe ! AU SECOURS ! Il m'apparut aussitôt.
- Que t'arrive-t-il ?
- J'ai vu mon épouse, avant qu'elle ne le devienne, et avant même que je susse qu'elle pourrait l'être, alors que nous sommes mariés depuis longtemps. Et qu'elle réside dans l'Invisibilité.
- Sais-tu lire les modes d'emploi ?
- Pourquoi ?
- Regarde ce boîtier dans le bateau.
Effectivement un coffret était logé à l'avant. "Veuillez choisir votre espace-temps." Il était gradué de 1 à 12. Le choisisseur était calé sur 6. Je le mis sur 4. Don Pepe disparut instantanément. Il faisait beau, les oiseaux et les poissons étaient joyeux, et je l'étais redevenu. Mais quelle angoisse !
Il faut dire que ce boîtier me préoccupait. En qualité de journaliste, je pourrais ramener des centaines de scoops en me rendant dans ces univers fabuleux. Peut-être serais-je aplati dans le second espace temps, là où existent seulement longueurs et largeurs. Quel extraordinaire article …"Retour d'où tout était remis à plat" dans lequel j'évoquerais la platitude égalitaire des obèses, maigrichons et autres, ainsi que la remise à plat des religions, des philosophies, des comptes des Nations, de la pensée en général, et des moustiques transmettant la malaria. Je me voyais déjà Prix Nobel de littérature pour le livre que j'allais écrire "Étude comparée des pensées bidimensionnelles et tridimensionnelles" Je pourrais certainement rédiger un opuscule de plus de cinq cents pages intitulé "Crypto paléontologie historique raisonnée de l'évolution bivoque de la pensée prototypique des civilisations disparues". J'aurais facilement pu trouver toutes les informations nécessaires dans la Bibliothèque d'Alexandrie, avant qu'elle ne brûlât. A la réflexion, peut-être que ces renseignements se trouveraient dans les cinq et sixièmes dimensions.
Je considérai ce coffret et comme me l'avait appris Don Pepe, je voulus prendre du recul avant de me décider Je me reculis donc dans le bateau et trébuchis sur le banc de nage, ce qui me fit tombir à l'eau. J'en eus la cervelle rafraîchie, par la fraîcheur assez fraîche de l'eau, fortement mouillée dans cette région.
Regrimpé sur l'esquif, je commençai à me poser la question vitale. Où retrouver le module de changement de dimension dans une autre dimension ? "Dans le doute, abstiens toi", "il vaut mieux tenir que courir", "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"," si tu n'es pas certain de revenir, ne pars pas", si tu n'aimes pas les huîtres, n'en mange pas", "il vaut mieux tomber de bas en haut plutôt que de tomber vers le côté". Tous ces judicieux proverbes me décidèrent à rester tranquillement sur le bateau, mouillé certes, mais en trois dimensions.
Il faisait beau, les oiseaux et les poissons étaient joyeux, et je l'étais aussi, redevenu heureux d'avoir évité un inconnu inconnaissable.

******************** 33

Et je rêvassai un peu à ce qui me restait à faire : ma Mission, reconfigurée avec les Administrateurs, Ruth et ce mariage éventuel, ma séance de travail avec Xochitl, l'une des Administratrices. Je devais aussi me procurer rapidement des chaussures produites localement. Elles étaient très différentes des nôtres, car le talon était disposé à l'avant de la semelle. Ce qui donnait une démarche curieuse pour nous, mais habituelle pour eux, et assez confortable, lorsque l'habitude en a été prise. Elles étaient toujours fournies en deux paires identiques, au cas où l'une des chaussures aurait été égarée, ou oubliée en quelqu'endroit lui aussi oublié. Bonne idée, non ?
Et je m'en retournis vers la capitale

L'heure du rendez-vous avec Xochitl, était presque arrivé, c'était donc la priorité. Sa maison était dans la Rue de la Discrétion Avérée. Elle était simple, modeste, très différente de l'image que nous avons des résidences élyséennes de nos Présidents ou ministres.
Ici commence le compte-rendu secret de la conspiration secrète positive la plus importante pour l'humanité depuis la découverte des allumettes suédoises :
- Assieds-toi, Enrique
- Merci. Que souhaites-tu faire maintenant ? Quel est l'ordre du jour ?
- Analyser les points de notre histoire que tu dois connaître.
Elle m'expliqua pourquoi l'invisibilité avait été envoyée au reste du monde. Ils craignaient le retour en force de la monnaie, dont ils avaient été libérés, par des moyens dont ils pensaient ne pouvoir imaginer le déroulement. Elle m'expliqua que l'invisibilisation était un avertissement permanent, et que, à la moindre tentative, ils pouvaient mettre en œuvre la suppression de tous les sons. Il n'y aurait plus de paroles, plus de musique, plus de chants d'oiseaux, plus de discours, plus de promesses. Le monde de l'invisibilité avait pris acte de cette menace préventive et n'avait fait aucune tentative.
Cependant, m'expliqua-t-elle, les Administrateurs ressentaient une culpabilité pour avoir privé des millions de femmes et d'hommes de la beauté des êtres vivants. Ils souhaitaient leur rendre la visibilité, tout en essayant d'améliorer, avec délicatesse, le sort des pauvres.
" As-tu des idées ? "
Oui, j'en avais. Mes conscient, inconscient, subconscient et tutti quanti neuronaux et synaptiques avaient travaillé, parfois à l'insu de moi-même, en tant que personne. Je lui expliquai qu'il n'y avait aucune probabilité d'avoir un accord global et synchronisé dans le temps de tous les Présidents mondiaux, ce qu'elle approuva. Je suggérai un accord à l'amiable par la force avec une seule nation et une large diffusion, sur tous les média du monde, du bonheur retrouvé des citoyens de ce pays. Non seulement la visibilité leur était revenue, mais chaque citoyen recevait chaque mois une somme d'argent fixe, suffisante à le sortir de la pauvreté. Faire en sorte que les autres peuples pressent leurs dirigeants d'accepter nos conditions. Il n'y a pas d'exemple qu'une détermination populaire, synchronisée, n'obtienne l'éloignement de dirigeants hostiles à ses volontés populaires.
- Pas bête, ton truc ! Mais pour le fruc, le fric veux-je dire ? où vont-ils le trouver ?

***************** 34
- Chère Xochitl, j'ai eu la chance de rencontrer une spécialiste de la philosophie de l'argent, une certaine Filhos, Sophie, très connue pour ses travaux d'analyses, synthèses, thèses et antithèses. Elle m'expliqua comment fonctionne le 0&1 (prononcer zeroétin).
- Qu'est-ce que c'est-que-ça-que-c'est-que-ça ?
- Je vous cite, verbatim et mot à mot, ce que m'a dit Sophie Filhos. C’est très récent. C'est la monnaie virtuelle. Les spécialistes de la monnaie ont pensé, à juste titre, qu’il était plus commode et économique de fabriquer des billets invisibles, impalpables, discrets qui n’existeraient pas sous forme de papier mais sous forme de 0&1, cachés dans des ordinateurs secrets. Ainsi, chaque fois que quelqu’un avait besoin d’argent, on lui prêtait des 0&1 qu’on mettait dans son ordinateur retirés de l’ordinateur prêteur Quand il n’y en avait plus, on en remettait. Les 0&1 ne coûtent rien à fabriquer. C’est l’astuce.
- Mais pourquoi ne le distribuent-ils pas ?
- Ma chère Xochitl, il est une profession que vous ne connaissez plus, celle des comptables pour lesquels une entrée d'argent doit correspondre à une sortie ailleurs. Ils n'ont pas pu trouver le moyen de sortir de cette absolue nécessité, qui est le dogme et l'honneur de leur profession. Personne, d'ailleurs, n'y a pensé, parce que c'est impensable pour tout citoyen bien élevé. Pas un comptable au monde n'accepterait d'enregistrer un déplacement d'argent sans justifier la source et la destination.
- Comment faire, alors ?
- Facile. C'est simple : supprimer les comptables incapables de résoudre ce problème ! Non pas physiquement. Mais avec une très confortable indemnité de départ en retraite anticipée, libellée en 0&1. Ils ne refuseraient certainement pas.
- Enrique, mais tu es génial !
- Je ne sais pas … Crois-tu ?
- Mais comment feront-ils sans comptables ?
- Il existe certainement parmi les experts de la profession, pour lesquels les dogmes de la comptabilité en partie double ne sont pas infranchissables et qui prendraient volontiers en charge les officines et études des comptables partant.
- J'ai bien tout compris. Je réunirai les Administrateurs et nous mettrons au point, avec toi, les modalités pratiques. En leur nom, je te remercie beaucoup. A bientôt donc.

********************** 35

En ce qui concerne mon mariage éventuel avec Ruth, j'avais encore besoin de réfléchir. Il m'était nécessaire de mieux la connaître, peut-être en faisant un petit voyage ensemble. Elle accepta très volontiers et nous prîmes un avion pour le NNE de ce pays, seule région que je n'avais pas visitée. Nous atterrîmes (l'avion) à Crapahutpatrac qui devait nous servir de base d'excursions. Il faisait beau et chaud. Après avoir retenu deux chambres dans une pension, ce fut la ballade en ville, tout en devisant de tout et de rien ;
- Ruth, es-tu contente ?
- Pourquoi ne le serais-je pas. Et toi ?
- Comme toi. Raconte-moi ta vie
- J'ai vécu très heureuse dans ma famille avec tous mes pères et mères qui m'ont tous aimée et dorlotée. Je n'ai pas eu une enfance vécue dans la pauvreté car cela n'existe pas chez nous, dans ce pays.
- Ton vrai père, qui était-il ?
- Il est toujours. C'est un grand musicien et chef d'orchestre, spécialisé dans le jazz symphonique avec improvisations non écrites.
- Et ta mère ?
- Traductrice. Elle pratique vingt sept langues, dialectes, patois, jargons, langage des sourds, des muets, des non-voyants, des chats et des chiens. Ma mère est formidable.
- Ça, c'est bien vrai. J'aurai peut-être besoin de ses services bientôt. Tu pourras me présenter ?
- No problem. Si tu le désires, je peux même te faire inviter à la réunion bisannuelle de maris de ma mère et des femmes de mon père, au titre de postulant. Ils sont très sympa. Comme ça tu pourrais voir où tu mets les pieds. Allons voir ces ruines du temple aztèque ou maya.
Nous y allimes. C'était tout en ruines, forcément, puisqu'il était en ruines. Quelqu'un nous montra une ouverture, comme une ancienne porte. Un portail de bois, gravé de dessins d'époque (laquelle, je ne sais pas) ouvrait sur un étroit boyau, dans lequel nous nous enfilâmes, moi en tête. C'est du devoir viril de l'Homme que d'affronter les risques et de protéger les Femmes, si faibles dans leur féminine fragilité de femmes, si démunies devant le danger. S'il y en avait, je saurais protéger Ruth.
Après quelques minutes de marche dans l'obscurité totale, éclairés par ma lampe de poche sans piles, une lueur nous apparut au loin, et des effluves de chants également. A notre gauche, un peu plus loin, une petite porte donnait accès à une grande salle ronde aux coins carrés. Des prêtres (étaient-ce des prêtres ?) psalmodiaient incessamment la même musique cyclique, comme la salle, elle-même éclairée par des torchères qui l'éclairaient d'une lumière rouge, couleur de feu, identique à celle des torchères. Très impressionnant !
Il vint vers moi, vêtu de vêtements d'époque, probablement ceux d'un prêtre aztèque ou maya, peut-être même toltèque.
- Salut à toi, Enrique. Enfin tu es arrivé. Cela fait plusieurs millénaires que je t'attends avec Ruth. Est-elle bien avec toi ?

Il devait être un Grand Maître, sa taille verticale dépassant les deux mètres, en hauteur. Largeur et profondeur étaient en rapport proportionnel avec sa hauteur. Son regard bleu, bleu d'acier, d'un acier capable de traverser un épais mur de béton, me regardait. J'étais frigidifié de terreur, bien qu'il ne fît pas froid.
Don Pepe, AU SECOURS ! Il m'apparut, aussi sec.
- Tu t'es encore mis dans un pétrin !
- Je ne sais pas encore
- Pourquoi n'as-tu pas pris de recul ?
- Je ne pouvais pas. Il n' y avait pas la place. J'avais la paroi tout contre mon dos.
- Dans ce cas, continue. Cela finira bien par s'arrêter, tôt ou tard, bien ou mal. Tu verras bien !
Le supposé Grand- Maître m'enjoignit de m'asseoir sur l'un des deux fauteuils disposés au centre de la pièce. Il retint Ruth. Elle tremblait de tous ses membres. Heureusement pour elle, elle n'en avait que quatre. Je m'assis donc et attendis l'arrivée de Ruth, qui tardait beaucoup. Les plasmodieurs plasmodiaient, les torchères torchoyaient, mais moi-même n'étais plus moi-même. Le temps passait d'arrière en avant. J'en arrivais à confondre psalmodieurs et plasmodieurs.
Enfin Ruth m'apparût, sereine, détremblée et me sourit de loin. Le GM (pour Grand- Maître) suivait, hiératique, comme les deux vrais chats blancs assis sur les bras de sa chaire, chacun sur un bras.
Elle s'assit sur l'autre fauteuil libre. Il aurait été indécent, vu les circonstances, qu'elle s'assisat sur mes genoux. En femme intelligente, elle s'en abstenit et vint à mon côté, le gauche. Devant nous, sur une table basse, un coffret fermé attendait sans doute d'être ouvert.
Le GM m'interpella :
- Enrique, pourquoi as-tu tant tardé ?
- Tant tardé pour quoi ?
- C'est moi qui pose les questions.
- Bien. J'ai tardé parce que je ne savais pas ce que vous attendiez de moi. Je ne sais même pas qui vous êtes, ce que je fabrique ici et je m'en irai par la force, s'il le faut, ou par un silence total si je n'ai aucune explication
- Comme tu voudras
Je commençai à silencer, sans une parole, ni le moindre signe d'intelligence dans mon regard. Je sais que cela m'était facile, mais j'en rajoutis en louchant des deux yeux tout en regardant le plafond de la salle. Curieusement, je n'y avais prêté aucune attention, mais, à regarder de plus près, mais de loin, les peintures y peintes évoquaient toutes des scènes d'amour, des enlacements, des embrassades, des étreintes, des accolades, du charme, de l'enchantement, des plaisirs, du ravissement. Mon cerveau lent se mit à accélérer, puis à débrayer, à changer de vitesse jusqu'à la puissance maximum délivrée par le moteur sous le capot de ma boîte crânienne. Ruth, à mon côté, me serrait affectueusement la main.
Le GM m'intima d'ouvrir le coffret qui était sur la table basse. Je le fis, en silence pour ne pas rompre mon auto-décision de silence. Je ne savais pas à quoi m'attendre, et, de ce fait, ma surprise n'en fut que plus grande, et totalement inattendue comme la plupart des surprises. Parce que mes yeux étaient fixés sur le plafond, je ne pouvais voir ce que je découvrais. Ma main gauche, l'autre étant présélectionnée par Ruth, souleva le couvercle. Ma main ressentit comme du papier enveloppant quelque chose de solide, pas très épais. Il y avait plusieurs de ces quelques choses. A côté, autre chose, de petits sachets de papier contenant un objet rond, souple, comme du caoutchouc. Cessant de loucher, je regardis en descendant, jusqu'à ce que mon regard put voir le contenu de la boîte.
Était-ce la cigarette du condamné ? Le dernier plaisir offert avant sa trucidation ? Il y avait quatre plaquettes du meilleur chocolat suisse, de la meilleure marque, que je ne puis citer ici, because publicité cachée. Il y avait aussi un paquet de … préservatifs.
Je me tournai vers Ruth qui me sourit. C'était elle qui avait suggéré la visite de ce lieu. Savait-elle quelque chose ? M'avait-elle entraîné en toute connaissance ?
Le GM :
- Ruth, mets ta main droite sur la tête d'Enrique. Enrique, mets ta main gauche sur la tête de Ruth et regardez-vous dans le fond des yeux. C'est fait ? Bon. Reprenez chacun vos mains, et, Enrique, choisis une plaquette de chocolat à offrir à Ruth. Offre lui. C'est fait ? Ruth, tu fais pareil. C'est fait ? Ouvrez les paquets. C'est fait ? Bon. Lisez le petit papier à l'intérieur. Avant que j'eusse pu lire, les psalmodies s'interrompirent et un joyeux air de jazz les remplaça. Les prêtres, ou ceux que j'avais crû tels, avaient sorti des instruments de dessous leurs longs vêtements et en jouaient avec sentiment. Je jetis un coup d'œil au document

Ville de Crapahutpatrac
Accueil aux couples

Nous sommes heureux de vous accueillir dans notre ville, et, en souvenir de Crapahutpatrac, nous vous avons offert cette fantasmagorie et ces quelques objets qui pourraient vous être agréables, ou utiles.
Avec tous nos vœux de bon séjour et l'espérance de vous revoir une autre fois
A Crapahutpatrac
L'Administrateur
Vous trouverez dans vos chambres quelques friandises, offertes par notre administration locale.

Je regardis GM, tout souriant, et Ruth, un peu interloquée. Et voilà, nous avons été truandés, trompés, abusés, mystifiés. Mais heureux ! Nous nous levâmes sous les applaudissements. GM prit Ruth par le bras et la conduisit vers la porte d'entrée. Le couloir par lequel nous étions arrivés était éclairé..
La personne qui nous avait montré l'entrée était toujours là, en discussion avec un jeune couple.
Quel heureux pays. La plenipotentiarité qu'il m'avait conférée renforça mon désir de lui être utile. Après dîner, nous rentrâmes chacun dans notre chambre, goûtâmes aux excellents biscuits et aux fruits confits annoncés. Et dormiment, dormiment jusqu'à notre réveil, le lendemain.

**************** 36

De retour dans la capitale, je rencontrai Atahualpa, pour décider ensemble de la marche de l'opération dont les grandes lignes étaient :
- décider avec Gram, mon copain juriste international, du pays à sélectionner
- par son intermédiaire prendre contact avec le chef du gouvernement de ce pays, et l'inviter, volens nolens, à venir ici.
- Lui intimer notre ultimatum, en lui expliquant comment procéder avec les 0&1
- Lui préciser un délai raisonnable pour l'application du projet, ainsi que les sanctions contre son pays en cas de non-exécution, avec toute la publicité media mondiale sur son refus éventuel.
A la suite, je rencontris Gram pour définir la nation que nous allions utiliser. Sa grande expertise nous suggéra la Patafinie, située au centre du continent, dirigée par un dictateur éliminant tout citoyen contestataire et plumant tout les autres, à l'exception de ses Généraux, chargés de l'exécution des directives éliminatoires, tandis qu'une Direction Imposante (qui impose) était chargée du plumage (action de plumer).
Gram s'y rendit donc, et le Dictateur accepta (pouvait-il faire autrement ?) Je l'attendis donc à l'aéroport, curieux de voir le visage de ce sanguinaire individu. Tous les passagers descendirent, et aucune personne pouvant lui être assimilé n'était présente. Je fis contrôler la liste des passagers. Je fis vérifier tous les papiers d'identité. Ils étaient tous en règle. Une dame âgée, nivellatrice de profession avouée, retint mon attention. LUI, c'était ELLE ou le contraire. Elle avait de beaux cheveux blancs, légèrement mauvacés, et un sourire charmant, dévastateur même. Je soutins son regard sans faiblir, et, au bout de 22 minutes, elle cessa de me regarder dans le blanc de mes yeux bleus.
- Madame, Si vous êtes bien celui que nous attendons, permettez moi de vous conduire à votre Résidence.
Située rue de la Prison Amodiée, elle aurait pu lui rappeler la Patafinie et quelques uns de ses austères et tragiques bâtiments. Je l'informai qu'elle serait reçue le lendemain, en ma présence, par Le Collège des Administrateurs. Une voiture cellulaire, sortie du musée pour l'occasion, viendrait la chercher. Et lui souhaitai de passer une agréable nuit.

J'allai dormir "chez" Ruth, et décidîmes de nous marier, une fois la négociation terminée.
Le lendemain matin, la réunion fut très efficace. Toutes nos propositions comminatoires furent acceptées par le dictatrice. Nous lui expliquâmes comment régler comptablement les écritures. Il suffisait de noter sur la ligne de crédit "Don de l'État :1.000.000.000 d'unités de compte" en 0&1. Très vite, elle comprit. Rentrée en Patafinie, elle donna l'ordre de procéder ainsi et de verser mensuellement à chaque citoyen une somme décente pour l'aider à vivre décemment. Lorsqu'après quelque mois, nous constatâmes que les règlements étaient ponctuellement effectués, nous rendîmes la visibilité aux patafinois et noises. La Dictatrice devint un héros national, les opposants diminuèrent, les crimes et délits également. Toutes les autres nations s'émouvirent et voulurent pouvoir faire de même. Une conférence internationale nous envoya une délégation pour négocier le retour de leur visibilité. Et ainsi, petit à petit, la planète fut heureuse et eut beaucoup d'enfants.


Comme convenu avec Ruth, nous nous rendîmes au Répertoire National des Relations Bibliques pour enregistrer notre accord. C'était un endroit très sympathique, rempli d'ordinateurs et de musique douce. Un écran permettait de savoir quel lien de parenté pouvait exister entre les personnes. Par curiosité j'essayai avec le nom d'Anna Maria, celle qui m'avait expliqué l'histoire du pays. Après mon inscription, j'aurais été son beau frère au 22ème degré. Marrant !

Nous rentrîmes chez Ruth et je dormis "avec", très agréablement, quoique ce fût un peu agité. Et nous nous endormîmes.

************************* 37

Le lendemain matin, lorsque j'ouvris les yeux, le décor avait changé. Deux hommes en blanc, et une femme, aussi de blanc vêtue, me regardaient affectueusement. Des machines électroniques clignotaient. Des écrans montraient des graphiques mobiles
- Où suis-je ?
- A l'hôpital de Bacon les Truyères. Vous venez de sortir d'un coma de plusieurs mois.
Coma ? COMA ? Ah ! Oui. Coma !
Mèdre de médre de médre !!!
J'appelai Don Pepe, mon coach toujours disponible pour m'aider. Il ne vint pas.
- Je suis désolé. Je vais retourner là où j'étais.
Avant de vous quitter, je tiens à vous remercier de vos soins médicaux qui m'ont si bien soigné. Je vais vous laisser avec votre or, votre argent, votre monnaie, vos banques, vos dettes, vos emprunts, les intérêts, les percepteurs, les huissiers, les notaires, les contrôleurs, les inspecteurs et toute la partie de la nation que surveille, inspecte, évalue, contrôle l'autre, tout cela pour de l'argent et au nom de l'argent.
PORTEZ-VOUS BIEN… ADIEU … Et merci encore

Je retrouvai donc Ruth. Nous fûmes heureux et eûmes beaucoup d'enfants qui n'eurent d'autre père et mère que Ruth et moi
.
Je mourus à l'âge de 107 ans. Bêtement. Je pensais à l'avenir de la planète, et étais tellement soucieux que j'en oubliai de respirer,
pendant une vingtaine de minutes… Lorsque je m'en aperçus, il était trop tard.

Peut-être qu'un de mes petits-enfants, David, rencontrera, dans la septième dimension, Cléopâtre, Reine d'Égypte.

FIN


Copyright Henry Cohen
hrc89520@numeo.fr











De la prospective ...

Publié le 08/06/2009 à 10:13 par hrc89520

De la prévision

 

- passé, présent, futur

- l'observation du passé et ses limites

- le présent et son extension subjective

- le futur n'est pas le développement linéaire du passé

- le futur est néanmoins conditionné par le passé

- l'émergence est le "facteur nouveau"

- qu'est-ce que l'émergence ?

- les conditions qui rendent possible la manifestation d'une émergence

- est-elle prévisible ?

- oui sur son surgissement.

- non sur ses modalités (date, forme)

- que penser des statistiques ?

Conclusion

Observation préliminaire

Lorsque nous disons passé, présent ou avenir, nous sous-entendons les évènements qui ont eu lieu, ont lieu ou auront lien dans chacune de ces catégories.

- passé, présent, futur

On ne peut dissocier la notion de prévision de celle de la marche du temps, que nous dissocions "logiquement" d'une manière définitive entre passé, présent et futur. La prévision, telle qu'on l'imagine, est la "vision" de ce qui est à venir dans le futur par l'observation du passé et du présent, prévision faite dans le présent.

Est-ce aussi simple ?

l'observation du passé et ses limites

Le passé , ou plutôt ce que nous en connaissons, est une connaissance partielle d'une totalité, qui est interprétée différemment par chaque observateur, selon ses propres références, à savoir sa formation familiale, scolaire, universitaire éventuellement, et des enseignement tirés de son insertion sociale, le tout teinté de la culture de la société dans laquelle il évolue.

Une interprétation du passé faite en vue d'une prévision entre obligatoirement dans le cadre des références des acteurs de cette prévision. Est-il possible de tenter une prévision hors de la culture qui la prédétermine ?

C'est pourquoi, si l'on admet la possibilité d'une prévision , il faut accepter qu'elle ne vaille que pour celui qui l'exprime, et ceux dont les référentiels sont similaires.

Les notions que nous avons du passé sont très différentes selon les époques et les individus. Certains pensent que le passé serait un grand "trou" dans lequel s'évanouissent toutes les activités du présent, et dans lequel il n'y aurait plus aucune temporalité, tout étant superposé, intégré, écrasé dans un grand magma dont on ne puisse plus extraire les détails. D'autres imaginent que les faits se superposent en strates régulièrement déposées par la marche du temps, et dont il suffit de connaître la date pour faire ressurgir leurs modalités dans les présent.

Si toutefois on puisse s'accorder sur une chronologie des faits historiques, indéniables, irréfutables, la définition que l'on en donne est, là encore, culturelle

1492 : découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

notre définition a posteriori. On ne savait pas qu'il s'agissait d'un nouveau continent, ni qu'on lui donnerait le nom d'Amérique

1492 : début du processus de notre génocide

telle pourrait être la définition des tribus indiennes. si, toutefois elles dataient les années à notre manière

Quoi qu'il en soit, l'analyse d'un passé ne peut être que partielle, culturelle et individuelle.

Présent et extension subjective

quelques définitions :

- le passage entre passé et avenir

- ce qui est ni le passé, ni l'avenir

- le temps que nous vivons

- tout ce qui se passe dans la contemporanéité

- ce que nous ressentons

De nombreux philosophes ont tenté de donner des définitions. Mais selon notre mode de pensée, ces définitions sont valables pour eux, dans la sensibilité de leur temps et de sa culture. Nous ne proposerons pas de nouvelles définitions. Chacun d'entre nous a sa propre sensibilité et un point de vue valable pour qui il est.

Toutefois, l'instantanéité du présent n'est pas la même pour tous. Le géologue, parlant du présent n'assume pas le présent du préhistorien, ni celui de l'historien, encore moins celui du journaliste. Et lorsque chacun d'entre eux tente une prévision, son futur sera différent de celui des autres.

La simultanéité, dans le présent est de l'ordre de la nanoseconde pour le physicien atomiste alors qu'elle est celle de l'ère géologique pour le géologue.

 

Le futur n'est pas le développement linéaire du passé

définitions :

- ce qui n'est pas encore arrivé

- la suite du passé

-

Est-il la continuation du passé ?

Le futur n'est pas la continuation du passé, comme l'écoulement d'un grand fleuve. Il n'est pas, non plus, contenu en germe dans le passé. Toutefois, un passé différent eut conduit à un présent différent. Mais il y a là une contradiction apparente. Le futur n'est pas le développement "linéaire" du passé, et, cependant il est conditionné par ce passé. Comment ?

le futur est conditionné par le passé

C'est ainsi qu'est apparue récemment, par l'étude systémique, la notion "d'émergence". Tout semble vivre et évoluer normalement lorsque, subitement, un item se désagrège et disparaît. Ce qui le remplace n'était aucunement prévisible, pas plus que cette brusque période de chaos qui suit cette disparition avant que ne se recomposent les éléments de cet item en une autre configuration, elle même imprévisible.

Le développement du passé comporte des accidents, imprévisibles quant à leur surgissement et également imprévisibles quant à leur forme. Ces accidents sont à la fois déterminés par le passé et ne résultent pas logiquement de ce passé.

Exemples d'émergence ;

- en géologie : les séismes, les éruptions volcaniques

- en histoire : les révolutions de 1789 et 1917

- en économie : la grande crise du krach de 1929

- en physique : les transitions de phase

- en médecine : un infarctus

- dans la vie quotidienne : une perte d'emploi, un accident d'avion.

Chaque fois que le présent, brusquement, n'est plus la suite du proche passé, une émergence s'est manifestée.

L'émergence est le "facteur nouveau"

C'est celui qui rend toute prévision tributaire d'évènements apparemment imprévisibles.

Mais la compréhension des conditions dans lesquelles une émergence pourrait se manifester permettrait une approche de prévisions un peu moins aléatoires.

Quelles sont les conditions rendant possible la manifestation d'une émergence ?

Voici ce que la recherche systémique propose ;

Que savons-nous d'un système ?

D'abord nous le reconnaissons parce qu'il a une apparence, une "valeur affichée".

Par exemple un homme, une fleur, une automobile, un compte en banque ont une apparence, une position, une valeur chiffrée ou chiffrable, variant en permanence.

Nous savons que toute apparence, pour nous, n'est que passagère, valable dans le cycle que nous observons, sous condition que notre observation ne la perturbe pas.

Inversement, si nous ne reconnaissons pas un système parce que nous ne pouvons pas constater une valeur affichée, cela ne signifie pas qu'il soit non existant.

- il est constitué d'éléments ordonnés hiérarchiquement, verticalement par "grandeur"

- tout système reçoit, transforme et donne (intrants, transformation, extrants)

- tout extrant d'un système est un intrant pour un autre. L'inverse est donc exact

- tous les systèmes sont liés entre eux du fait de leurs interconnections par entrants et extrants

Chaque opération d'un système est de recevoir (prendre) ou donner (ou être pris)

Un système comporte des cycles, qui sont la manifestation de l'exécution séquentielle d'un programme qui prend et donne et retourne au début du cycle.

Son comportement apparent est discret, dans le sens de "non continu". Il opère par sauts. On le constate aussi bien au niveau de la mécanique quantique qu'à celui de nos propres systèmes : cardiaque, respiratoire, digestif, ambulatoire ou de tout autre système. Un système apparemment sans sauts (robinet qui coule, train qui roule) n'est peut-être qu'un cas particulier dans lequel s'établirait une relation d'équivalence entre ce qui rentre et ce qui sort. Ou peut être est-ce dû au niveau d'observation

Par ailleurs il est confiné entre des limites . Trop ou pas assez lui sont néfastes.

Il dispose physiquement ou virtuellement d'un réceptacle (ou plusieurs) à l'intérieur duquel (desquels) s'effectue(ent) la (les) transformation(s)..

Il semble que l'on puisse constater une autorégulation qui permette de contenir le volume ces réceptacles à l'intérieur de deux limites, quel que soit le système.

Et si, par excès ou par défaut, cette autorégulation n'a pu agir, c'est l'éclatement. En cas de dépassement, le réceptacle "explose" et libère son contenu. Un manque conduit à une implosion et à la désagrégation hiérarchique du système de même qu'un excès. Un des éléments du système disparaissant, l'équilibre dynamique du système est rompu, et il s'effondre jusqu'au niveau inférieur auquel ce manque ne fait pas défaut.

Du fait que le fonctionnement des systèmes soit discret, il suffit d'un

seul entrant ou extrant pour faire passer une limite au delà de ses bornes, le système basculant en une situation chaotique. C'est "la goutte qui fait déborder le vase".

- un système ne se perpétue que si les intrants et les extrants restent compris entre deux valeurs minimum et maximum. Sinon, il y a une période de chaos et une ré agrégation des composants en un autre système.

C'est alors une émergence. C'est l'imprévu dans une évolution prévue.

 

Comment diminuer les imprévisibles dans une prévision ?

Nous savons qu'une émergence se produit lorsque les entrants ou les extrants sont en excès ou en défaut. Il faut donc rechercher dans le système pour lequel on tente d'établir la prospective quels sont ces intrants et extrants, par ailleurs obligatoirement liés à d'autres système

Le système, celui dont on élabore une prospective, est tributaire du/des système(s) qui lui fournit(nissent) ses entrants. Celui-ci est-il viable ? Ses propres entrants sont-ils assurés ? D'où proviennent-ils ?

En ce qui concerne les extrants, y a-t-il l'assurance que le(s) système(s) récepteur(s) puisse(nt) toujours survivre. Que se passerait-il si ses extrants ne pouvaient être absorbés ?

Ainsi, la prévision du comportement d'un système devrait aller rechercher la viabilité des systèmes associés, immédiatement ou médiatement, proches ou éloignés.

Une émergence est-elle prévisible ?

Elle pourrait l'être si on pouvait comprendre l'évolution des liaisons proches du système observé. L'expression "on court à la catastrophe" résulte d'une intuition intégrant beaucoup d'éléments relatifs à la dynamique des systèmes reliés, en amont et en aval.

Par ailleurs, il faudrait connaître les limites inférieure et supérieure acceptables par le système, ce qui est beaucoup plus difficile à évaluer. En outre, ces limites peuvent être variables dans le temps ou selon les modalités dont les intrants et extrants circulent.

Sa forme est-elle prévisible ?

Nous ne savons pas (encore) comment un chaos se réorganise en un ensemble. Il paraît difficile de faire quelque proposition valable. A la rigueur, pourrait-on suggérer quelque possibilités, sans pouvoir se prévaloir d'aucune certitude.

Que penser des statistiques ?

Si l'on peut formuler de sévères critiques à l'égard de l'interprétation d'une statistique, l'observation de l'évolution des résultats dans le temps des mêmes statistiques pourrait être une aide à la prévision.

En effet, si l'on accorde quelque crédit à l'autorégulation, l'examen d'une courbe pourrait fournir, dans certains cas, des information supplémentaires :

- une courbe avec des oscillations devenant de plus en plus faibles pourrait dénoter:

soit un affaiblissement des capacités de régulation

soit un manque d'entrants ou un excès d'extrants

- une courbe avec des oscillations devenant de plus en plus amples dénoterait les difficultés d'adaptation d'une régulation à un excès d'entrants ou un manque d'extrants.

Une courbe devenant plate ou chaotique est la manifestation d'une probable déstructuration.

Le système de régulation, comme tout système, fonctionne à l'intérieur de limites …

Ainsi, la notion d 'émergence permet de dire que l'avenir est lié au passé, mais qu'il n'en découle pas. L'analyse systémique des tenants et aboutissants d'un système permet, peut-être, de modérer et d'affiner une prévision.

 

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